INTESTIN

L’intestin, un organe «intelligent»

04 juillet 2016
Il ne sert pas qu’à digérer… Les neurones, les bactéries et les cellules que l’intestin abrite jouent un rôle essentiel dans notre système immunitaire. Il est aussi considéré comme un « deuxième cerveau ».

 

Autrefois, on s’inquiétait de l’état de ses selles, considéré comme un reflet de bonne ou de mauvaise santé, mais le sujet était depuis devenu tabou. Il était malséant de parler de son transit intestinal. Aujourd’hui, si émettre des pets sonores ou malodorants en société reste inconvenant, l’intestin passionne à nouveau comme le montre le succès colossal du livre Le Charme discret de l’intestin*. À juste titre car différents travaux scientifiques ont montré récemment que le tube digestif ne se contente pas de digérer la nourriture. L’intestin, sa pièce maîtresse, suscite en particulier beaucoup d’intérêt, et aussi d’espoirs thérapeutiques.

 

L’appareil digestif : transformation, dégradation et assimilation

Cela dit, l’appareil digestif reste avant tout responsable de la transformation des aliments, de leur dégradation en nutriments et de leur assimilation qui permet de fournir à l’organisme l’énergie nécessaire à son fonctionnement. Première étape, l’estomac où, avec l’aide de sucs gastriques très acides et de la bile déversée par la vésicule, les aliments sont brassés et broyés pendant 3 heures environ. Ensuite, duodénum, pancréas et foie apportent leur contribution en sécrétant différentes substances pour que la digestion se poursuive normalement dans l’intestin grêle, un boyau qui zigzague sur 3 à 6 mètres.

 

Environ 24 heures pour une digestion

Ce passage, qui dure de 4 à 5 heures, est la phase la plus importante durant laquelle sont triés acides aminés, vitamines, oligoéléments, glucose et autres nutriments utiles qui vont passer dans le sang. Dernière étape, la plus longue (environ 16 heures) : le côlon, ou gros intestin, qui complète et finalise le travail de l’intestin grêle. Il assimile des minéraux importants comme le calcium et, grâce aux bactéries qu’il contient, décompose les résidus qui seront expulsés par le rectum.

* Giulia Enders, éd. Actes Sud, 2015.

La bonne position

La bonne position

C’est prouvé, la position assise sur une cuvette – qui ne remonte qu’au XVIIIe siècle – n’est pas la meilleure pour aller à la selle. La raison est anatomique : assis, un muscle enserre notre intestin à la manière d’un lasso et le tire de telle sorte que se crée un coude. Il faut donc « pousser ». À l’inverse, en position accroupie, le muscle en question se relâche naturellement, pas besoin de faire des efforts. S’asseoir est certes plus confortable que s’accroupir mais favorise la formation d’hémorroïdes et de diverticules (même si ce n’est pas la seule cause). Pas question tout de même de revenir aux toilettes dites à la turque. Pour obtenir le même résultat, posez les pieds sur un petit banc et penchez légèrement le buste en avant…

 

Neurones et bactéries à profusion

Le surpoids, le diabète, la dépression, des maladies de peau… Tout se jouerait dans l’intestin. Si elle n’a pas encore tout élucidé, la recherche – française notamment – avance à grands pas.

 

Chiffre

Chiffre

100 000 milliards de bactéries tapissent notre intestin et composent le microbiote, anciennement appelé flore intestinale.
Source : Inra.

L’intestin est un boyau bien plus complexe qu’on ne le pensait il y a seulement dix ans. Les 200 millions de neurones qu’il abrite et les quelque 100 000 milliards de bactéries qui le colonisent ne se contentent pas de régler la digestion.

80 % du système immunitaire

Bactéries et neurones protègent aussi l’intestin de toutes sortes d’agressions auxquelles il est soumis. Avec l’aide cependant de nombreuses petites cellules qui composent le système immunitaire. La majorité de nos défenses immunitaires (80 %) sont en effet localisées dans l’intestin et communiquent avec eux. Ces relations permettent de nous défendre également contre des maladies en dehors de l’intestin. Même s’il y a des « ratés », comme en témoignent les maladies auto-immunes qui sont des réactions inadéquates à des cellules normales de l’organisme.

Le « cerveau du bas », notre deuxième cerveau

On ne sait pas encore tout mais, c’est maintenant une certitude, cerveau et tube digestif conversent étroitement et, pour les chercheurs, l’intestin est véritablement un « deuxième cerveau ». On savait depuis longtemps que ce que l’on ressent peut retentir sur notre système digestif. Témoins des expressions comme « avoir la peur au ventre », « se faire de la bile » et « être pris aux tripes » ou le fait de vomir avant un examen. Aujourd’hui, c’est prouvé mais nombre d’études démontrent que l’inverse est également vrai : le « cerveau d’en bas » transmet des informations ou des ordres à celui du haut. Il participe même à la gestion de nos émotions, par l’intermédiaire notamment d’un neurotransmetteur produit à 95 % dans l’intestin, la sérotonine. De là à imaginer comme certains chercheurs que des antidépresseurs agissant seulement sur l’intestin et non plus sur le cerveau pourraient être aussi efficaces…

À quoi sert l’appendice de l’intestin ?

À quoi sert l’appendice de l’intestin ?

On a longtemps pensé que cette petite excroissance située à la jonction de l’iléon (dernière partie de l’intestin grêle) et du cæcum (première partie du côlon) était inutile. Quand elle faisait mal et donnait de la fièvre – signes d’inflammation, l’appendicite –, on l’enlevait. On sait maintenant que l’appendice participe aux défenses immunitaires et sert notamment de réservoir de bonnes bactéries en cas de diarrhée. Aujourd’hui, l’appendicite se soigne souvent par antibiotiques ou bien l’ablation est partielle. Mais pas d’inquiétude si vous avez été opéré : le gros intestin aussi est riche en molécules immunitaires.

 

Le rôle des bactéries

D’autres études mettent en avant le rôle des bactéries intestinales. Celles-ci prennent part à la communication cerveau-intestin et influencent nos humeurs et nos comportements. Deux exemples parmi d’autres : les personnes souffrant d’un syndrome de l’intestin irritable sont plus sujettes aux états anxieux et dépressifs sans que les douleurs soient en cause. Et des souris dépourvues de microbiote soumises à une situation stressante sécrètent beaucoup plus d’hormones du stress que celles ayant une flore intestinale en bon état.

Détecter le Parkinson dans l’intestin

Dans l’unité Inserm de neuro-gastroentérologie de l’Institut des maladies de l’appareil digestif (CHU de Nantes), Michel Neunlist cherche à élucider les mécanismes physiopathologiques des maladies intestinales. Autrement dit, à comprendre comment les neurones de l’intestin régulent ses fonctions, en particulier celles de sa muqueuse, l’objectif étant de développer des traitements protecteurs innovants. Son deuxième axe de recherche vise à caractériser les atteintes de ce système nerveux dans des affections digestives comme les MICI (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin) et le cancer, mais aussi certaines maladies neurologiques comme le Parkinson et, plus récemment, l’autisme.

Cette unité de recherche a déjà démontré que la présence des lésions dans le système nerveux entérique (c’est-à-dire intestinal) était semblable à celle constatée dans le cerveau au cours de la maladie de Parkinson. Une découverte qui ouvre une voie révolutionnaire pour détecter très tôt des maladies neurologiques et neuro-environnementales, et ainsi anticiper la destruction des neurones. Il est évidemment plus facile et moins dangereux de faire une biopsie dans l’intestin que dans le cerveau…

 

Réponses d'expert : La vraie intolérance au gluten

Réponses d'expert : La vraie intolérance au gluten

Christophe CellierPr Christophe Cellier
Service de gastro-entérologie de l’HEGP à Paris, président du Groupe d’étude et de recherche sur la maladie cœliaque

Il ne faut pas confondre intolérance au gluten et allergie au blé, très rare, qui entraîne des réactions immédiates (vomissements, urticaire, asthme, œdème de Quincke). L’intolérance au gluten, appelée aussi maladie cœliaque, est une maladie auto-immune qui survient sur un terrain génétiquement prédisposé et peut se déclarer à tout âge. Seul traitement : un régime 0 gluten. Un dosage sanguin des anticorps anti-transglutaminase tissulaire (tTG), remboursé, confirmé au besoin par une biopsie intestinale, permet de savoir si l’on est vraiment malade. Les autres tests de type IgG (en vogue) n’ont aucune valeur scientifique et aboutissent à des diagnostics erronés et à des régimes sans gluten, sans lait, sans tout… En revanche, il existe des formes d’intolérance au gluten sournoises ou silencieuses mais réelles. Elles se manifestent seulement par des maux de ventre, des alternances de diarrhée et de constipation ou, sans trouble digestif, par de la fatigue, une dépression, une ostéoporose… Dans ce cas, le médecin traitant pense rarement à prescrire un test qui permettrait de faire le diagnostic. La personne ne suit donc pas de régime sans gluten et risque ainsi des complications.

 

 

Les maladies intestinales : maladies de crohn, colite, maladie coeliaque…

Comme tous les organes, l’intestin peut être malade. Des diverticules au cancer du côlon, sachez reconnaître et dépister ces maladies qui peuvent être graves.

 

Sous l’effet de la pression, des poches de la taille d’une bille – des diverticules – se forment dans les zones de faiblesse de la paroi intestinale. Très exactement dans la couche musculeuse. Des matières fécales peuvent se loger dans ces petits sacs, d’où douleurs et alternance de diarrhée et de constipation. En cause, le manque d’exercice physique et une alimentation pauvre en fibres. Complication à craindre : une diverticulite, c’est-à-dire une inflammation et une infection des diverticules qui risquent de provoquer une perforation.

Les MICI

Très différentes, les maladies inflammatoires chroniques intestinales ­ – maladie de Crohn et rectocolite hémorragique – sont liées à une prédisposition génétique et à un désordre du système immunitaire. Mais l’augmentation du nombre de cas dans les pays occidentaux laisse penser que des facteurs environnementaux, alimentaires et autres jouent un rôle. Des poussées avec douleurs abdominales, diarrhées glaireuses, parfois sanguinolentes, et fatigue, alternent avec des périodes d’accalmie.

Témoignage : Gare au cancer du côlon

Témoignage : Gare au cancer du côlon

Macha, 56 ans

Un jour, mon médecin traitant m’a proposé de faire un test de dépistage du cancer du côlon alors que je n’avais ni signe d’alerte ni facteur de risque. J’ai accepté parce que le nouveau test immunologique, gratuit entre 50 et 74 ans, est plus fiable que l’Hémoccult®. Des traces de sang ayant été détectées, j’ai passé une coloscopie et finalement j’ai été opérée. Comme mon cancer était à son début, tout va bien aujourd’hui, mais j’ai évité le pire.

 

Maladie coeliaque : Intolérance ou hypersensibilité au gluten ?

La maladie cœliaque appelée aussi intolérance au gluten (dans le blé, le seigle, l’orge mais pas l’avoine) se traduit par une inflammation qui détruit les villosités des parois intestinales et touche 1 % de la population. Le régime sans gluten est indispensable pour éviter des complications graves : retard de croissance chez les enfants, ostéoporose, développement d’une autre maladie auto-immune, diabète insulinodépendant, voire lymphome. L’hypersensibilité au gluten, plus fluctuante, est différente dans le sens où test et biopsie ne montrent aucune anomalie, et pourtant la personne qui suit un régime 0 gluten s’en trouve mieux. Plusieurs pistes de recherche sont suivies pour trouver le mécanisme en cause. En attendant, ce type de régime, à la mode en ce moment, est sans danger – à condition qu’il ne soit pas associé à d’autres restrictions. Toutefois, avant de commencer, il est très important de faire un test tTG car le suivi médical ne sera pas le même, conseille le Pr Christophe Cellier.

 

Conseils de pharmacien : Constipation : à surveiller pendant la grossesse

Conseils de pharmacien : Constipation : à surveiller pendant la grossesse

Les femmes sont plus souvent constipées que les hommes, notamment quand les sécrétions hormonales changent (cycle menstruel, grossesse, ménopause). 10 % souffrent d’hémorroïdes, internes ou externes, au troisième trimestre de la grossesse, 20 % pendant le post-partum et 15 % ont même des fissures anales. Réagissez dès les premiers symptômes : mangez davantage de fibres, légumes et fruits, en particulier secs, du pain et des biscuits au son ou aux céréales complètes – sans en abuser – et prenez un laxatif doux.

 

Des bactéries pour rééquilibrer le microbiote ?

 

Le syndrome de l’intestin irritable est sans gravité mais pénible. Que faire ? Supprimer les aliments en cause et restaurer la flore intestinale.

 

En cas de maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique, des traitements médicamenteux (les anti-TNF notamment), voire chirurgicaux, sont indispensables. Le microbiote intestinal étant modifié, les chercheurs travaillent aussi sur un possible effet des prébiotiques et surtout des probiotiques – bactéries lactiques, bifidobactéries, levures – pour le rééquilibrer. Mais, pour l’heure, ces micro-organismes ne soulagent que des troubles intestinaux bénins mais gênants comme la diarrhée et le syndrome de l’intestin irritable.

Stress et aliments « gonflants » : une flore bactérienne perturbée

Ballonnements, rots et pets, douleurs abdominales, nausées, voire diarrhée, caractérisent le syndrome de l’intestin irritable (ex-colopathie fonctionnelle). Facteurs favorisants : en premier le stress et des repas déséquilibrés avalés trop vite. La flore bactérienne est perturbée et la muqueuse intestinale altérée. Le traitement consiste avant tout à agir sur la cause : relaxation, yoga, hypnose, sport pour gérer le stress, réduction ou suppression des aliments qui irritent la muqueuse et surtout de ceux qui fermentent. C’est ce que propose le régime sans Fodmaps, un acronyme anglais désignant les sucres contenus dans les aliments « usines à gaz ». Mais la liste est longue…

Levure et ferments lactiques pour lutter contre le déséquilibre bactérien

Outre la levure recommandée en cas de traitement antibiotique – cause de déséquilibre bactérien – et les ferments lactiques tels que les Bifidobacterium et les Lactobacillus qui aident à réguler la flore, le pharmacien peut vous conseiller d’autres médicaments efficaces. Antidiarrhéiques et laxatifs doux en cas de constipation, antispasmodiques contre les contractions, médicaments à base de charbon en cas de digestion difficile et de ballonnements, plantes et argile pour l’intestin irritable…

 

Des médicaments qui soulagent les intestins

Des médicaments qui soulagent les intestins

Carbolevure
PIERRE FABRE
Association de charbon activé et de levure déshydratée pour lutter contre les gaz intestinaux et la diarrhée.
Boîtes de 20 et 30 gélules.

Charbon de Belloc 125 mg
SUPERDIET
À base de charbon activé. Absorbe l’excédent de gaz en cas de ballonnements intestinaux ou d’aérophagie.
Boîtes de 36 ou 60 capsules molles.

Dulcosoft
BOEHRINGER INGELHEIM
Laxatif osmotique (doux) à base de macrogol pour ramollir les selles dures et faciliter leur évacuation.
Boîte de 10 sachets de poudre à diluer.

Ibsium 500 mg
LESAFFRE
Saccharomyces cerevisiae, une souche de levure, à prendre en cure pour lutter contre le syndrome de l’intestin irritable.
Boîtes de 10 ou de 30 gélules.

Restrical
THÉRANOL DEGLAUDE
Paraffine liquide à effet laxatif, parfumée à l’estragon ou à la noisette, pour la constipation occasionnelle.
Flacon de 500 ml.

Ultralevure
BIOCODEX
Une levure vivante efficace, Saccharomyces boulardii, pour restaurer la flore après une infection intestinale, un traitement antibiotique…
Boîtes de 10 gélules 200 mg, 20 sachets 100 mg, 50 gélules 50 mg.

 

 

À lire

À lire

  • INTESTIN IRRITABLE, LES RAISONS DE LA COLÈRE
    Pr Jean-Marc Sabaté, éd. Larousse, 2016.
  • BEN MON CÔLON !
    Dr Serge Rafal, éd. Leduc, 2016.
  • LE CÔLON, NOTRE 2CERVEAU ?
    Dr Georges Pourtalet, éd. du Dauphin, 2015.
  • ET SI JE METTAIS MES INTESTINS AU REPOS ?
    Thomas Uhl, éd. Solar, 2016.
  • LE RÉGIME MICROBIOTE
    André Burckel, éd. Mediclaro, 2016.
Evelyne Gogien

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