CYSTALIA
Cytomégalovirus et grossesse

Pr Olivier Picone : « Le dépistage du CMV pendant la grossesse : mon cheval de bataille depuis plus de 10 ans »

26 janvier 2017
Le cytomégalovirus ou CMV est un virus de la même famille que l’herpès, qui peut se transmettre de la mère au fœtus pendant la grossesse et qui peut engendrer de lourdes conséquences.

 

Pr PICONELe CMV est un virus très courant : on estime par exemple qu’un adulte sur deux l’a déjà contracté en région parisienne. Inoffensif la plupart du temps, il peut pourtant avoir des conséquences graves pour le fœtus, surtout s’il est contracté en début de grossesse. Pourquoi les futures mamans en entendent si peu parler, et pourquoi ne leur propose-t-on pas un dépistage systématique, à l’image de ce qui est fait pour la toxoplasmose ? Le Pr Olivier Picone, gynécologue-obstétricien et responsable de l’unité de diagnostic prénatal du service de gynécologie obstétrique de l’Hôpital Louis Mourier à Colombes, est l’un des spécialistes français du virus CMV . Il répond à toutes nos questions.

 

1/ BIEN-ÊTRE & santé : L’infection à CMV est-elle courante chez la femme enceinte, et quels sont les risques pour le bébé ?

Pr Olivier Picone : Entre 0,5 et 3 % des femmes vont attraper le cytomégalovirus pendant la grossesse. L’infection peut soit passer totalement inaperçue, soit se manifester par des symptômes non spécifiques qui s’apparentent à un syndrome grippal. Les risques de transmission au bébé varient en fonction du stade de la grossesse : ils sont de 5 % si le virus est contracté en début de grossesse, et de 60 à 70 % en fin de grossesse. Environ 10 % des bébés infectés in utero présentent des symptômes, et donc, dans environ 90 % des cas, le bébé ne présente aucun symptôme.

Les conséquences pour le fœtus sont d’autant plus graves que l’infection a eu lieu au premier trimestre de grossesse. La maladie se manifeste par un retard de croissance, une jaunisse, des petits boutons, un gros foie, une grosse rate… Dans les cas les plus graves, il y a un risque de séquelles psychomotrices voire de mort in utero.

Il faut aussi citer le risque de surdité, qui affecte 10 % des bébés naissant « sans symptômes ». Le CMV est aujourd’hui la deuxième cause de surdité ! Celle-ci n’existe pas toujours dès la naissance, on la découvre souvent chez l’enfant d’âge scolaire. Voilà pourquoi certains ORL plaident aujourd’hui pour un dépistage systématique du virus chez le nouveau-né.

 

2/ BIEN-ÊTRE & santé : Pourquoi le dépistage n’est-il pas systématique chez la mère pendant la grossesse ?

Pr Olivier Picone : La position des sociétés savantes est claire : pour pouvoir faire un dépistage systématique dans la population générale, il faut que la maladie soit bien connue, la prise en charge bien déterminée et qu’il y ait un traitement. Or pendant longtemps, cela n’a pas été le cas pour le CMV. Résultat : en 2004, la Haute Autorité de Santé a décrété qu’il n’y avait pas de critères suffisants pour mettre en place un dépistage chez la future maman. De plus, cette maladie n’ayant pas de traitement, le risque de proposer un dépistage systématique était de déclencher une vague d’IVG (interruption volontaire de grossesse) ou d’IMG (interruption médicale de grossesse) injustifiées en cas de test positif.

Cette absence de dépistage systématique est quand même associée à une recommandation d’information des patientes. Depuis cette date, de plus en plus de maternités informent les femmes enceintes, certaines en leur donnant une feuille, d’autres en discutant un peu plus avec elles. Mais les futures mamans sont aujourd’hui tellement submergées d’informations sur le tabac, l’alcool, la toxoplasmose… que ce message supplémentaire a du mal à passer.

En 2015, suite au buzz déclenché par un papa dont le fils de 5 semaines est mort à cause du CMV et qui dénonçait le manque d’informations sur ce sujet, le Collège national des obstétriciens et gynécologues français a envoyé une lettre à ses adhérents pour rappeler que le dépistage n’entrait pas dans les critères de l’OMS mais qu’il était important d’informer les patientes. C’est mon cheval de bataille depuis un peu plus de 10 ans, et les choses avancent lentement.

Il existe aussi aujourd’hui des pistes de traitement, comme les immunoglobulines ou encore l’Aciclovir, un médicament antiviral, mais des études sont nécessaires pour confirmer leur efficacité.

 

3/ BIEN-ÊTRE & santé : Le dépistage n’est pas systématique, mais il peut être fait à la demande de la future maman ou de son médecin… Quelle sont les solutions à envisager quand ce dépistage est positif ?

Pr Olivier Picone : Si l’infection est confirmée par le dépistage, un suivi spécifique est nécessaire. La surveillance échographique est renforcée, avec des échographies mensuelles, pour détecter d’éventuelles complications. Il faut également discuter d’une amniocentèse, en sachant que cet examen entraîne un risque de fausse couche.

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La prévention permet de diviser le risque de contamination par 4

La prévention permet de diviser le risque de contamination par 4

Le CMV se transmet par les sécrétions corporelles : sang, salive, larmes, urine, selle et sécrétions génitales. Le plus grand risque de contamination pendant la grossesse vient des enfants en bas âge : un enfant en crèche sur deux est susceptible de contaminer sa mère. Mais des gestes d’hygiène simples permettent de prévenir le CMV ainsi que d’autres infections.

1/ N’embrassez pas votre enfant sur la bouche.

2/ N’essuyez pas son nez et ses larmes avec les mains.

3/ Ne mangez pas avec sa cuillère, ne buvez pas dans son verre, n’utilisez pas sa brosse à dents.

4/ Lavez-vous bien les mains avec du savon après le change, le bain, l’alimentation, le rangement des jouets.

 

Alix Lefief

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