Le microbiote vaginal, un écosystème réglé (au lactobacille près)

Le microbiote vaginal, un écosystème réglé (au lactobacille près)

22 janvier 2021
La bonne santé de cette cavité virtuelle dépend de l’équilibre d’un microbiote spécifique. Exploration guidée en terra encore bien incognita.

 

À la fois ouvert et secret, le vagin est une gaine qui mène de la vulve (les organes génitaux externes) au col, porte d’entrée de l’utérus. Une sorte d’antichambre aux parois collées l’une à l’autre, mais toniques et extensibles. Il est traversé par le flux sanguin menstruel venu de l’utérus plus haut, le bébé au moment de la naissance, pénétrée par le sexe de l’homme ou un tampon. Quelle que soit sa taille, éminemment variable d’une femme à une autre (de 4 à 14 cm), le vagin s’adapte à son contenu…

 

En quête du sucre

Cette zone d’échanges est habitée par une flore de différents partenaires microbiens, dont les fameux lactobacilles, nécessaire à son bon fonctionnement. L’ambiance hormonale et la prise d’antibiotiques notamment déterminent la composition de ce microbiote, qui diffère, en quantité et en qualité, d’une femme à l’autre. Des communautés qui sont par ailleurs dynamiques ou, à l’inverse, parfaitement stables. Elles s’installent de façon plus pérenne à l’adolescence quand les lactobacilles (dans l’intestin proche, leur réservoir naturel) colonisent le vagin, attirés par le glycogène (un sucre), fabriqué à la faveur de cette atmosphère baignée d’œstrogènes. Ils transforment ce sucre en acide lactique, ce qui contribue à acidifier le milieu, hostile alors aux bactéries indésirables.

De ce subtil équilibre, propre à chacune, dépend la bonne santé du vagin… et de la femme ! Sa vulnérabilité aux infections est alors réduite, son immunité préservée. « Jouer » donc sur l’écosystème vaginal permet de mieux traiter des infections opportunistes, mais aussi de les prévenir.

Réponses d'expert : rééquilibrer la flore

Réponses d'expert : rééquilibrer la flore

Dr Jean-Marc Bohbot
Infectiologue et directeur médical de l’Institut Alfred-Fournier (Paris)

Les probiotiques par voie vaginale sont conseillés dès un premier épisode de vaginose en association avec l’antibiotique (et une semaine ensuite). Et bien sûr en cas de vaginose récidivante, en cures de 1 à 2 semaines par mois pendant 3 à 6 semaines.

Ils sont utiles aussi pour guérir une mycose récidivante, là encore 1 à 2 semaines par mois pendant 3 à 6 semaines, en plus des antifongiques per os.

Pour ce qui est des cystites, la solution probiotique est double puisqu’il convient d’agir sur le microbiote intestinal d’une part (d’où vient le colibacille à l’origine de la plupart de ces infections) et sur le microbiote vaginal d’autre part, que l’on rend hostile à l’implantation et au transit des germes vers la vessie. Ce rééquilibrage des flores prend quelques mois.

Enfin, dans la période qui précède la ménopause, des apports réguliers (une semaine par mois par exemple) de lactobacilles permettent de limiter les désagréments liés à la chute des œstrogènes, dont la sécheresse vaginale.
Une certitude, parce que la quasi-totalité de ces infections ne sont pas dues à des microbes d’importation (à l’occasion de rapports sexuels) : il est inutile de traiter le partenaire !

 

Un milieu sous influences… et influenceur

Pour différentes raisons, certaines populations de bactéries croissent et se multiplient au-delà des limites acceptables, au détriment des lactobacilles protecteurs. À la clé, des pathologies qu’il convient de soigner en tenant compte du microbiote aussi.

La vaginose bactérienne

Témoin du déséquilibre de la flore au profit de germes anaérobies souvent, qui se développent donc à l’abri de l’air, elle n’est en effet ni une infection acquise, ni une infection sexuellement transmissible (IST). La prise d’antibiotiques est l’un des principaux facteurs de déséquilibre de la flore. Comme une toilette vulvaire inappropriée, un déficit en œstrogènes, le tabac (qui diminue le taux d’œstrogène circulant), etc.

Certes, ce n’est pas une IST, mais l’activité sexuelle amplifie certainement la « malodeur » symptomatique d’une vaginose. Car le pH vaginal est normalement acide, bas (entre 3,5 et 4,5) ; celui du sperme (plutôt neutre) de 7 ; et si les lactobacilles qui acidifient le milieu sont absents, le microclimat du vagin reste favorable à la multiplication de bactéries… Une infection sans gravité, mais gênante et qui facilite l’acquisition d’autres microorganismes (dont le VIH ou le papillomavirus). Elle est aussi une cause majeure de prématurité.

 À lire aussi : IST : prévention et contraception

 

Une vaginose doit être traitée par des antibiotiques… qui déséquilibrent la flore vaginale, ce qui facilite les récidives (30 % à un mois, 50 à 80 % à 3 mois !) – si l’on n’inverse pas la tendance en réensemençant avec des lactobacilles spécifiques.

Une cystite ?

Des brûlures en faisant pipi, l’envie d’y aller toutes les deux minutes, pour quelques gouttes, en option des douleurs dans le bas du ventre, un peu de sang dans les urines, le diagnostic de cystite (ou inflammation de la vessie) paraît sûr à 99 %. À l’origine de la cystite, un colibacille dans la majorité des cas, venu de l’intestin tout proche… et qui n’a pas été arrêté par les lactobacilles dans le vestibule du vagin. Là encore, un traitement antibiotique résout les symptômes, au prix toutefois d’un bouleversement du microbiote, propice aux cystites à répétition.

 À lire aussi : Prévenir les cystites en douceur

 

Une mycose ?

Encore faut-il que ce soit vraiment une mycose ! On peut souffrir de démangeaisons en raison d’une utilisation inappropriée des protège-slips (pas plus de quelques jours par mois) ou de solutions lavantes antiseptiques (qui décapent le film naturel protecteur). Ou parce qu’au Candida (des mycoses), s’est jointe une bactérie (de vaginose). Les mycoses, liées à un développement anormal d’un champignon dans la flore vaginale, sont caractérisées certes par des démangeaisons très intenses, de l’extérieur de la vulve, mais aussi par des pertes blanches. Cela dit, il existe des mycoses authentiques aux signes moins spectaculaires, ce qui sème la confusion diagnostique… Si le traitement de première intention (un ovule vaginal) échoue, mieux vaut consulter pour un traitement plus spécifique et un rééquilibrage de la flore.

 À lire aussi : Traiter une mycose vaginale

 

Conseils de pharmacien

Conseils de pharmacien

• Le milieu est acide (pH à 3,5-4,5) et pour l’intégrité des lactobacilles, mieux vaut qu’il le reste… avec des produits adaptés à l’hygiène intime pour la vulve (à l’entrée du vagin), dont le pH est moins acide, jusqu’à 6 ou 7. En cas de déséquilibres récurrents de la flore ou d’irritations, on opte pour des syndets liquides (Hydralin, Saforelle ou Saugella). Sinon, un lavage une fois par jour avec un savon ou gel douche dénué de sodium lauryl sulfate suffit.

• Point de toilette vaginale au risque de bouleverser ce petit monde.

• Le pH est un indicateur précieux : supérieur à 4,5, il peut annoncer une infection (pour les femmes non ménopausées) ; on peut le mesurer à l’aide d’un auto-test et acidifier s’il le faut son vagin avec les lactobacilles qui conviennent.

• Le risque de vaginose bactérienne étant multiplié par 2 à 3 si l’on fume, l’un des moyens de prévention, de cette maladie aussi, est d’arrêter, avec l’aide de substituts pour plus d’efficacité.

• 30 minutes seulement après un rapport, le pH vaginal revient à la normale, grâce aux bons offices des lactobacilles… s’ils sont présents en quantité et qualité adéquates.

À lire

À lire

Prenez soin de votre microbiote vaginal, du Dr Jean-Marc Bohbot et Rica Etienne, aux éditions Poche Marabout

Un guide épatant, qui vous dit tout, tout sur le vagin et ses hôtes, désirables et indésirables.

 

Dr Brigitte Blond

Le choix de la rédac

Peau qui tiraille, teint terne ?

Compléments alimentaires

Peau qui tiraille, teint terne ?

Phytoceutic, expert du BIO depuis plus de 30 ans

Un regard 3 fois plus bio

Visage

M’T DENTS dès 3 ans !

Enfants

M’T DENTS dès 3 ans !

Comment ça marche ?

Pour le corps, on adore

Corps

Pour le corps, on adore

Assouplir, apaiser et hydrater les épidermes de toute la famille !