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Hépatites : prévention et traitements

Hépatites : prévention et traitements

15 mars 2016
Les hépatites virales passent souvent inaperçues et ne sont pas assez dépistées. Cette année, deux nouveaux médicaments vont permettre de guérir l’hépatite C, même grave, dans près de 100 % des cas.

 

Chiffre

Chiffre

90 000
Français au moins ignorent qu’ils sont infectés par le virus de l’hépatite C.
Source : Congrès sur les hépatites, Paris, janvier 2014.

Une hépatite, qu’elle soit due au virus A, B, C, D ou E, à l’alcool, à un parasite ou une bactérie, est une inflammation du foie, aiguë ou chronique. Aiguë quand elle est récente (moins de 6 mois), elle peut alors provoquer quelques symptômes durant plusieurs semaines : grande fatigue, nausées, manque d’appétit puis ictère (peau et yeux jaunâtres), urines foncées, selles décolorées, couleur mastic… Mais le plus souvent l’infection passe inaperçue. Dans ce cas, seule une analyse biologique sanguine permet de faire le diagnostic. L’hépatite peut certes rester aiguë et guérir, mais pas toujours… Devenue chronique, elle s’accompagne fréquemment de fatigue intense, mais certains patients n’ont aucun symptôme particulier et l’infection peut poursuivre son évolution en silence. La maladie est alors découverte soit de manière fortuite, soit malheureusement quand elle se complique, signe que les cellules du foie sont déjà très atteintes. On le sait, celles-ci ont la particularité de pouvoir se régénérer, mais jusqu’à un certain point. Quand la destruction des hépatocytes, principales cellules du foie, est trop importante, le foie fonctionne de moins en moins et durcit, on parle alors de fibrose. Sans traitement adapté, elle peut s’aggraver et aboutir à la cirrhose, ce qui est déjà difficile, puis dégénérer en hépatocarcinome, autrement dit en cancer du foie.

 

Hépatite A et B : ne pas négliger le vaccin

Très différentes par leurs modes de transmission, l’hépatite A et l’hépatite B sont les seules que l’on peut éviter en se vaccinant. Pourtant, malgré leur dangerosité potentielle, les Français sont peu vaccinés.

Hépatite A, toujours aiguë

Elle est très répandue, en particulier en Afrique et en Asie du Sud-Est. En France, en 1970, 50 % des adultes avaient rencontré le virus dans leur enfance, aujourd’hui grâce à l’amélioration des conditions d’hygiène, ils ne sont plus que 10 à 20 %. Du coup, le risque d’être infecté lors d’un voyage dans un pays où l’hépatite A est endémique, devient élevé. L’hépatite A n’est jamais chronique et guérit souvent en 4 à 6 semaines sans séquelle mais, dans 5 % des cas, la guérison est longue et surtout l’hépatite est fulminante (potentiellement mortelle) dans 1 cas sur 10 000.
Transmission
Le virus en cause, le VHA, présent dans le sang et les selles des personnes infectées, est résistant et se transmet surtout par les eaux de boisson et les aliments souillés, crus ou peu cuits, mais aussi par les rapports sexuels oro-anaux et l’injection de drogues.
Prévention
En voyage, lavez-vous souvent les mains, pas d’eau du robinet ni de glaçons, pelez ou cuisez fruits et légumes. Ou vaccinez-vous. Le vaccin protège au moins 10 ans.

 À lire aussi : Hépatite A : transmission et prévention

 

Hépatite B, danger !

Le virus, très contagieux, circule dans le monde entier et il est dangereux. La maladie devient chronique dans seulement 10 % des cas, mais la maladie passe souvent inaperçue et évolue à bas bruit. C’est là le problème, car elle donne alors une cirrhose dans 20 % des cas et/ou un cancer du foie dans 5 % (1 300 morts par an). En cas de chronicisation, un suivi en milieu spécialisé est indispensable : les traitements (interféron alpha pégylé + antiviraux) permettent aujourd’hui de contrôler la maladie. Une bonne hygiène de vie est aussi essentielle (éviter alcool, infections, certains médicaments) et les rapports sexuels doivent être protégés.
Transmission
Surtout par voie sexuelle et par voie sanguine (partage de seringues, piercing, tatouage…) ; une mère contaminée peut transmettre le virus au fœtus.
Prévention
Le préservatif permet de se protéger contre la contamination par voie sexuelle, mais la meilleure prévention est la vaccination. Elle n’est obligatoire que pour les personnes à risque particulier, professionnels de santé ou travaillant en collectivité, mais fortement recommandée avant les premières relations sexuelles ou, en amont, chez les nourrissons qui le supportent mieux, et aux voyageurs ou résidents en pays de forte endémie.

 À lire aussi : Tout sur les Hépatites

 

Autres hépatites

À savoir

À savoir

PIERCING ET TATOUAGE
Si le doute vous envahit après une séance de piercing ou de tatouage, faites un test de dépistage des hépatites B et C. Dans un laboratoire d’analyse de ville ou un centre de dépistage anonyme et gratuit. Vous serez rassuré ou pourrez vous soigner sans tarder.
Hépatites D et E. Plus rares, elles guérissent le plus souvent spontanément, mais sont parfois très graves, voire mortelles ; l’hépatite E évolue plus souvent que les autres en hépatite fulminante. Le VHD, transmis par voie sanguine, n’infecte que les personnes infectées par le virus de l’hépatite, surtout les toxicomanes et les homosexuels. Le VHE est transmis par les aliments et les mains souillées dans les pays du tiers-monde.
Hépatites liées à des maladies virales, bactériennes ou parasitaires. Mononucléose infectieuse causée par le virus d’Epstein-Barr, infection à cytomégalovirus (CMV), herpès, leptospirose, brucellose, paludisme, typhoïde. Le traitement repose sur celui de l’infection en cause.
Hépatites dues à l’alcool. Ce sont soit des hépatites aiguës, après une intoxication alcoolique massive, gravissimes mais rares en France, soit des hépatites chroniques, plus ou moins émaillées d’épisodes aigus, qui peuvent aboutir à une cirrhose.
Hépatites non alcooliques stéatosiques. Liées à l’excès de poids, elles sont en augmentation dans tous les pays occidentaux. Elles évoluent en cirrhose, voire en cancer du foie.
Hépatites transfusionnelles. Depuis 1991, les tests de dépistage sont fiables et les nouvelles méthodes de conservation du sang permettent d’écarter systématiquement du don de sang les personnes contaminées par les virus des hépatites (et du sida).

 

Traitement de l’hépatite C

Le virus de l’hépatite C sévit partout, y compris en France où, selon les estimations, 235 000 personnes sont infectées. Mais, là encore, la moitié d’entre elles l’ignorent. Or le VHC, transmis par voie sanguine principalement par injection de drogue et moins par voie sexuelle, est très dangereux et cause environ 2 600 décès par an. Contrairement aux autres virus d’hépatite, le génome du VHC varie. Il existe ainsi 6 génotypes et de nombreux sous-types différents selon les zones géographiques qui ne répondent pas de la même façon aux traitements. En France, le plus fréquent est le génotype 1.

 À lire aussi : Témoignage – « Je suis guérie de mon hépatite C »

 

Risques à long terme

Comme les autres hépatites, l’infection passe inaperçue la plupart du temps et pendant la phase aiguë de l’hépatite qui survient 2 à 3 mois après la contamination, les symptômes, quand il y en a, ne mettent pas sur la voie. Contrairement à ce que l’on croit, la jaunisse est rare. Une faible proportion de personnes infectées guérissent spontanément, les autres développent une maladie chronique, également sans symptômes parlants, ce qui retarde souvent le diagnostic, donc le traitement. Or l’hépatite C chronique peut entraîner des complications à long terme : dégradation progressive du foie, cirrhose 20 à 30 ans après la contamination chez 20 % des patients et parfois cancer du foie (hépatocarcinome), potentiellement mortel.

Traiter, non vacciner

Il n’existe pas de vaccin contre le VHC, mais le traitement n’a cessé de s’améliorer depuis la découverte du virus au début des années 1990. Aux injections d’interféron alpha 3 fois par semaine pendant 1 an qui permettaient de guérir seulement 10 % de malades moyennant des effets secondaires handicapants, a succédé l’association interféron alpha pégylé injecté 1 seule fois par semaine, et ribavirine, une molécule renforçant son action antivirale, qui a fait passer le taux de guérison à 50 %. En 2011, deux médicaments inhibiteurs de la protéase, associés à l’interféron alpha et à la ribavirine, ont permis encore d’augmenter le taux de guérison de 15-20 %, mais certains génotypes ne répondaient pas au traitement.
Avec l’arrivée de 2 nouvelles molécules (en comprimés), le sofosbuvir et le simeprevir, qui bloquent de façon puissante la multiplication du virus, l’année 2014 a été une année charnière. En combinaison avec la ribavirine et/ou l’interféron alpha pégylé, elles sont efficaces chez les malades non répondeurs aux traitements antérieurs et chez les autres, nettement plus efficaces que l’association de référence. Autres atouts : elles sont bien supportées par les malades, raccourcissent nettement la durée du traitement et, au final, simplifient le traitement. Malheureusement, leur coût est de l’ordre de 50 000 à 60 000 euros, ce qui porterait le traitement total à environ 100 000 euros par malade…

Éradiquer l’hépatite C ?

Éradiquer l’hépatite C ?

L’un des grands problèmes avec l’hépatite C est que bon nombre de personnes ignorent qu’elles sont infectées. L’amélioration des taux de guérison obtenue avec les nouveaux médicaments devrait inciter à se faire dépister. Quand une personne infectée par le virus de l’hépatite C est détectée tôt, elle peut bénéficier sans délai de ces traitements, guérir et ne risque donc plus de transmettre à son tour la maladie. Les hépatologues comme le Pr Patrick Marcellin (hôpital Beaujon, Clichy) et Daniel Dhumeaux (CHU Henri-Mondor, Créteil) réclament ainsi un dépistage élargi du virus de l’hépatite C, en même temps que celui de l’hépatite B et du VIH. Le dépistage simultané deviendrait alors plus facile à proposer pour les médecins et à accepter par les malades, et l’éradication de la maladie serait un objectif concevable.

 

Guérir grâce à l’innovation

Sofosbuvir
C’est le premier inhibiteur de la polymérase du VHC, il a reçu son autorisation de mise sur le marché européen et est déjà donné, en hôpital, à des malades gravement atteints ou en attente de greffe du foie, en ATU (autorisation temporaire d’utilisation) sans attendre les dernières procédures administratives. La durée du traitement est ramenée à 12 semaines. Le taux de guérison définitive est de 90 à 100 % selon le génotype du virus.

Simeprevir
Inhibiteur de deuxième génération de la protéase du VHC autorisé aux États-Unis, il est en attente d’autorisation de mise sur le marché (AMM) en France.
Une quinzaine d’autres antiviraux, en phase finale de leur développement, seront prochainement proposés.

Sophie Albanel

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