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Incontinence urinaire : pas de fatalisme !

Les problèmes d’incontinence et de fuite urinaire ont désormais des traitements efficaces.

 

À savoir

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ASSOCIATION
Animée par des bénévoles, médecins, kinés, infirmières et sages-femmes, l’Association d’aide aux personnes incontinentes (AAPI)* se bat pour que les protections soient considérées comme des dispositifs médicaux avec un taux de TVA réduit à 5,5 % (contre 19,6 % aujourd’hui) et soient ainsi moins coûteuses.

* 1, rue de Rome, 94140 Alfortville. Tél. 09 75 63 50 60. www.aapi.asso.fr.

Le sujet est encore tabou, pourtant les femmes (plus ou moins) incontinentes sont nombreuses et cette fréquence s’explique par l’anatomie de la vessie féminine. La poche dans laquelle est stockée l’urine et l’urètre, canal par lequel celle-ci s’écoule, sont soutenus par le périnée qui s’étend du pubis à la base de la colonne vertébrale. Mais ce « hamac » musculaire peut perdre de sa tonicité et de son élasticité, notamment sous l’influence de deux événements de la vie :

Incontinence et fuites urinaires

  • Après un accouchement par les voies naturelles.
    Plus le bébé est gros et plus l’accouchement est difficile, plus le périnée est distendu. Mais des séances de rééducation périnéale, aujourd’hui prescrites systématiquement aux jeunes accouchées, permettent le plus souvent d’y remédier dans les trois mois.
  • Après la ménopause.
    Les modifications hormonales qui l’accompagnent provoquent un vieillissement des tissus. Les muscles du périnée se relâchent, la zone vulvo-vaginale s’atrophie et les sphincters, qui contrôlent l’ouverture et la fermeture de l’urètre, sont moins performants.
  • Autres causes ou facteurs favorisants :
    Le surpoids ou l’obésité (les kilos en trop pèsent sur les muscles entourant la vessie) et la pratique intensive de certains sports qui obligent à sauter ou sollicitent beaucoup les abdominaux, lesquels exercent alors une pression importante sur le périnée : volley, basket, handball, aérobic, fitness, marathon, trampoline, équitation surtout, jogging, tennis, squash…
    Conséquences : des fuites involontaires à l’effort, en soulevant une charge par exemple, mais aussi en toussant un peu fort, en éternuant brutalement, en pouffant de rire ou en sautant. Ou bien des envies d’uriner très pressantes et des mictions (action d’uriner) très fréquentes, de jour comme de nuit, dues à l’instabilité (ou hyperactivité) de la vessie : elle se contracte trop facilement et de manière incontrôlable. Ce que les urologues appellent le « syndrome de la clef dans la serrure » est également connu : arrivée devant la porte, la femme se tortille et se précipite vers les toilettes, en général trop tard car le fait de courir pèse encore plus sur la vessie…

 

Des médicaments à la chirurgie pour traiter l’incontinence

Il ne sert à rien d’attendre, au contraire. Parlez-en à votre médecin. En fonction de vos symptômes il pourra vous prescrire un médicament anticholinergique (pour limiter les contractions de la vessie) pendant plusieurs semaines ou des séances de rééducation périnéale chez un kinésithérapeute, de 15 à 20 en général, par différentes techniques (cônes, biofeedback musculaire, électrostimulation). Continuez de faire régulièrement, chez vous, les exercices qu’il vous aura conseillés.

Quand le traitement ou la rééducation ne suffisent pas ou plus, une petite intervention chirurgicale (pose d’une bandelette destinée à pallier la faiblesse des muscles et des ligaments soutenant l’urètre) peut être la solution. Elle n’est cependant pas adaptée à tous les cas.

Heureusement, les protections les plus récentes (en pharmacie), à la fois discrètes et très absorbantes, permettent de mener une vie normale.

 À lire aussi : Incontinence urinaire : quels sont les différents types de protection ?

 

Témoignage : Pour la rééducation, ma gynéco m'a adressée à une sage-femme !

Témoignage : Pour la rééducation, ma gynéco m'a adressée à une sage-femme !

J’avais des fuites de temps en temps mais je n’osais pas en parler à mon médecin traitant. Un jour, ma fille a pris un rendez-vous pour moi chez une gynécologue qui m’a parlé de prolapsus (descente d’organes) et prescrit des séances de kiné et des médicaments. Mes symptômes se sont effectivement améliorés. Mais au bout de trois ans, ça s’est aggravé. Porter des protections absorbantes me rendait service pour sortir… Finalement, j’ai accepté de me faire opérer. Et, depuis, je revis !

F.R, 73 ans, Paris.

Incontinence urinaire : à chaque cas ses solutions

Sujet tabou jusqu’à il y a peu, les incontinences urinaires sortent de leur réserve imposée au fil des mises au point de traitements qui permettent de régler tout ou partie du problème.

 

Actualités de l’incontinence urinaire

Chiffre

Chiffre

3 millions au moins de femmes sont peu ou prou concernées par des fuites urinaires. * www.urofrance.org
Anatomie et proximité d’organes sujets à poussées oblige, ce sont les femmes qui souffrent plus naturellement de fuites urinaires, et ce, à tous les âges de la vie. Petites, parce qu’elles se retiennent pour ne pas utiliser les toilettes de l’école, peu sûres ou peu propres, et font alors ce que l’on appelle des mictions par regorgement. Plus grandes, à l’occasion d’effort, de toux, de sport (un smash !) quand les mécanismes de soutien de l’urètre et de la vessie, en raison de l’âge ou des grossesses, se sont relâchés ou lorsque le tonus du sphincter qui empêche l’émission d’urines est moindre, à la suite d’un accouchement difficile par exemple. Le hamac pelvien (ligaments, muscles, etc.), qui soutient les différents organes dans le bassin, est alors endommagé.

Deuxième grande cause d’incontinence, l’incontinence urinaire par impériosité, de quelques gouttes à un volume plus important, quand l’envie soudaine confine à la fuite, comme à l’immersion des mains dans l’eau froide ou l’introduction de la clé à l’entrée de chez soi… À l’origine du trouble, une hyperactivité des muscles de la vessie, qui se contracte involontairement.

Enfin, l’incontinence peut associer les deux mécanismes. Le diagnostic est posé le plus souvent sur l’interrogatoire, en particulier le calendrier mictionnel, sur 48 heures, et un bilan urodynamique parfois proposé, indolore, pour faire plus précisément la part des choses, stabilité de la vessie et de sa capacité fonctionnelle, et qualité du sphincter urétral.

 

Garder l’espoir malgré les fuites urinaires !

Quelle qu’elle soit, l’incontinence peut se soigner. Les progrès les plus récents concernent l’incontinence par hyperactivité dont, le traitement, par des médicaments qui empêchent les spasmes en contrôlant les nerfs de la vessie, était perfectible.

  • Médicament anticholinergique

Équivalente en termes d’efficacité au médicament de référence, la fésotérodine est de surcroît bien tolérée, y compris par les personnes les plus fragiles, les plus âgées, avec moins de troubles de la mémoire, de constipation ou de bouche sèche. Un atout si l’on prend déjà plusieurs médicaments, dont les effets indésirables s’ajoutent…

  • Le botox en deuxième ligne

Jusqu’ici réservé, dans ses indications “médicales“, aux vessies hyperactives pour des raisons neurologiques (la sclérose en plaques), le botox sera très prochainement autorisé pour le traitement des vessies hyperactives qui ne seraient pas forcément liées à de telles maladies, lorsque les médicaments sont jugés insuffisamment efficaces. Il induit en effet une très forte relaxation musculaire à l’endroit de l’injection. S’il est donc très efficace, sans effet secondaire ; l’effet est toutefois transitoire, six mois environ, ce qui oblige à de nouvelles “interventions“ (toujours sous anesthésie locale, en hospitalisation de jour). Deuxième inconvénient, il est parfois (5 % des cas) trop efficace, ce qui oblige à un autosondage pendant quelques jours à semaines, le temps que le produit s’estompe. Une opération indolore, facile, que les personnes très gênées et dûment informées préfèrent aux fuites.

  • Un médicament d’une nouvelle famille

Le mirabegron n’est pas encore disponible en France, mais ce relaxant des muscles de la vessie, via un autre récepteur (adrénergique cette fois) est prometteur, puisque doté de la même amplitude d’effets que le challenger (les anticholinergiques) et d’un profil de tolérance identique à celui du placebo ! Il semble que le médicament soit complémentaire des anticholinergiques, les deux molécules devant être prescrites simultanément (à la manière des antihypertenseurs). Il est en cours d’investigation par les autorités en charge du médicament en France. Sans oublier la bandelette urinaire ou la couche adulte.

Conseils de pharmacien

Conseils de pharmacien

Pour éviter de se retrouver en situation d’envie (trop) pressante…

  • Point de tisanes diurétiques, de soupettes le soir qui remplissent à coup sûr la vessie
  • Vider régulièrement la vessie et boire par petites quantités
  • Peu de café, un excitant, de la vessie aussi ; vin blanc et champagne avec modération
  • Repérer les toilettes lors de sorties dans des endroits inhabituels

Ou de fuite au moindre éternuement…

  • Diminuer, voire arrêter le tabac
  • Limiter le surpoids
  • Préférer les sports en apesanteur (la natation) ou porté (le vélo)
  • Rééduquer son périnée après un accouchement (plutôt que ses abdominaux !)
Réponses d'expert : après les bandelettes, peut-on encore faire des progrès pour le traitement des incontinences d'effort?

Réponses d'expert : après les bandelettes, peut-on encore faire des progrès pour le traitement des incontinences d'effort?

Pr François Haab,
chef du service d’urologie de l’Hôpital Tenon à Paris

Nous savons mieux aujourd’hui, à 15 ans de recul, quel type de bandelettes poser à chaque patiente, bandelettes “rétropubiennes“, qui restent plus horizontales, destinées aux plus jeunes et/ou sportives, ou bandelettes “transobsturatrices“ pour les femmes dont le périnée est plus fragile. Les organes sont alors parfaitement arrimés et le problème réglé dans 80 à 85 % des cas. Cette mini-chirurgie, personnalisée, est réalisée sauf exception “en ambulatoire“, sans hospitalisation.

La rééducation périnéale, par un kinésithérapeute ou une sage-femme, reste le traitement de première intention (même si des études très récentes considèrent qu’elle est moins efficace que les bandelettes). Elle est active et/ou passive, comporte une éducation à la fonction des muscles de la région (dont la vessie) et un apprentissage des “bonnes pratiques“ de contraction. En complément éventuel, les techniques d’électrostimulation.