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Désensibilisation allergique : mode d’emploi

Les raisons de recourir à une désensibilisation sont désormais bien codifiées. Mieux vaut savoir de quoi il retourne, ce que l’on peut en attendre, avant de s’y engager.

 

Pourquoi faire une désenbilisation ?

À lire

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50 %
au moins des rhinites allergiques précèdent un asthme.
Société de pneumologie de langue française, conférence d’experts 2007, www.splf.org
La désensibilisation ou immunothérapie spécifique consiste à administrer la substance responsable des réactions allergiques, l’allergène, à doses progressivement croissantes afin que l’organisme finisse par la tolérer. À l’issue de cette désensibilisation, et parfois dès la première année, il saura réagir, sans excès, lors d’une rencontre inopinée. Le cours de la maladie allergique en est modifié, dans le bon sens, avec moins de sensibilisations à de nouveaux allergènes et moins de passage de la rhinite allergique à un asthme allergique

La plus ancienne de ces immunothérapies a été pratiquée dans les allergies aux guêpes, abeilles, frelons et bourdons, il y a plus de 30 ans, et est devenue le traitement de référence. La désensibilisation se fait toujours par voie injectable pour les venins d’hyménoptères, à l’image des piqûres de ces insectes, toutes les trois semaines, en milieu hospitalier exclusivement au cas où la réaction serait trop forte.

La désensibilisation aux pollens de graminées ou d’arbres, ou aux acariens, plus facile, donne des résultatas intéressants. Elle se fait avec des gouttes que l’on met sous la langue, et pour les graminées, des comprimés, qui n’ont pas besoin d’être conservés au frais, mais sont remboursés à 15 % seulement par l’Assurance maladie. Cette opération peut être réalisée à la maison puisqu’il n’y a pas de contact direct avec le sang comme avec les venins. La désensibilisation aux pollens s’étale sur 6 mois environ de l’année, 3 mois avant l’arrivée des pollens et 3 mois pendant la pleine saison, sur 3 à 5 ans.

Le service médical rendu (SMR) de ces traitements, estimé par la Haute autorité de santé, est modeste, les allergologues jugeant de leur côté que leurs patients s’en trouvent améliorés lorsque la désensibilisation est faite à bon escient.

 

Désensibiliser, qui et quand ?

1/ Désensibiliser à tout âge

L’immunothérapie spécifique peut être proposée chez l’enfant dès 5 ans et chez l’adulte, quand l’éviction des allergènes est difficile, voire impossible (pollens de graminées, d’arbres, d’ambroisie, ou acariens) et/ou les effets du contact avec l’allergène particulièrement gênants.

2/ Améliorer une rhinite allergique

Modérée ou sévère, intermittente, quand on en souffre moins de 4 jours par semaine ou moins de 4 semaines par an, saisonnière, rythmée par les pollens, ou persistante, quand les symptômes sont présents plus de 4 jours par semaine et plus de 4 semaines par an, la rhinite allergique peut être améliorée par la désensibilisation, ainsi que la rhinite allergique légère mais persistante. L’opération est décidée après que l’éviction allergénique a été jugée insuffisante ou impossible et que l’on a vérifié que l’allergène hypothétique est bien responsable des symptômes.

3/ Évaluer les cas d’asthme allergique

D’après les experts, l’immunothérapie spécifique, par des extraits allergéniques standardisés, est indiquée dans les cas d’asthme intermittent, persistant léger ou persistant modéré. Un asthme persistant sévère doit être contrôlé avant d’envisager une désensibilisation, si elle est justifiée bien sûr.

4/ Prévenir en cas de nouvelle piqûre

Dans le cas d’une urticaire généralisée, au décours immédiat d’une piqûre d’hyménoptère, ou d’une urticaire localisée sur une personne aux facteurs de risque associés (un problème cardiaque après 50 ans par exemple) qui font craindre à la prochaine piqûre une réaction générale difficilement maîtrisable, la désensiblisation est indiquée.

5/ Répondre à l’allergie alimentaire

L’allergie alimentaire peut se manifester sur la peau, par la fameuse dermatite atopique des nourrissons, puis l’urticaire des plus grands, parfois géante, impressionnante et gravissime, qui commence par des démangeaisons ou un œdème de la bouche, le nez, les poumons et les yeux (une rhinite et/ou une conjonctivite allergique, voire une crise d’asthme), et/ou plus spécifiquement l’intestin, le tout dans les 4 heures au plus de l’ingestion. C’est un cas à part, il n’existe pas d’extraits allergéniques alimentaires ; on pratique l’induction de tolérance directement avec l’aliment.

Réponses d'expert : la désensibilisation n’est pas la panacée mais elle rend des services.

Réponses d'expert : la désensibilisation n’est pas la panacée mais elle rend des services.


Dr Patrick Rufin
Pneumoallergologue à l’hôpital Necker-Enfants malades, Paris.

Pour les allergies aux hyménoptères, son utilité est incontestée. Mais elle n’est efficace que dans 70 % des cas contre les graminées, les arbres ou les acariens. Elle rend toutefois de précieux services à ceux qui en ont réellement besoin, au stade de la rhinite allergique, près d’un Français sur quatre tout de même, pour une meilleure qualité de vie et empêcher la conversion vers un asthme, puis, au stade de l’asthme, éviter les exacerbations qui aggravent la maladie. Un cancer, une maladie auto-immune, certains médicaments contre-indiquent la désensibilisation. Ce travail de repérage des meilleurs candidats à la désensibilisation est du ressort de l’allergologue. La désensibilisation à un aliment est encore du domaine de la recherche au sein des hôpitaux, en unité spécialisée, où l’on propose directement l’aliment (arachide, lait, œuf ou kiwi) à toutes petites doses, croissantes, sur plusieurs mois.

Comment échapper aux pollens, raison principale d’une désensibilisation ?

Comment échapper aux pollens, raison principale d’une désensibilisation ?

  • Consulter son calendrier pollinique*. Les saisons des pollens débutent bien avant le printemps, avec les arbres, cyprès et thuya dès octobre, puis à partir d’avril, chêne, bouleau et platane. Les graminées sévissent de mi-mai à mi-juillet environ. Enfin, la saison des herbacées, plantain, armoise, ambroisie, etc. se poursuit tout l’automne.
  • Prévoir des vacances plutôt en bord de mer pluvieux, un temps sec et chaud facilitant la dissémination des allergènes !
  • À la maison, aération, ventilation, aspiration et lavage, et grand ménage de printemps… toute l’année pour traquer les nids à poussière, chasser l’humidité (source de moisissures) et neutraliser les acariens. Le tabac est bien sûr prohibé.

* www.pollens.fr, le site du Réseau national de surveillance aérobiologique (Rnsa) pour la météo des pollens et des moisissures
* Association Asthme et allergies, tél. : 0 800 19 20 21, www.asthme-allergies.org