Surveillez vos reins

Surveillez vos reins

04 février 2022
Les Français ne découvrent trop souvent la maladie rénale qu’au stade de l’insuffisance chronique et même terminale. Pourtant, son évolution peut être le plus souvent ralentie, voire évitée. 

 

Situés sous les côtes de part et d’autre de la colonne vertébrale – et non dans le bas du dos comme l’expression populaire « avoir mal aux reins » le laisse croire –, les reins ont la forme de haricots de couleur rouge-brun et mesurent chacun 12 cm sur 6 cm et 3 cm d’épaisseur, et pèsent chacun 160 g environ. Ce ne sont donc pas de gros organes. Ils sont pourtant indispensables, vitaux même, puisqu’ils assurent l’épuration du sang et l’évacuation des déchets de l’organisme. Le sang arrive jusqu’au rein par l’artère rénale, une branche de l’aorte, et en ressort filtré par la veine rénale qui rejoint la veine cave inférieure. L’urine qui résulte de ce filtrage est expulsée ensuite par l’urètre.

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Un rôle de filtre

Les reins jouent également de nombreux rôles tout aussi essentiels au bon fonctionnement de l’organisme. S’ils filtrent chaque jour environ 190 l de sang, ils ne rejettent que 1,5 à 2 l d’urines et maintiennent ainsi la bonne quantité d’eau qui lui est nécessaire. Par ailleurs, ils assurent une teneur constante en minéraux, notamment le sodium et le potassium, provenant des aliments dont le corps a besoin, en éliminant dans les urines les excédents qui provoqueraient des complications graves. Les reins rejettent également les acides d’origine alimentaire en excès pour maintenir la composition idéale du sang. Enfin, outre leur rôle de filtre et de régulateur, ils sécrètent des hormones, des vitamines et des enzymes, tous importantes.

En hausse

En hausse

Le nombre de Français au stade de l’insuffisance rénale terminale augmente d’année en année… En France, selon les derniers chiffres (fin 2018) du réseau épidémiologique et information en néphrologie (REIN), 50 000 personnes sont sous dialyse et 40 000 vivent avec une greffe. Près de 11 000 nouveaux patients sont dialysés chaque année. En 2018, seules 464 personnes ont pu être greffées.

 

Évolution silencieuse

Ces fonctions sont assurées tant que les reins fonctionnent correctement. Quand une anomalie ou une maladie vient gêner leur activité, l’organisme commence à pâtir. Malheureusement en silence. Même lorsqu’ils ne fonctionnent plus bien, les reins ne font quasiment jamais souffrir. Sauf en cas de pyélonéphrite (infection urinaire due souvent à la bactérie E. coli) et de colique néphrétique, causée par des calculs dans les voies urinaires. Les douleurs étant insupportables, on est alors bien obligé de consulter et de se soigner. Ces cas mis à part, le plus souvent, les maladies rénales ne se signalent pas par des symptômes précis jusqu’à un stade très avancé. C’est le piège. Il n’est pas rare qu’elles soient découvertes par hasard, lors d’un bilan sanguin réalisé pour une autre raison. D’où l’importance de pratiquer régulièrement un test urinaire afin de vérifier la présence de protéines dans l’urine (protéinurie) et de repérer une éventuelle insuffisance rénale. En cas de diabète, l’analyse recherche la présence d’albumine (albuminurie).

À savoir

À savoir

De 7 à 10 % de la population française est atteinte d’une maladie rénale. C’est une estimation car, faute de dépistage, tous les malades ne le savent pas et ne sont donc pas répertoriés et suivis.

 

Des maladies très diverses

Une hémorragie, une septicémie, une intoxication médicamenteuse ou l’obstruction des voies urinaires, par exemple, peuvent provoquer un dysfonctionnement des reins. Dans ce cas, il s’agit d’une insuffisance rénale aiguë et réversible : le recours à la dialyse, indispensable, permet au rein de s’autoréparer. Il en va tout autrement lorsque l’insuffisance rénale est due à des maladies. Certaines, dites « glomérulaires », affectent les glomérules rénaux, des amas de vaisseaux entortillés au travers desquels passe le sang filtré. Leur origine est diverse : une maladie auto-immune, une infection, une tumeur maligne… Dans un quart des cas, la cause exacte est inconnue.

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Infections, toxiques…

D’autres néphropathies chroniques sont causées par des infections urinaires à répétition. Si ces dernières sont généralement peu graves et localisées à la vessie, elles peuvent à la longue, si elles ne sont pas bien soignées et si l’infection remonte dans le rein à cause d’une malformation ou d’une prostate trop grosse, provoquer une inflammation évoluant vers l’insuffisance rénale terminale. Ce type de néphropathie chronique peut aussi être provoqué par une exposition à des toxiques professionnels (plomb, mercure…) ou à un médicament pris au long cours (anti-inflammatoires, pharmacopée chinoise…).

Le cancer du rein

Le cancer du rein

Le plus fréquent – le carcinome des cellules rénales (85 % des cas) – se développe sur un seul des reins. Il est le plus souvent découvert de façon fortuite, à l’occasion d’un examen – échographie ou scanner abdominal. Principaux facteurs de risque : la dialyse (après plusieurs années), l’obésité et le tabac. La chirurgie est le traitement de choix.

 

… et hérédité

Une maladie génétique héréditaire est une autre cause possible, la plus fréquente étant la polykystose, caractérisée par la présence de nombreux kystes dans les reins. Cette maladie peut évoluer à l’âge adulte vers une insuffisance rénale chronique, mais cette évolution est très lente et n’atteint pas toujours le stade terminal, nécessitant dialyse ou greffe. Dans le syndrome d’Alport, également héréditaire, des anomalies biochimiques de la membrane des glomérules entraînent un défaut de filtration. Bien d’autres maladies, plus rares, peuvent également toucher les reins. La maladie de Berger, par exemple, une maladie auto-immune purement rénale, est responsable de 5 % environ des dialyses et des transplantations rénales. Les principales affections impliquées sont cependant le diabète et l’hypertension artérielle.

 

Gare à l’insuffisance rénale chronique !

L’hypertension artérielle (HTA) est à la fois la cause et la conséquence de l’insuffisante rénale. Deux mécanismes sont en jeu :  • Avec le temps, l’hypertension est un facteur de risque d’insuffisance rénale. Elle occasionne en effet dans les reins des dégâts qui sont assez semblables à ceux qu’elle cause au cœur. La paroi des vaisseaux sanguins devient fibreuse, les artères qui mènent aux reins rétrécissent, des lésions apparaissent au niveau des capillaires glomérulaires et la filtration devient moins efficace. Les reins ne parviennent plus à éliminer les déchets – d’où une insuffisance rénale – ni à réguler le volume de sang circulant. Le sang superflu s’accumule alors et peut provoquer une nouvelle élévation de la tension artérielle. Un véritable cercle vicieux s’installe où l’insuffisance rénale est à l’origine d’une pression artérielle trop élevée qui, elle-même, accélère la dégradation des fonctions des reins. Heureusement, tous les hypertendus ne souffrent pas d’insuffisance rénale.
• À l’inverse, quelle que soit la cause initiale de la maladie rénale, l’insuffisance rénale entraîne petit à petit une hausse de la pression artérielle. Le rein n’assurant plus son rôle d’épuration, notamment du sel qui se retrouve en trop grande quantité dans l’organisme, cette surcharge – ajoutée au rétrécissement des vaisseaux sanguins – provoque des modifications des hormones rénales et, pour finir, une hypertension artérielle qui aggrave encore les choses.

Il est donc impératif de chercher à contrôler la tension artérielle pour éviter le risque de devenir, en plus, insuffisant rénal. Il est tout aussi important, quand l’insuffisance rénale débute, de la traiter le plus tôt possible pour éviter une HTA. Encore faut-il, dans le premier cas, savoir que l’on est hypertendu – en prenant régulièrement sa tension à domicile, chez le médecin ou en pharmacie – et, dans le second cas, avoir dépisté l’insuffisance rénale à son début.

L’insuffisance rénale peut-elle guérir ?

L’insuffisance rénale peut-elle guérir ?

Oui, en cas d’insuffisance rénale aiguë due à une chute transitoire de la pression artérielle, lors d’une intoxication ou d’un blocage au niveau des voies urinaires, par exemple. La dialyse permet alors de purger l’organisme des déchets accumulés et de retrouver un fonctionnement normal. Non, en cas d’insuffisance rénale chronique mais la dialyse et la transplantation rénale permettent de suppléer les reins.

 

Les dégâts de l’hyperglycémie

Le diabète (de type 1 ou 2) est l’autre grande cause de l’insuffisance rénale. En effet, l’élévation du taux de sucre dans le sang (hyperglycémie) altère le fonctionnement des petits vaisseaux sanguins du rein. Le filtre s’encrasse, les membranes de filtration s’épaississent, certains déchets ne sont plus éliminés et, à l’inverse, certaines molécules passent dans les urines alors qu’elles ne devraient pas ; l’albumine notamment, toxique pour les reins. D’où, à terme, un risque d’insuffisance rénale. Néanmoins, comme la maladie rénale se développe sans causer de symptôme avant une atteinte grave des reins, le seul moyen d’éviter les dégâts est de bien traiter son diabète et de pratiquer un dépistage régulier de l’insuffisance rénale pour, si nécessaire, prendre le plus tôt possible des mesures de prévention et de protection.

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Dépistage impératif

Comment détecter une maladie rénale chronique ? À l’aide d’une analyse des urines et d’une prise de sang prescrites par le médecin traitant. Une analyse des urines, réalisée à n’importe quel moment de la journée dans un laboratoire d’analyses médicales, permet de rechercher une protéinurie ou, chez les diabétiques, une albuminurie. En effet, les urines d’une personne en bonne santé ne contiennent ni protéines ni albumine. La prise de sang permet le dosage de la créatinine sanguine (créatininémie) et l’estimation du débit de filtration glomérulaire (DFG), autrement dit de la capacité des reins à évacuer les déchets de l’organisme. La créatinine est un « déchet » normalement produit par le corps, filtré par les reins et rejeté dans l’urine. Si les reins fonctionnent mal, elle est moins bien éliminée, s’accumule dans le sang et son taux sanguin augmente. À partir de là, si une maladie rénale chronique est suspectée, le médecin demande de répéter les tests dans les trois mois qui suivent, de préférence dans le même laboratoire. Si ces dosages confirment les résultats, une échographie rénale et un examen cytobactériologique des urines (ECBU) sont demandés et complétés par d’autres contrôles pour rechercher la cause et évaluer l’importance de l’atteinte rénale.

Conseils de pharmacien

Conseils de pharmacien

Comme chaque année en mars, la Semaine nationale du rein est l’occasion pour les pharmaciens d’informer et de sensibiliser le public à l’intérêt du dépistage des maladies rénales, de repérer les personnes à risque et de les inciter à faire un test. Ils sont également bien placés pour signaler les médicaments toxiques pour les reins, sur ordonnance ou non, comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

 

Dialyse ou greffe de rein ?

La malade rénale évoluant de manière insidieuse, un traitement précoce et adapté de l’hypertension artérielle, du diabète ou des autres maladies responsables est la meilleure prévention de l’insuffisance chronique. Pourtant, les personnes à risque ne se font pas dépister une fois par an comme il est recommandé. Seuls 30 % des diabétiques ont un dépistage annuel d’albuminurie et 30 % des personnes atteintes d’insuffisance rénale chronique ont découvert leur maladie dans le cadre de l’urgence. Les personnes obèses ou souffrant d’une pathologie cardio-vasculaire sont également à risque et devraient se faire dépister régulièrement.

Une greffe pour bien vivre

Répétons-le : prise à temps, l’insuffisance rénale peut être freinée et la dialyse ou la transplantation rénale évitée. À l’aide de médicaments spécifiques pour maintenir la pression artérielle en dessous de 13/8 et réduire protéinurie et albuminurie. Mais aussi d’une alimentation équilibrée : boire plus d’eau, manger plus de fruits, légumes et céréales, moins de sel et peu de protéines animales. Quand l’insuffisance rénale est terminale, force est de choisir un mode de suppléance : la dialyse – soit l’hémodialyse, basée sur l’échange entre le sang de la personne et une solution, le dialysat, soit la dialyse péritonéale, qui utilise le péritoine comme membrane d’échange entre le sang et le liquide de dialyse ; ou, mieux, la transplantation qui permet de retrouver une bonne fonction rénale et un quotidien quasi normal, moyennant la prise quotidienne d’un immunosuppresseur pour éviter le rejet. Le rein greffé est soit prélevé sur une personne décédée (après inscription sur une liste d’attente), soit donné volontairement par un proche en bonne santé : c’est le don de rein de son vivant. Nous pouvons en effet vivre normalement avec un seul rein. Qu’on se le dise…

Témoignage

Témoignage

« Ma mère était atteinte d’une maladie rénale génétique et mon frère en a “hérité”. Quand il est arrivé au stade de l’insuffisance rénale terminale, il avait 29 ans et moi 35. Mon père était prêt à faire la dialyse à la maison. Je savais que c’était difficile pour tout le monde. Je n’ai vu qu’une solution : la greffe. Je n’ai pas hésité à me proposer, mais j’en ai parlé à mon petit frère seulement quand les résultats de mes examens sont revenus bons. Tout s’est passé très vite et ça a fonctionné. C’est une grande fierté pour moi ! »

Elsa, 42 ans

 

Info

Info

  • www.francerein.org (réseau solidaire en action sur tout le territoire)
  • renaloo.com (association de patients atteints de maladies rénales)
  • villedurein.renaloo.com (parcours de soins virtuel pour informer les malades au stade de la dialyse ou de la greffe)
  • airg-france.fr (Association pour l’information et la recherche sur les maladies rénales génétiques)
  • trans-forme.org (Association fédérative française des sportifs transplantés et dialysés)

 

Evelyne Gogien

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