Nash, attention danger !

Nash, attention danger !

12 décembre 2020
Appelée plus communément « maladie du soda » ou « maladie du foie gras », la stéatose hépatique non alcoolique ou Nash touche de plus en plus de Français. À cause de la malbouffe et du surpoids.

 

Environ 200 000 personnes sont atteintes de cirrhose en France dont un tiers à un stade avancé, responsable de 10 000 à 15 000 décès par an. Jusqu’à ces dernières années, les hépatites virales B et C étaient de grosses pourvoyeuses de maladies du foie, donc de cirrhose. Mais les progrès majeurs réalisés dans leur traitement ont permis de réduire fortement leur gravité et leur impact sur la mortalité hépatique. L’existence d’un vaccin très efficace contre l’hépatite B (obligatoire chez les nouveau-nés à partir du 1er janvier 2018 et recommandé en rattrapage chez les enfants et les ados jusqu’à l’âge de 15 ans révolus) et l’arrivée de nouveaux médicaments plus performants font espérer un contrôle prochain de ces maladies et, à moyen terme, leur éradication, ce qui supprimera ce risque de cirrhose.

Aujourd’hui, la première cause de cirrhose reste très majoritairement l’alcool (plus de 70 % des cas). Une consommation excessive et régulière de boissons alcoolisées provoque en effet une inflammation chronique du foie qui conduit à la formation de tissu dur et fibreux.

Une « épidémie mondiale »

Depuis quelques années cependant, un autre facteur de risque de cirrhose est en hausse très sensible : la Nash, acronyme anglais signifiant stéatose hépatique non alcoolique. Provoquée par une alimentation trop riche en graisse et en sucre, elle est souvent associée au surpoids, au syndrome métabolique (défini par l’existence d’au moins 3 de ces 5 critères : obésité abdominale, triglycérides élevés, HDL-cholestérol bas, glycémie élevée, hypertension) et au diabète. Comme les causes de Nash, l’obésité et la malbouffe, sont en augmentation constante et gagnent toute la planète, les hépatologues parlent de « maladie du siècle » et d’ « épidémie mondiale ». Aux États-Unis, les estimations font état de 30 à 40 % de personnes souffrant d’un foie gras dont 12 % d’une véritable Nash qui risque d’évoluer en cirrhose puis en cancer du foie. La Nash est ainsi en passe de devenir la première cause de transplantation hépatique outre-Atlantique.

1,5 million de français touchés

En France, la situation est moins préoccupante mais une étude, présentée lors de la 12e Paris Hepatology Conference en janvier dernier, avance un chiffre de 16,7 % d’adultes, dont 2,6 % sont atteints d’une Nash avec une fibrose grave, soit tout de même entre 1 et 1,5 million de personnes. Et c’est probablement plus car les Français connaissent encore mal cette maladie. Même si elle a commencé à faire parler d’elle en 2016, quand le journaliste sportif de télévision Pierre Ménès a raconté qu’il en serait mort si une double greffe (foie + rein) ne l’avait sauvé in extremis.

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Conseils de Pharmacien

Conseils de Pharmacien

C’est vrai, certains médicaments peuvent endommager le foie, le plus souvent en raison de doses trop élevées ou de traitement pris au long cours. Le paracétamol (à partir de 4 g/jour), certains antibiotiques, antidépresseurs, neuroleptiques, etc. Mais l’atteinte hépatique n’est nullement systématique et rarement grave. Pas de panique, n’arrêtez pas votre traitement et ne diminuez pas les doses prescrites. Toutefois, par précaution, ne buvez pas d’alcool ou limitez-vous car il modifie la manière dont les médicaments sont métabolisés. Si, en plus du paracétamol, vous prenez d’autres médicaments, vérifiez qu’ils n’en contiennent pas aussi pour ne pas dépasser 3 g/jour au total. Et en cours de traitement, fièvre, diarrhées, selles grises ou blanches, jaunisse, maux de tête, nausées doivent vous alerter ; signalez-les au médecin qui vérifiera s’il s’agit de signes d’hépatotoxicité.

 

De la stéatose à la cirrhose

Aux États-Unis, on l’appelle la « maladie du soda ». De fait, les Américains boivent beaucoup de coca et autres sodas très riches en fructose modifié, particulièrement en cause dans le développement de la stéatose hépatique non alcoolique. En France, on parle plutôt de « maladie du foie gras », mais c’est la même chose. La Nash est due à une alimentation déséquilibrée, trop sucrée et trop grasse.

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Un foie gorgé de graisses

Le foie est pourtant un organe extraordinaire (lire ci-contre Le foie, un organe essentiel). Même quand il est mis à mal, par un virus ou une consommation excessive d’alcool, par exemple, et détruit jusqu’à 80 %, il continue d’assurer la quasi-totalité de ses tâches. Il est aussi capable de se régénérer totalement et de fonctionner à nouveau parfaitement après une greffe partielle. Au stade qui précède la cirrhose, il peut, si l’hygiène de vie est modifiée (alimentation équilibrée et activité physique), retrouver son état d’avant. Et si la cirrhose est récente, il peut encore récupérer une fonction quasi normale. Le foie a donc des qualités uniques ; cependant celles-ci ont des limites. Il est certes capable de transformer l’alcool et les sucres absorbés, de stocker les graisses ainsi obtenues ainsi que celles contenues dans les aliments pour, en cas de besoin, produire de l’énergie et faire fonctionner le cerveau. C’est un mécanisme physiologique normal. Mais s’ils sont apportés en excès et si ces excès se prolongent, le foie ne peut plus faire face. Les graisses s’accumulent et finissent par étouffer les cellules hépatiques. Le foie devient alors véritablement un « foie gras ». C’est ce que les médecins appellent une stéatose hépatique et une Nash quand elle n’est due qu’à la malbouffe.

Le foie, un organe essentiel

Le foie, un organe essentiel

Les Français connaissent mal leur foie. Ils savent qu’il fait partie du système digestif et en général le placent bien sur le côté droit de l’abdomen, mais il est situé beaucoup plus haut qu’ils ne le croient, sous les côtes. Il est aussi plus volumineux qu’ils ne le pensent. C’est le plus gros organe solide du corps humain. Alors que le cœur mesure seulement 10 cm sur 10 cm, le foie s’étend sur 20 à 30 cm en largeur, environ 15 cm en hauteur, 8 cm en épaisseur et pèse plus de 1 kg – s’y ajoutent 800 g à 1 kg de sang qui y circule en permanence. De couleur rouge brun, ferme et souple à la fois, il a, comme le cœur, deux lobes de taille inégale, le droit étant le plus gros. Un amas de vaisseaux sanguins alimente des milliards de petites cellules, essentiellement des hépatocytes, impliquées dans près de 300 fonctions vitales. Une vraie usine. Qui sécrète la bile nécessaire à la digestion, transforme, synthétise, stocke et répartit les nutriments issus de la digestion vers les différentes cellules de l’organisme, fabrique des protéines qui contribuent à la coagulation du sang, épure des déchets nocifs, etc. Le foie a aussi une particularité : c’est le seul organe capable de se régénérer… jusqu’à un certain point.

 

Une fibrose avant la cirrhose

Si le foie reste gras trop longtemps, cette stéatose peut s’associer à une inflammation. Les vaisseaux sanguins du foie s’obstruent peu à peu, puis se nécrosent, les cellules hépatiques sont détruites et laissent la place à un tissu fibreux inefficace. D’où le nom de fibrose donné à ce stade de la maladie. Sans changement radical du mode de vie, les tissus du foie se décomposent et ne peuvent plus fonctionner normalement : c’est la cirrhose. Mais on n’a pas une cirrhose du jour au lendemain. Il faut 15 ou 20 ans de régime alimentaire déséquilibré, d’obésité ou d’association de plusieurs facteurs de risque pour que de sain le foie devienne cirrhotique. Une surcharge pondérale (même légère), un diabète, du cholestérol, des triglycérides ou de l’hypertension artérielle. La cirrhose n’est donc généralement diagnostiquée qu’autour de l’âge de 50 ans, surtout chez les hommes, mais aussi chez les femmes après la ménopause. Soit parce qu’elle se révèle par l’une de ses complications : hémorragie digestive, hypertension portale (dans la veine porte), ascite (épanchement de liquide dans l’abdomen), encéphalopathie hépatique ou même cancer du foie. Soit de manière fortuite à l’occasion d’un examen lié à ses facteurs de risque.

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Une évolution insidieuse

Comme la maladie évolue de la stéatose à la fibrose puis à la cirrhose sans provoquer de symptômes spécifiques, mieux vaut être vigilant quand on est à risque et faire des analyses de sang régulières pour connaître son taux de transaminases. Si elles sont élevées c’est le signal d’alarme d’un foie en souffrance. Il faut réagir.

Un diagnostic aujourd’hui indolore

Un diagnostic aujourd’hui indolore

Il y a quelques années, seule une biopsie hépatique permettait de poser le diagnostic de Nash. Or, cet examen est invasif, douloureux et nécessite une hospitalisation de courte durée : un petit échantillon de foie est prélevé sous anesthésie locale à l’aide d’une aiguille très fine. Aujourd’hui, la biopsie n’est pratiquée qu’en cas de doute après des examens biologiques et radiologiques approfondis. L’échographie, indolore, simple et rapide, la remplace avantageusement pour évaluer la souplesse du foie. Un modèle récent, plus performant, l’élastométrie, réalisée au moyen d’un Fibro-scan utilisant des ultrasons, permet, en mesurant la quantité de graisse et la dureté du foie, de distinguer une stéatose bénigne d’une stéatose évolutive et, en cas de fibrose, de déterminer son stade.

 

Comment prévenir ou inverser un « foie gras » ?

Pour le moment, on ne connaît pas bien les mécanismes responsables de l’inflammation et de la fibrose, mais des facteurs génétiques semblent jouer un rôle dans l’évolution de la maladie. Certaines personnes auraient tendance à stocker plus facilement de la graisse dans leur foie et développeraient plus facilement une Nash. On estime que 10 à 20 % de celles qui ont un « foie gras » seront atteintes de cirrhose et, parmi celles-ci, environ 30 % souffriront d’un cancer du foie. Avec des facteurs de risque identiques, nous sommes inégaux devant cette maladie. Cela dit, c’est un fait, le mode de vie alimentaire actuel et la sédentarité favorisent son apparition.

Non à l’alimentation à l’américaine

L’alimentation à l’américaine adoptée par les pays occidentaux mais aussi par les pays émergents explique en effet l’épidémie planétaire de Nash. Essentiellement les produits très sucrés : cocas, sodas, jus de fruits, friandises, mais aussi les fast-food et les produits industriels apparemment pas sucrés (sauces, pain de mie, plats tout prêts, poêlées de légumes préparées comprises…) qui renferment en fait énormément de sucres cachés. Sans oublier les produits « light » ou « zéro » contenant des faux sucres et des édulcorants. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ceux-ci n’alertent pas les centres de satiété du cerveau comme le fait le vrai sucre, stimulent ainsi l’appétit et incitent à consommer encore plus d’aliments sucrés.

Pas de traitement

Prévenir le risque de « foie gras » consiste donc à faire exactement l’inverse. Ne pas manger sur le pouce, fuir les fast-food et les produits light, réduire fortement les aliments industriels hypertransformés et adopter une alimentation équilibrée, moins grasse (en particulier moins de graisses saturées) et surtout moins sucrée puisque le sucre se transforme en graisse en arrivant au foie. Et augmenter son activité physique. Même au stade de la Nash, ces mesures permettent de faire fondre la graisse du foie, d’abaisser les transaminases, de perdre du poids et du ventre et ainsi de retrouver un foie en bon état de marche. Il n’y a pas d’autre solution puisque aucun médicament n’existe encore. Mais il ne faut pas tarder…

 

Réponses d'expert

Réponses d'expert

ANGÉLIQUE HOULBERT
Diététicienne-nutritionniste au Mans*

 

DÉBARRASSER LE FOIE DE SES GRAISSES

Il n’y a pas de médicament efficace contre la NAFLD (stade pré-Nash), même si des études ont conclu que la metformine, un vieux médicament contre le diabète, pourrait être intéressante. Cependant, les laboratoires pharmaceutiques s’activent pour développer de nouveaux traitements : environ 100 molécules sont actuellement en phases d’essais cliniques… Le fait qu’il n’y ait pas de médicament ayant fait la preuve de son efficacité pourrait sembler une mauvaise nouvelle ; en réalité, c’est une chance. Car, comme beaucoup de maladies du mode de vie, la NAFLD peut très souvent être inversée sans médicament, en adoptant simplement une autre alimentation et en pratiquant de l’exercice physique pour non seulement stopper l’infiltration grasse du foie, mais aussi débarrasser le foie de ses graisses. Il est même possible d’inverser les atteintes subies par le foie.

* Auteur de Le Régime NASH contre la maladie du foie gras, éd. Thierry Souccar, 2019.

 

Info +

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Un autre livre : Nash, la maladie de la malbouffe, Dr Dominique Lannes. éd. Flammarion, 2018.

Evelyne Gogien

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