OKEO SANTE
Microbiote intestinal

Flore intestinale : 100 000 milliards de bactéries !

10 mai 2017
Le microbiote intestinal confirme peu à peu son influence sur une grande partie de notre santé. D’où l’utilité d’une flore abondante, variée et équilibrée.

  

Vous hébergez tout un monde en vous : votre flore intestinale. Vivant essentiellement dans ce que l’on appelle le gros intestin, le côlon, elle pèse environ 1 kilo et représente une population de 100000 milliards de bactéries (100 fois plus que toutes les cellules de votre corps). Ces bactéries sont variées, réparties en grandes familles, et elles ont passé un pacte de cohabitation avec le corps qui les héberge.

Nourrir sa flore pour qu’elle nous protège

En échange du gîte et du couvert, elles s’occupent de la santé du tube digestif et des défenses immunitaires locales, voire générales. Mais leurs effets vont bien au-delà : elles pourraient avoir de l’influence sur l’émergence ou non de certaines affections comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et même le surpoids ! Autant dire qu’il est important d’avoir une bonne flore et de la protéger. Mais peut-on choisir sa flore ? En fait, elle est « prédestinée » à être ce qu’elle sera toute la vie, quasi dès la naissance et durant les 2 à 3 premières années suivantes. Elle est en grande partie génétiquement déterminée mais elle est également sensible à l’environnement.

 À lire aussi : Conseil de pharmacien I Comment la flore intestinale agit sur la santé

Merci, maman pour ta flore !

 À sa naissance, le nourrisson n’a pas encore de flore ; il a tout juste avalé un peu de bactéries au passage des voies génitales et périnéales de sa mère. Ce sont ces quelques bactéries qui vont constituer le noyau de sa future flore. En cas de césarienne, ce seront les baisers et le contact avec les bactéries extérieures qui joueront ce rôle – mais la flore sera probablement plus longue à se former. Ces premières bactéries vont se multiplier et se diversifier pour former en 2 à 3 ans la flore définitive de l’adulte qu’il sera par la suite. Les petites selles liquides et verdâtres du nourrisson laisseront place peu à peu aux selles brunâtres et bien moulées signant l’existence d’une flore mature et bien installée. Mais elle sera fragile toute la vie et de nombreux facteurs peuvent la déstabiliser : ainsi, les antibiotiques la détruisent en grande partie pendant quelques semaines, voire quelques mois. De la nécessité de ne prendre des antibiotiques que si l’on en a besoin, et si possible à spectre très étroit et ciblé.

Bonne flore intestinale vaut bonne forme générale!

Longtemps, la flore était supposée sans grand intérêt : « Après tout, elle vit dans les selles ; c’est donc sale et inutile ». Pourtant des découvertes étonnantes la propulsent au rang de deuxième cerveau ! Rien que cela. On sait maintenant qu’elle nous défend des bactéries pathogènes en constituant la première ligne de défense de l’organisme. Elle se nourrit de nos déchets (quelques lipides, glucides et beaucoup de fibres). En échange, elle libère des gaz, des acides gras volatils nécessaires à la santé du côlon, fabrique un peu de vitamine B12 et gère en grande partie l’immunité locale, voire générale (production de certains anticorps). Elle contribue à réguler le transit (les patients souffrant de colopathie fonctionnelle ont probablement une flore de mauvaise qualité). Elle communique avec les autres organes (dont le cerveau) et pourrait jouer un rôle important dans les maladies liées à l’inflammation intestinale (maladie de Crohn) et générale (résistance à l’insuline favorisant l’apparition du diabète de type 2). Il vaut donc mieux avoir une flore en bonne santé. La génétique y est pour beaucoup, mais nous pouvons l’aider.

 

Prébiotiques : des sucres non digestibles utiles qui nourrissent les bactéries

Naturellement présents dans l’alimentation, ce sont des alliés potentiels. Comme les probiotiques, ils peuvent se révéler très utiles dans la prévention et le traitement d’appoint de certains troubles digestifs.

 

La plupart des bactéries du microbiote se nourrissent de certains sucres non digestibles qui font partie des fibres alimentaires consommées et qu’ils vont fermenter. Ces sucres sont les prébiotiques. Il s’agit de l’inuline, des fructo-oligosaccharides (ou FOS), des galacto-oligosaccharides (GOS) et du lactulose. Ils sont considérés comme ayant un effet bénéfique sur la santé, en contribuant à la « bonne santé » du microbiote intestinal.

À lire aussi : Prébiotiques et flore intestinale : vers la nutrition 2.0 ?

 

Le top 12 des prébiotiques

Le top 12 des prébiotiques

Les aliments les plus riches en prébiotiques sont : ail, artichaut, chicorée, asperge, oignons, poireaux, blé, orge, seigle, topinambour, amandes, pistaches.

 

La dose juste

Pour cet effet bénéfique, ils sont fréquemment utilisés en prévention ou traitement de petits troubles digestifs. C’est ainsi que l’on trouve des prébiotiques dans certains laits infantiles destinés aux nourrissons ayant des petites « coliques » ou dans certains laitages de grande consommation. Attention toutefois car, en excès ou trop vite introduits (en concentré ou via les aliments qui en contiennent), ils peuvent favoriser l’apparition de gaz et de fermentations. Ce d’autant que dans certains aliments, ils sont fréquemment associés à des FODMAPs (sucres fermentescibles) pouvant aggraver ces processus de fermentations avec production de gaz et de ballonnements douloureux.

 

Et en cas de colopathie ?

Et en cas de colopathie ?

Les aliments riches en prébiotiques mais aussi en FODMAPs sont à éviter en cas de colopathie fonctionnelle : artichaut, asperge, choux, oignons, pêche, pomme, poire.

 

Yaourts et comprimés

Les prébiotiques existent en pharmacie sous forme de comprimés de FOS, de GOS ou d’inuline. Il faut y aller progressivement, faute de quoi ils peuvent provoquer des douleurs et des ballonnements. On les trouve aussi dans certaines spécialités alimentaires (souvent des yaourts) enrichis en prébiotiques – on appelle ces aliments des alicaments. Un même produit peut associer prébiotiques et probiotiques : il est qualifié de symbiotique.

Sinon, il reste bien sûr les légumes, fruits ou autres mets riches en prébiotiques (voir encadré). Si vous en consommiez trop peu jusqu’à présent, allez-y doucement. Commencez par ajouter un peu d’ail et d’oignon dans vos salades composées ou dans vos plats. Et pourquoi pas des amandes émincées ?

À noter que les prébiotiques peuvent avoir moins d’efficacité sur la correction de troubles digestifs fonctionnels que les probiotiques. C’est pourquoi on les associe souvent, ou on privilégie les probiotiques, qui entraînent moins d’effets secondaires digestifs.

 

Les probiotiques : des bactéries amies

Ce sont essentiellement des ferments lactiques, et surtout des bifidobactéries et des lactobacilles.

 

Les probiotiques sont, le plus souvent, des lactobacilles et des bifidobactéries. Ceux-ci sont naturellement présents dans le microbiote et ont des rôles différents. Ils sont répartis en espèces (par exemple Lactobacillus bulgaricus), comprenant des souches (LB KB290, LB KB291…) qui diffèrent entre elles comme les frères et sœurs d’une même famille.

 À lire aussi : Aliments probiotiques : mangeons des bactéries !

 

Des ferments en banques…

L’homme a identifié beaucoup de ces bactéries et les a isolées. Il existe ainsi des banques dans lesquelles les industriels et les laboratoires peuvent se fournir en certaines bactéries correspondant à ce qu’ils en attendent dans leurs produits.

Dans le microbiote intestinal, les probiotiques pourraient stimuler la croissance de bonnes bactéries bénéfiques au détriment de bactéries pathogènes. Ils pourraient aussi stimuler l’immunité locale (intestinale) et peut-être même générale – et agir ainsi sur notre santé globale.

Dans les laitages ou en pharmacie

On retrouve ces probiotiques dans des produits alimentaires de type yaourts (le « yaourt » classique) et laits fermentés (Actimel®, Activia®). On les trouve aussi en pharmacie, sous forme concentrée (en gélules, en poudre ou en comprimés), destinés à corriger des troubles digestifs de type ballonnements, gaz, troubles digestifs. Ou, lors d’une antibiothérapie, pour aider au retour d’un transit normal avec une flore plus équilibrée. Évidemment, l’effet n’est que transitoire car ces probiotiques sont quotidiennement éliminés avec les selles. Donc, s’ils ont un effet bénéfique, ils doivent être consommés régulièrement ou en cures, le temps de corriger le problème. À noter que certaines levures sont aussi des probiotiques comme Saccharomyces boulardii (Ultra-Levure®) et Saccharomyces cerevisiae (levure de bière).

Le double effet yaourt

Le double effet yaourt

Le « vrai » yaourt contient deux ferments : Streptococcus thermophilus et Lactobacillus bulgaricus – à raison de 10 milliards de ferments vivants par pot ! Raison pour laquelle il est recommandé d’en consommer non seulement quotidiennement, mais aussi en cas de risque de destruction de la flore via la consommation d’antibiotiques. Mangez des yaourts, c’est bon pour la santé – surtout quand ils sont nature.

Toutefois dès que l’on ajoute un troisième ferment (une bifidobactérie, par exemple), le produit perd le droit à l’appellation yaourt et devient un « lait fermenté » (le cas d’Activia®).

 

Quand et comment en prendre…

Les indications sont nombreuses : lors de la prise d’antibiotiques, en cas de colopathie fonctionnelle, en prévention ou lors de certaines allergies, pour retrouver un transit un peu plus serein voire davantage de tonus. Les certitudes scientifiques manquent sur l’efficacité de certaines souches plus que d’autres. Et cela se complique quand il s’agit d’intervenir sur le microbiote d’une personne qui diffère de celui d’un autre individu. Ainsi, il faut essayer, en cure d’au moins un mois, pour voir un effet – et ne pas hésiter à changer en cas d’absence de résultat. Attention toutefois à l’automédication !

Dr Laurence Plumey, médecin nutritionniste

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