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Quoi faire pour surveiller sa prostate ?

Grosse prostate a priori sans gravité ou cancer, il s’agit de dépister à temps ce qui doit être soigné rapidement. Quand faut-il se faire dépister ? Les clés pour une décision éclairée.

 

Chiffre

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71 200
nouveaux cas en 2011, 
8 700

décès par an, le cancer de la prostate est le plus fréquent chez l’homme.
Située sous la vessie, la prostate est formée de petites glandes qui sécrètent le liquide séminal qui, avec les spermatozoïdes fabriqués par les testicules, constitue le sperme. La prostate enserre l’urètre, le conduit qui véhicule les urines vers la sortie… Petite à la naissance, elle atteint son volume de croisière à l’âge adulte, puis grossit au fil des ans à partir de 45 ans, sans qu’on sache bien pourquoi. Peut-être en raison de la testostérone ? Cette hypertrophie prostatique, ou adénome est normale avec l’âge. Elle est bénigne, sans gravité jusqu’à un certain volume, mais parfois gênante. On urine plus souvent, y compris la nuit, on perd quelques gouttes retardataires, on force pour uriner…

En cas de mictions nocturnes ou de difficultés à l’émission d’urine, mieux vaut consulter son médecin traitant ou un urologue. Il existe des médicaments qui améliorent les symptômes, voire réduisent le volume de la glande prostatique ; la chirurgie, par les voies naturelles, pour enlever la partie obstructive de la prostate, n’est indiquée qu’en cas de résultat insuffisant. C’est de plus l’occasion de dépister un éventuel cancer à son début, par une prise de sang et un toucher rectal (irremplaçable), annuellement à partir de 50 ans. Ces deux maladies, cancer (silencieux jusqu’à un point tardif de son évolution) et hypertrophie bénigne de la prostate (bruyante parce que gênante), sont suffisamment fréquentes pour que l’on puisse souffrir des deux à la fois…

 

Dépister le cancer ?

1/ Le dosage du PSA

Le dosage du PSA (antigène spécifique prostatique) est facile, les hommes s’y soumettent volontiers. Pourtant ce dépistage ne doit pas être systématique, car l’on sait encore mal ce qu’il convient de faire de certains cancers de faible risque découverts sur un dosage de PSA.

2/ Une progression lente

Ce cancer progresse en principe à petite vitesse et tous les hommes en développeront un s’ils vivent au-delà de 80 ans. Un dépistage organisé, systématique, pour tous les hommes, par un dosage du PSA (tous les un à deux ans selon le PSA initial) et le toucher rectal de 50 à 75 ans, n’est en tout cas pas à l’ordre du jour, faute d’études suffisamment robustes qui prouvent son efficacité, en termes de vies sauvées, y compris chez les hommes à risque.

Dépister à bon escient un adénocarcinome prostatique

3/ Évaluer les risques

Le médecin doit donc proposer un dosage du PSA dans un objectif de dépistage en connaissance de son patient, de son âge, de son histoire familiale (un père ou un fils, des proches au 1er degré), de son origine, africaine ou antillaise et de son exposition à d’éventuels facteurs de risque environnementaux (certains pesticides). Mais il est impossible aujourd’hui de dire aujourd’hui comment ces différents facteurs interagissent, s’ils se cumulent et donc de mesurer un niveau de risque de survenue de ce cancer.

4/ Traiter ou pas avec un prostatite traitement ?

Autre interrogation qui fait parfois surseoir au traitement, le degré d’agressivité de ce cancer, établi après une biopsie de la glande et en fonction de différents tests. Le traitement de référence (enlever la prostate) peut donner des ennuis urinaires (certes rapidement réversibles dans la plupart des cas) et de grosses pannes sexuelles. Alors, opérer, au prix d’effets très indésirables, ou ne pas opérer ?

5/ En fonction de l’âge

Après 75 ans, le dépistage systématisé n’a pas d’intérêt parce que même si l’on découvre un cancer (ce qui est le cas une fois sur quatre quand le PSA est élevé), son évolution est suffisamment lente pour que l’on puisse intervenir secondairement, par une opération, voire des médicaments (hormones) qui contrôlent la maladie. On a toutes les chances alors de mourir de sa belle mort ou d’un autre problème de santé…

Réponses d'expert : dépister un cancer ne veut pas forcément dire l'opérer


Dr Xavier Rébillard
Urologue à Montpellier, secrétaire général adjoint de l’Association française d’urologie

Une fois le cancer dépisté, on n’est pas obligé d’intervenir, on peut le surveiller activement pour opérer au bon moment et attendre, avec l’accord du patient bien sûr, à qui cette démarche et les autres options de traitement sont précisément expliquées, si la lésion est manifestement localisée, de petit volume, le PSA modérément élevé, les cellules peu agressives, etc. On réévalue ces critères 6 mois après le diagnostic, sur un nouveau PSA et de nouvelles biopsies, puis tous les ans, suivant un protocole identique d’un centre à l’autre. Entre la surveillance active et la prostatectomie, où l’on enlève la prostate, la référence, ou radiothérapie, on peut proposer un traitement focal, ciblé, qui brûle les tissus tout en continuant à surveiller activement la région indemne. Un moyen terme qui rassure et permet de limiter les effets secondaires d’une intervention plus radicale.

À éviter

À éviter

Tout attribuer au cancer. Produit par la prostate uniquement, le PSA est variable d’un individu à l’autre et peut s’élever dans d’autres circonstances que le cancer : infection, hypertrophie bénigne par exemple. Il reflète bien une anomalie prostatique, mais n’est pas spécifique d’un cancer ; un résultat brut doit être interprété et pour cela associé au toucher rectal qui permet d’apprécier le volume et la consistance de la glande prostatique.

Négliger les progrès médicaux. Ce dépistage pourrait être affiné dans les années à venir par un autre marqueur, spécifiquement de cancer cette fois et non seulement d’anomalie prostatique, le PCA3. Il permettrait de mieux sélectionner les hommes à qui des biopsies seraient utiles, le diagnostic étant toujours confirmé par des biopsies. À suivre donc.

L’échographie. Elle est inutile car ne fait pas la différence entre un tissu sain et un tissu pathologique.

À lire

À lire


Touche pas à ma prostate, Ralph Blum et Dr Mark Scholz, éditions Thierry Souccar, 2012, 23,99 €. Les traitements du cancer de la prostate, un guide de référence, Cancer info, teléchargeable sur le site de l’Institut national du cancer, www.e-cancer.fr

Prostate, quand s’inquiéter ?

L'adénome de la prostate est-il dangereux ? Un dosage du PSA tous les ans à partir de 50 ans permet-il de détecter un cancer de la prostate débutant ? Est-ce inutile voire dommageable ? Bien-être et Santé fait le point.

Tous les hommes savent que tôt ou tard leur prostate leur causera des désagréments, devenir cancéreuse, et le redoutent. Sans toujours savoir à quoi celle-ci ressemble ni quel est son rôle ! Située sous la vessie en avant du rectum et traversée de haut en bas par l’urètre (le canal qui évacue l’urine de la vessie), cette glande a la forme et la grosseur d’une châtaigne. La traversent aussi : les canaux qui véhiculent le sperme produit par les testicules, et les vésicules séminales (les réservoirs de sperme entre deux éjaculations spermatiques). Cette glande sécrète un liquide entrant dans la composition du sperme. Elle joue donc un rôle essentiel dans la fertilité masculine mais sans intervenir dans le mécanisme d’érection et d’éjaculation, comme le croient souvent les hommes. Vers l’âge de 40 ans, la prostate commence à augmenter de volume sous l’influence des hormones sexuelles mâles produites par les testicules. Ce phénomène est naturel mais il peut finir par gêner quand la prostate grossit au point d’appuyer sur la vessie et/ou l’urètre. Les troubles sont irritatifs : besoins pressants et fréquents d’aller aux toilettes, difficultés à se retenir. Et aussi obstructifs : faible jet urinaire, difficulté à démarrer la miction, gouttes retardataires, sensation de ne pas vider complètement sa vessie.

 

Ne pas confondre adénome et cancer

L’augmentation du volume prostatique responsable de troubles urinaires (généralement après 60 ans) est appelée adénome de la prostate ou hypertrophie bénigne de la prostate.

Presque tous les hommes concernés par la prostate

Chiffre

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56 800 nouveaux cas de cancer de la prostate ont été détectés en France en 2012.
Source : Institut de Veille Sanitaire
C’est de loin la pathologie de la prostate la plus fréquente : passé 80 ans, la quasi-totalité des hommes en souffre plus ou moins. Ce n’est pas un cancer mais c’est gênant ; les hommes le vivent en général comme la marque de leur vieillissement même s’ils sont en forme par ailleurs, ou comme le signe du déclin de leur séduction, de leur sexualité et de leur fertilité. Cela dit, il est bon d’en parler à son médecin traitant pour s’assurer qu’il s’agit bien d’un adénome de la prostate et, si c’est le cas, pour bénéficier d’un traitement.

L’examen le plus important est le toucher rectal (pratiqué vessie vide). Il indique au médecin si la prostate a augmenté de volume, si elle est souple, régulière, élastique et indolore. Des examens complémentaires comme une échographie peuvent être nécessaires.

Traitement médicamenteux de la prostate

Au début, quand les troubles urinaires sont modérés et ne gênent pas la vie personnelle et sociale, une simple surveillance suffit. S’ils deviennent incommodants ou s’ils retentissent sur la sexualité (troubles de l’éjaculation et de l’érection parfois), le médecin prescrit un médicament parmi trois familles : extraits de plantes, alpha-bloquants, inhibiteurs de la 5-alpha réductase. Ils agissent en améliorant l’ouverture du col de la vessie ou en diminuant le volume de la prostate. Notez que les médicaments contre les troubles de l’érection permettent par ailleurs de maintenir ou retrouver une activité sexuelle satisfaisante.

Chirurgie si nécessaire

C’est seulement en cas d’échec de ces traitements ou de complications de l’hypertrophie bénigne de la prostate – infections urinaires à répétition et calculs vésicaux notamment – qu’une intervention chirurgicale est envisagée : l’ablation de la partie hypertrophiée (et non de la totalité de la prostate). Elle se fait très souvent sous endoscopie (en passant par la voie naturelle) et par laser, ce qui ramène la durée du séjour hospitalier à 2-3 jours. L’intervention normalise le débit urinaire dans 80 % des cas et réduit les symptômes dans 90 % des cas. Elle n’empêche pas les rapports sexuels, mais l’éjaculation devient rétrograde ; le sperme reflue en partie ou en totalité dans la vessie et ne sort pas par la verge. C’est sans conséquence sur les sensations de la personne, mais cela ne permet plus de féconder une partenaire et d’avoir des enfants naturellement.

Actualité prometteuse du cancer de la prostate

Actualité prometteuse du cancer de la prostate

Après une longue période de stagnation, le cancer de la prostate bénéficie des progrès de la recherche.

  • Une nouvelle stratégie de traitement permet de prolonger de plus d’un an la vie d’hommes atteints d’un cancer très avancé de la prostate. C’est la conclusion d’une étude présentée lors du dernier congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO). Dans cette étude comparative réalisée auprès de 790 hommes dont on venait de faire le diagnostic de cancer de la prostate avec métastases, un traitement combiné hormonothérapie + docétaxel (anticancéreux connu) a donné de meilleurs résultats que le traitement hormonal standard. Jusqu’ici, la chimiothérapie était commencée une fois que la maladie avait progressé malgré le traitement hormonal.
  • Une technique mise au point à l’hôpital Edouard Herriot (Lyon) utilise le bombardement de la tumeur par des ultrasons à haute densité, grâce à une IRM et une échographie en 3D réalisées en même temps pour localiser la zone à traiter avec une grande précision. L’expérimentation est en cours dans plusieurs villes françaises et européennes. Cette technique pourrait représenter une alternative aux traitements habituels par ablation de la prostate et radiothérapie, et ainsi réduire considérablement les effets secondaires que ceux-ci entraînent (incontinence urinaire et impuissance).

 

Le dosage du PSA

À savoir

À savoir

JOURNEE EUROPÉENNE DE LA PROSTATE
Le 20 septembre est l’occasion pour les urologues* d’attirer l’attention sur toutes les pathologies de la prostate, un sujet encore tabou en France.
* Site Internet de l’Association française d’urologie www.urofrance.org
Une augmentation du taux de PSA (antigène prostatique spécifique), une substance fabriquée par la prostate et présente dans le sang des hommes, signale une anomalie prostatique, mais pas nécessairement un cancer. Un adénome de la prostate ou une prostatite (infection de la prostate) le font aussi grimper. Pourtant, les médecins prescrivent souvent ce dosage. Devant cette inflation coûteuse des dosages à partir de 50 ans, la Haute Autorité de Santé (HAS) a fait une mise au point en 2012. Selon elle, « sauf en cas de symptômes évocateurs (troubles de la miction, infection urinaire, grosse prostate), il n’est pas utile de généraliser le dépistage par le PSA à tous les hommes dès 50 ans, ni même à ceux considérés à haut risque (antécédents familiaux par exemple), en raison des surdiagnostics et des surtraitements possibles ». De fait, l’éventualité de découvrir un cancer qui n’aurait jamais évolué, ou une tumeur qui aurait évolué lentement, est élevée.

Trop de prostatectomies

Après l’ablation totale de la prostate (prostatectomie), principal traitement du cancer localisé de la prostate, c’est-à-dire sans métastases, il n’y a plus rien à craindre. Mais cela se fait au prix très souvent d’une impuissance et parfois d’une incontinence urinaire. Des inconvénients que la HAS trouve injustifiés dans un grand nombre de cas. La difficulté, à ce jour, est qu’on ne sait pas distinguer une tumeur agressive d’une tumeur sans gravité à terme : dans le doute, on traite. Le profil génétique tumoral devrait toutefois changer la donne dans les années à venir.

Plus agressif à 60 ans

Tout le monde n’est pas d’accord avec la position de la HAS. De nombreux urologues prônent au contraire un dépistage organisé par toucher rectal + dosage sanguin du PSA, tous les 3 ans de 55 à 69 ans si le PSA est inférieur à 1ng/ml, annuellement s’il est supérieur. Avec un dépistage individuel entre 70 et 75 ans.

Ils conviennent qu’au-delà, compte tenu de l’évolution lente de ce cancer passé cet âge, le dépistage systématique est inutile. En s’appuyant sur de grandes études, ils arguent que le dépistage diminue le risque de mourir jeune d’un cancer de la prostate. Il est vrai que dans la tranche 55-70 ans, le cancer peut être rapidement agressif et qu’une fois « sorti de la coque prostatique » et métastasé, les traitements (hormonothérapie et chimiothérapie) sont lourds et peu efficaces.