La thyroïde en fait parfois trop… ou pas assez !

La thyroïde en fait parfois trop… ou pas assez !

26 février 2021
Cette toute petite glande, aux grands effets !, peut s’emballer ou, plus souvent, s’essouffler. Quelques clés pour comprendre et la soutenir.

 

Aucun organe, cerveau, cœur, peau, etc., n’échappe à l’influence des hormones thyroïdiennes, qui donnent le tempo à un certain nombre des fonctions de l’organisme. Or, les anomalies de la thyroïde sont extrêmement diverses. Premier cas de figure, c’est la forme de la glande qui évolue, avec des nodules, des kystes ou le fameux goitre (un gonflement homogène de la glande), sans forcément de perturbation de la sécrétion des hormones. Ce peut être aussi la fabrication des hormones, à la hausse ou à la baisse, qui pose problème. Enfin, coexistent parfois les deux troubles, altération de la forme et dysfonctionnement hormonal.

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D’abord une prise de sang

Quoi qu’il en soit, le premier examen pour y voir plus clair est une prise de sang qui mesure la TSH (pour Thyroid Stimulating Hormon), l’hormone de l’hypophyse (la thyrostimuline) qui contrôle la sécrétion hormonale de la thyroïde. Si la TSH est élevée, c’est que la thyroïde en aval n’est pas en état de produire assez d’hormones thyroïdiennes pour la bloquer ; si elle est basse, c’est que probablement elle en fabrique trop.

On peut être en hyperthyroïdie quand un nodule dit « toxique » sécrète sans frein des hormones, ou en raison d’une maladie de Basedow, auto-immune (lorsque l’organisme perçoit cette thyroïde comme étrangère, à la suite d’un choc par exemple) et toutes les fonctions, le rythme cardiaque, le transit digestif, l’humeur sont sur le mode « trop ».

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Au contraire, une hypothyroïdie se manifeste par un ralentissement global : prise de poids, cholestérol élevé, chute des cheveux, frilosité, méforme en général, etc. À l’origine de l’hypothyroïdie, de loin le plus fréquent des désordres thyroïdiens, une carence en iode (la glande fonctionne alors à vide) et, au décours de la grossesse et à la ménopause essentiellement, des maladies auto-immunes (encore et surtout) qui empêchent la thyroïde de fabriquer ses hormones.

Conseils de pharmacien

Conseils de pharmacien

• Pour fabriquer des hormones thyroïdiennes, la thyroïde puise dans les sotcks de vitamines, tyrosine (issue de protéines d’origine animale, la source la plus sûre) et bien sûr d’iode.

• Un apport iodé en particulier peut être nécessaire si l’on est enceinte ou si l’on allaite… On peut alors compter sur les algues et, plus pratiquement, les poissons (saumon, morue, etc.), les fruits de mer, les œufs et, à un moindre degré, le sel enrichi en iode, le lait, les viandes ou les céréales. On y ajoute par prudence (pour que le bébé ait son quota d’iode, indispensable au développement de son cerveau), dès la période préconceptionnelle (environ deux mois avant la grossesse), des compléments alimentaires spécifiques.

• Pour que ces hormones soient utilisées dans les cellules, de la vitamine D et du cortisol (et donc des surrénales en bon état de fonctionnement, en forme).

• Méfiance, le fer et le soja peuvent diminuer l’absorption des hormones thyroïdiennes.

• Tabac, alimentation déséquilibrée, stress, médicaments, toxiques, radiations ionisantes, tous ces facteurs, on en a la preuve !, influencent le fonctionnement de la thyroïde.

 

Hypothyroïdie : traiter ou non ?

Si la façon de traiter les hyperthyroïdies fait consensus, ce n’est pas tout à fait le cas des hypothyroïdies. C’est pourquoi la Haute Autorité de santé vient d’adresser aux médecins quelques recommandations pour harmoniser la prise en charge…

En effet, on dose assez facilement aujourd’hui la TSH, reflet donc du fonctionnement de la thyroïde, et on la trouve souvent un peu plus élevée qu’il ne faudrait, parce qu’elle est un indicateur extrêmement sensible de ce qui se passe en amont dans l’hypophyse. C’est pourquoi une TSH modestement élevée (entre 4 et 10 mUI/l) doit être contrôlée, à 2-3 mois d’intervalle, et les hormones thyroïdiennes dosées en parallèle (le taux de thyroxine libre ou T4), au moins une fois, ce qui renseigne sur la capacité de la thyroïde à fabriquer ses hormones.

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L’hypothyroïdie est avérée quand des signes spécifiques sont présents, assortis d’une TSH à plus de 4 mUI/l et d’une T4 basse ; elle est, sinon, qualifiée de « fruste » et ne nécessite pas de traitement en l’absence de signes cliniques (fatigue, etc.) puisqu’on ne traite pas des chiffres, mais des personnes !

On peut alors surveiller la thyroïde et doser TSH et T4 à distance après ces dosages initiaux pour repérer un déficit de fonctionnement à son début, surtout si des symptômes évocateurs d’hypothyroïdie surviennent.

Il semble toutefois qu’entre 4 et 10 mUI/l, même si l’hypothyroïdie ne se manifeste pas, il y ait un avantage à traiter (par des hormones de substitution, c’est-à-dire de la T4), pour des raisons cardiovasculaires : les jeunes gens qui ont une TSH supérieure à 4 de façon chronique font (un peu) plus d’événements coronariens. Au-delà de 10 mUI/l, en cas d’hypothyroïdie fruste toujours (cela dit, à ce stade des symptômes sont habituellement présents), un traitement par des hormones de substitution, la lévothyroxine, peut être discuté… Ce qui n’est pas nécessaire pour les personnes âgées de plus de 70 ans.

À savoir

À savoir

La lévothyroxine est un médicament à marge thérapeutique étroite – sa dose minimale efficace est très proche de sa dose maximale tolérable par l’organisme. Pour des personnes traitées bien équilibrées et sans effet indésirable, il n’y a pas lieu de changer de traitement (autre forme médicale commercialisée), rappelle la HAS.

 

Réponses d'expert : pourquoi les femmes ?

Réponses d'expert : pourquoi les femmes ?

Pr JEAN-LOUIS WÉMEAU
Endocrinologue, Lille

Si tant de femmes sont touchées par une hypothyroïdie, c’est d’abord pour des raisons hormonales, la thyroïde étant dépendante des hormones féminines, des œstrogènes en particulier. À la puberté notamment et au moment des grossesses, les montagnes russes hormonales chahutent la thyroïde.

L’auto-immunité, quand des cellules « immunocompétentes » considèrent comme étrangères des cellules à soi, et agressent ici le parenchyme thyroïdien, est aussi plutôt le fait des femmes. Un rebond d’auto-immunité est ainsi observé après chaque grossesse où la mère a « toléré » les cellules de son fœtus (qui lui sont à moitié étrangères).

Certaines de ces hypothyroïdies sont heureusement transitoires, comme (à 90 %) celles survenant au décours d’une grossesse ou les thyroïdites par auto-anticorps de l’adolescente qui peuvent s’éteindre à l’âge adulte. Il n’y a en tout cas aucune urgence à traiter…

 

À lire

À lire

Soigner l’hypothyroïdie sans médicaments, de Florence Müller, aux éditions Leduc.s, Parfait pour comprendre le fonctionnement de cette glande multisites et les moyens de la soutenir.

Dr Brigitte Blond

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