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Goutte, exit les préjugés, place au soin !

Alors que la goutte est dangereuse et qu’un traitement de fond et un régime alimentaire équilibré permettent de vivre normalement, les Français qui en souffrent se soignent mal…

 

Chiffres

Chiffres

1%
de la population française adulte serait touchée par la goutte.
450 000
personnes seraient touchées par la goutte en France.
Source : Enquête Equipage, 2013. 

Outre la douleur accompagnant ses crises, la goutte constitue un facteur de risque cardiovasculaire. Or, un traitement de fond et un régime alimentaire équilibré permettent de vivre normalement. On croit parfois, à tort, que la goutte est une maladie d’antan, propre aux puissants qui mangeaient et buvaient trop. On l’appelait, il est vrai, « la maladie des rois ». Charlemagne, Henri IV, Louis XIV et Louis XVIII, entre autres, en souffraient. Autre croyance encore répandue : elle toucherait seulement les chasseurs quinquagénaires bien « enveloppés » et amateurs de muscadet… La goutte est certes liée aux excès alimentaires et à certains aliments, mais ça ne suffit pas, a expliqué le Pr Gérard Chalès aux 2es Rencontres nationales sur les rhumatismes, il faut une prédisposition génétique.

Les crises de goutte se caractérisent par des douleurs inflammatoires articulaires, le plus souvent, lors du premier accès, au gros orteil (qui devient rouge, congestionné et fait très mal), puis au pied et à la cheville, au poignet et à la main, voire plus haut (coude, genou, pavillon d’oreille…). C’est l’accumulation de cristaux d’urate dans les articulations qui est responsable de ces crises. La bière, les spiritueux ou les abats contiennent beaucoup de purines (des molécules azotées) qui se dégradent en acide urique. Les boissons riches en fructose (soda, jus de fruits) sont aussi dégradées en acide urique. Normalement, cet acide urique, présent dans le sang, est éliminé par les reins. En cas d’abus, l’organisme peine à l’évacuer et le taux d’acide urique sanguin s’élève. Pourtant, cette hyperuricémie, comme disent les spécialistes, ne suffit pas à déclencher une crise de goutte. Seulement 10 % des personnes dont l’analyse de sang indique un chiffre supérieur à la normale (40 à 60 mg/L chez l’homme, 30 à 50 mg/L chez la femme) font une crise de goutte.

Dans 90 % des cas à cause d’un défaut d’élimination urinaire de l’urate (sels de l’acide urique) d’origine génétique, ce qui ne veut pas dire héréditaire. Avoir un parent « goutteux » est un facteur favorisant mais ce n’est pas automatique et, à l’inverse, on peut naître avec cette anomalie génétique sans rapport avec la parenté.

 

Un facteur de risque cardiovasculaire

Contrairement à une idée reçue, la goutte n’est pas rare. Une étude nationale, à laquelle le Pr Chalès a participé en 2013, a pour la première fois chiffré l’ampleur du problème : 0,9 % des Français adultes, soit plus de 450 000 personnes, sont concernées. « C’est bien plus que la polyarthrite rhumatoïde (0,3 %)… Le plus souvent, des hommes âgés de plus de 40-50 ans, mais de plus en plus de femmes. Avec l’allongement de la vie, mais aussi le changement d’habitudes alimentaires et l’augmentation de l’obésité, la goutte devient plus fréquente et frappe tous les pays industriels et même les pays émergents. »

Or, encore un préjugé bien ancré, la goutte n’est pas qu’une maladie douloureuse des articulations pour laquelle il suffit de prendre un ou des médicaments au moment des crises. Au fil des années, la maladie progresse, des nodules appelés « tophus » apparaissent dans et autour des articulations et déforment peu à peu certains membres. Plus grave, la goutte entraîne des problèmes cardiovasculaires et rénaux. Un « goutteux » sur deux est notamment atteint d’hypertension artérielle et a ainsi deux fois plus de risques d’être victime d’un infarctus du myocarde ou d’un accident vasculaire cérébral. Pourtant, seuls 20 % des personnes qui souffrent de cette maladie suivent un traitement de fond.

 

Un traitement à vie contre la goutte

Si les crises de goutte cèdent en quelques jours grâce à des traitements efficaces (la colchicine pour dissoudre les cristaux d’urate et, si nécessaire, des anti-inflammatoires), un traitement de fond, à vie, est indispensable pour diminuer la production d’acide urique, abaisser son taux dans le sang et, par voie de conséquence, empêcher la formation de cristaux d’urate dans les articulations. « Il s’agit d’obtenir une uricémie inférieure à 60 mg/L (ou 360 mmol/L), et à 50 mg/L (300 mmol/L) en cas de goutte sérieuse, avec tophus et lésions articulaires », précise le Pr Gérard Chalès. Le médicament de référence est l’allopurinol, mais d’autres médicaments sont possibles.

 

Des aliments à éviter

Prendre un traitement de fond n’empêche pas de faire attention à ce que l’on mange et de pratiquer régulièrement une activité physique : c’est essentiel pour réduire les récidives et agir sur les troubles associés (obésité, hypertension, diabète…). À éviter : bière (y compris sans alcool), alcools forts, sodas, jus de fruits. À limiter : viandes rouges, poissons gras, fruits de mer, abats, gibier.

Réponses d'expert

Réponses d'expert


Pr Gérard Chalès
Rhumatologue au CHU de Rennes.

L’objectif du traitement de fond est d’abaisser le taux d’acide urique dans le sang et de le maintenir en dessous de 60 mg/L.

À partir de quand un traitement de fond est-il nécessaire ?
Quand l’hyperuricémie (excès d’acide urique dans le sang) provoque des crises douloureuses. Sinon, un traitement de fond ne s’impose pas car seulement 10 % des hyperuricémies évoluent en goutte. D’autant que les médicaments de fond provoquent parfois des réactions cutanées. Autre argument : jusqu’ici aucune étude ne montre que traiter l’hyperuricémie sans qu’il y ait de symptômes douloureux permet de réduire le risque de problèmes cardiovasculaires ou rénaux. Cela dit, il est essentiel de corriger l’alimentation pour faire baisser l’uricémie et de traiter les autres facteurs de risque ou maladies associés (hypertension artérielle, hyperlipidémie, surpoids, diabète…).

De nombreux patients ne suivent pas leur traitement de fond ; pourquoi ?
Une fois la crise de goutte passée, ils ne comprennent pas qu’il soit nécessaire de prendre un médicament chaque jour. Or, il faut bien faire la différence entre un traitement pour la crise et un traitement de fond ; seul ce dernier permet d’éviter des complications graves. La goutte est un facteur de risque cardiovasculaire en soi.

Conseils de Pharmacien

Conseils de Pharmacien

Pour traiter les crises de goutte, des petites doses de colchicine sont aussi efficaces que des doses élevées. Prendre un comprimé de 1 mg dès le début de la crise, le plus tôt possible, et au besoin un demi-comprimé (0,5 mg) une heure plus tard. Ne pas dépasser 2 mg par jour, et non 3 mg comme on le préconisait il y a quelque temps, car une dose forte peut être toxique. Les jours suivants, jusqu’à disparition des symptômes, prendre 1 mg par jour.