Soigner son animal sans nuire à notre santé

Soigner son animal sans nuire à notre santé
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Certains médicaments que l’on donne à son animal présentent des risques pour notre propre santé. Connaître ces risques permet de prendre les précautions qui s’imposent pour éviter les accidents.

Selon les données collectées par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail-Agence nationale du médicament vété­rinaire (Anses-ANMV), dans 50 % des cas, l’exposition accidentelle est en lien avec un médicament vétérinaire. Cela concer­­ne 85 % d’adultes, mais 12 % sont des enfants de moins de 5 ans.

Des signalements rares

En France, une personne qui a été exposée accidentellement à un médicament vété­rinaire peut signaler les effets indé­sirables auprès d’un centre antipoison humain. Le ministère de la Santé a aussi créé un portail de télédécla­ration de tous les événements sanitaires indésirables chez l’homme, dont les expositions à des médicaments vétérinaires (signalement.social-sante.gouv.fr). Enfin, il est possible de déclarer l’accident directement auprès du laboratoire qui commercialise le médi­cament. Les déclarations sont enregistrées dans la base de données de l’ANMV et dans une base de données européenne. Toutes les expositions accidentelles aux médicaments pour animaux sont recensées par l’Anses. Le nombre de cas s’élève à quelques centaines par an (377 en 2022) mais il est largement sous-estimé car ces événements sont rarement déclarés.

La pharmacovigilance vétérinaire reposant sur la déclaration spontanée, il est important que les propriétaires signa­lent tout effet indésirable survenant après l’utilisation d’un médicament vétérinaire, que ce soit chez l’animal ou chez l’homme. Un vétérinaire peut éventuellement servir d’intermédiaire pour la déclaration.

Attention à la N-méthyl pyrrolidone

La N-méthyl pyrrolidone (NMP) est un excipient utilisé dans plus d’un millier de médicaments vétérinaires commercialisés en Europe. Il est présent dans des produits injectables, des shampooings, des sprays, des concentrés à diluer dans l’eau de boisson, etc. La NMP est cependant une substance reconnue comme tératogène chez les animaux de laboratoire. Elle pourrait être à l’origine de malformations congénitales chez les enfants dont la mère a manipulé ou est entrée en contact avec de la NMP durant la grossesse. En mars dernier, la Commission européenne a donc recommandé que les femmes enceintes, ou susceptibles de l’être, n’administrent pas de médicaments contenant de la NMP afin d’éviter toute exposition accidentelle.

Les antiparasitaires externes, surtout

Les antiparasitaires externes sont à l’origine de plus de 30 % du total des expo­sitions accidentelles, et de plus de 80 % des cas lorsque l’exposition est cutanée. Les principaux médicaments incriminés sont ceux présentés en pipette (spot-on) à déposer sur la peau. Après un contact cutané avec le produit, les personnes déclarent avoir ressenti une douleur, une brûlure, des picotements ou un prurit au niveau de la zone touchée.

Cette exposition survient en général à l’ouverture de la pipette, notamment du fait d’une mauvaise compréhension du mode d’utilisation. Cet « accident » peut aussi se produire après un contact direct avec l’animal dans les 24 heures suivant l’administration de l’antipara­sitaire, alors que celui-ci n’est pas encore totalement absorbé.

La majorité des personnes exposées sont des enfants ou des adolescents, et le fait que l’animal dorme sur le lit représente un facteur favorisant.

Les antiparasitaires vétérinaires ne sont pas des antipoux !

Des cas d’utilisation d’antiparasitaires vétérinaires pour traiter les poux chez les enfants sont régulièrement signalés et peuvent avoir de graves conséquences, surtout s’il s’agit de produits acaricides pour grands animaux, tels que les bovins. Un traitement antiparasitaire destiné aux animaux ne doit jamais être administré à un être humain, a fortiori un enfant. En cas d’infestation par les poux, il est nécessaire de prendre conseil auprès d’un professionnel de santé (médecin ou pharmacien).

Gare à l’ingestion accidentelle

En 2021, l’ingestion accidentelle d’un médicament pour animaux, première voie d’exposition, représentait 37 % des cas, et un quart des victimes avaient moins de 5 ans. Les conséquences sont surtout des troubles gastro-intes­tinaux type douleurs abdominales, nau­sées, vomissements et diarrhées.

Si chez les adultes plusieurs causes d’ingestion accidentelle sont identifiées, dans un tiers des cas il s’agit d’une confusion entre un traitement humain et un médicament prescrit à l’animal. L’ouverture des antipara­sitaires sous forme de spot-on avec les dents est aussi un motif récurrent d’absorption accidentelle.

Lorsque le médicament vétérinaire est caché dans un aliment pour en faciliter l’administration, il arrive que cet aliment soit ingéré accidentellement par quel­qu’un avant que l’animal ne l’ait reçu, par exemple un médicament pour un cheval mis dans une pomme qui a été laissée dans l’écurie…

Prévention des accidents

Quel que soit le type de médicament, la lecture de la notice d’utilisation est un préalable essentiel. Celle-ci comporte notamment une rubrique intitulée « Précautions particulières à prendre par la personne qui administre le médicament vétérinaire aux animaux », laquelle précise les contre-indications à l’emploi par des personnes à risque, les femmes enceintes, par exemple.

Le contenu des notices est régulièrement mis à jour en fonction des déclarations enregistrées dans les bases de données de pharmacovigilance. Pour limiter les risques d’accident, les laboratoires ont
ainsi clarifié les notices d’utilisation des antiparasitaires, en explicitant la façon d’ouvrir et d’appliquer le produit. Certains fabricants ont également mis en place des bouchons sécurisés.

Porter des gants

Le port de gants est conseillé pour manipuler des pipettes antiparasitaires (des gants jetables sont parfois fournis avec le produit). Une mesure effi­cace puisque le nombre d’accidents a diminué.

Cette précaution est aussi conseillée pour l’administration d’autres médicaments tels que les antithy­roïdiens, les cortico­stéroïdes, les traitements des ani­maux insuffisants rénaux, etc. Votre vété­rinaire pourra vous préciser les dispo­sitions à prendre.

Se protéger des projections oculaires

Les projections de médicaments vétérinaires dans les yeux se produisent surtout au moment de l’ouverture d’une pipette. Il arrive aussi que le propriétaire confonde son collyre avec celui de son animal…

Limiter le risque d’ingestion accidentelle

En prévention, il est fortement recommandé de stocker les médicaments vété­rinaires dans un endroit bien distinct de la pharmacie humaine, et hors de portée des enfants. De même, mieux vaut laisser les plaquettes de comprimés dans leur emballage d’origine avec leur notice.

Enfin, dans la mesure du possible, il faut éviter de cacher le médicament dans un aliment trop à l’avance. Le cas échéant, l’aliment sera clairement identifié.

Comment réagir en cas d’exposition accidentelle ?

Les symptômes sont en général des signes d’irritation locale et la plupart sont bénins. Il s’agit le plus souvent d’une réaction après un contact de la peau avec le produit, d’une irritation oculaire en cas de projection dans les yeux, ou de signes digestifs en cas d’ingestion. Des symptômes neurologiques, cardiaques, respi­ratoires et ostéoarticulaires sont cependant parfois mentionnés.

En cas d’exposition accidentelle, il est d’abord indispensable de consulter le résumé des caractéristiques du produit, lequel mentionne les éventuels effets indésirables du médicament. Ce document peut permettre de relativiser l’événement ou, à l’inverse, inciter à consulter rapidement un médecin.

Un guide sur les médicaments antiparasitaires

L’Association santé environnement France est composée de professionnels de santé qui travaillent sur des sujets en lien avec la santé et l’environnement. Elle a récemment publié un guide sur les antiparasitaires pour animaux de compagnie afin d’informer les utilisateurs sur leurs effets sur la santé animale, humaine et environnementale. Il s’agit de mettre en garde le grand public contre les risques que représentent ces molécules, en particulier pour les enfants et les femmes enceintes, et de présenter les gestes simples de prévention. Ce guide est disponible sur : asef-asso.fr/production/mini-guide-sante-des-anti-parasitaires-externes