Archive de mots clés: « alain bernard »

Alain Bernard : « Notre corps est complexe, et il faut en prendre soin ! »

Le premier champion olympique français du 100 m nage libre a accumulé records et médailles jusqu’en 2012. Sa retraite n’est que sportive : Alain Bernard prend à cœur son rôle d’ambassadeur auprès des jeunes.

 

Pourquoi avoir choisi la natation comme sport principal ?

J’avais deux grandes sœurs qui faisaient de la natation et nous habitions tout près d’une piscine. J’ai commencé à l’âge de 6 ans. C’était important pour mes parents que je sache nager et que je sois à l’aise dans l’eau. J’ai rapidement été contaminé par le virus de la natation ! J’ai eu envie d’aller de plus en plus vite et de toujours faire mieux. Même si, à 18 ans, gagner des Jeux me semblait utopique, mes parents m’ont toujours soutenu et accompagné, sans trop me mettre la pression – et je les en remercie.

Votre parcours s’est-il déroulé sans obstacle ?

À consulter

À consulter

www.alainbernard-lesite.com
Le site officiel d’Alain Bernard : pour tout savoir sur sa carrière de sportif de haut niveau et suivre son actualité au jour le jour
Pas tout à fait. En 2004, malgré de bons championnats de France durant lesquels je me suis qualifié pour les finales sur 50 et 100 mètres nage libre, on m’a détecté une mononucléose et une toxoplasmose. J’étais extrêmement fatigué et j’ai raté de peu ma qualification pour les Jeux olympiques d’Athènes. Ma famille m’a conseillé de m’accrocher et cela m’a motivé. Je savais que j’étais capable de faire mieux. Je sentais que si je m’engageais à fond tous les jours, je serais récompensé d’une manière ou d’une autre. L’histoire est belle puisque, quatre ans plus tard, je me qualifiais pour les Jeux olympiques.

Est-ce pour avoir connu la maladie que vous avez accepté d’être le parrain de Sports Day, le 2 juillet ?

J’ai trouvé le concept de cette journée « Dermatite atopique et sport » fort intéressant et je prends mon rôle très à cœur. J’ai la chance d’avoir une « image » qui me permet d’être écouté par les jeunes. Avec de la volonté, on arrive à progresser dans la vie, même en cas de maladie. Ce que j’ai eu est extrêmement bénin. Durant cette journée pas comme les autres, je voudrais insuffler un peu de confiance et d’assurance à ces jeunes, en leur donnant envie de s’accrocher et de se battre dans des moments difficiles. Le fait de les voir heureux sera ma plus belle récompense.

À quoi sert le sport dans notre société ?

Quand on fait du sport, on ne pense pas à ses soucis. On est en immersion totale et on oublie tout ce qui va mal. Le sport nous permet de vivre des moments d’exception. Or, le budget consacré à la culture est dix fois plus élevé que celui du sport. S’il est certes important que la culture soit centrale, il est évident que le sport ne l’est pas assez. Pourtant, il fédère de nombreux Français. Je trouve regrettable qu’en France nous soyons en pénurie de piscines. Ce sont des lieux publics où toutes les tranches d’âges se côtoient. Le sport permet de rêver et de s’émanciper socialement. Quand j’étais gamin, j’étais timide ; c’est le sport qui m’a permis de m’exprimer. C’est une progression personnelle qui n’a pas de limite car on peut à tout moment se surprendre.

Pour vous, 2007 a été l’année de la révélation au niveau international. Avez-vous réussi à garder la tête froide ?

Je n’en revenais pas de voir environ 200 ou 300 personnes qui m’attendaient à mon retour à Roissy. Je suis encore surpris quand les gens que je croise dans la rue me félicitent pour quelque chose qui a duré moins de 50 secondes ! Et qui s’est passé il y a déjà huit ans ! J’essaie de partager ce plaisir avec les autres. Il est vrai cependant que j’ai traversé une période où j’ai souffert de stress. Je voulais trop bien faire. Et puis un jour, j’ai eu un déclic, et je me suis dit qu’il fallait que je vive le mieux possible chaque moment. Il y a le bon stress, qui fait avancer, et le mauvais, que l’on ne choisit pas – petit à petit, j’ai réussi à l’apprivoiser, mais il est toujours là.

Surveillez-vous de près votre santé ?

Pendant quelque temps, j’ai pris des probiotiques. J’ai dû aussi me faire vacciner une ou deux fois contre la grippe. Je touche du bois car je ne suis presque jamais malade, hormis des migraines parfois. Mais au niveau de la prévention, je ne suis pas un bon exemple. Je fais attention tout de même dès qu’il y a un signe d’alarme – je sens notamment quand j’ai besoin de repos. En revanche, je suis vigilant sur mon hygiène alimentaire. C’était même assez strict lorsque je faisais de la compétition. Je mangeais des pâtes, de la viande blanche et du poisson, alors que je suis un carnivore dans l’âme : j’adore la viande rouge saignante ! Actuellement, je me laisse aller par moments puis je me reprends. Le tout est de varier sa nourriture et de faire attention à ne pas commettre d’excès.

En 2015, vous avez connu un moment particulièrement difficile. Avoir un mental de sportif vous a-t-il aidé à faire surface ?

C’est vrai que le crash d’hélicoptère qui s’est produit devant moi lors du tournage de Dropped a été une épreuve terrible. J’ai éprouvé un profond sentiment d’injustice, d’incompréhension et de fatalité. L’imprévu dans le sport et l’imprévu dans la vie, cela s’appréhende différemment. Je suis quelqu’un d’assez fataliste. Mon père m’a transmis cela. Je me dis qu’une fois que les choses sont arrivées, on ne peut plus les changer, il faut les accepter. La vie est précieuse, nous avons un corps complexe dont il faut savoir prendre soin, en essayant d’être heureux dans tout ce que l’on entreprend. 

Vous avez 33 ans. Aimez-vous l’homme que vous êtes devenu ? Et quels sont vos projets ?

En prenant ma retraite sportive à 29 ans, je me suis senti libéré de certaines contraintes. Et j’ai eu la chance d’être accompagné par des partenaires qui m’ont invité à faire d’autres choses, mais toujours liées à la natation. Représentant pour une marque de maillots, consultant pour Eurosport… Bref, je vis des moments formidables et je fais des rencontres géniales. J’ai besoin d’apprendre tous les jours et je profite des opportunités qui se présentent à moi. Pour répondre plus exactement à votre question, je suis dans une phase de questionnement. J’ai l’impression d’avoir déjà vécu dix vies avant mes 30 ans, mais cela ne m’empêche pas de croire en l’avenir.

 

À savoir

À savoir

fondation dermatite atopiqueCet événement, organisé par la Fondation Dermatite atopique* et parrainé par Alain Bernard, permet à des enfants souffrant de dermatite atopique de tester des activités physiques le samedi 2 juillet  à l’Insep**. L’occasion de bénéficier de conseils très pointus, sur le plan sportif comme sur celui de la prise en charge de leur maladie.

* www.fondation-dermatite-atopique.org
** Institut national du sport, de l’expertise  et de la performance