CYSTALIA
microbiote

Microbiote intestinal, un monde d’influence

20 novembre 2017
Peu à peu, le microbiote intestinal révèle ses connexions avec les autres organes. Il joue un rôle majeur dans notre santé. Pour prendre soin de la sienne, nous disposons des prébiotiques et des probiotiques.

 

Sans en avoir conscience, vous hébergez environ 1 kilo d’un petit peuple composé de 100 000 milliards de bactéries (10 fois plus que le nombre de cellules du corps humain) réparties en 2 000 espèces différentes. Un monde qui ne s’est pas construit en un jour mais en… deux à trois ans !

 À lire aussi : DOSSIER – L’intestin, un organe intelligent

 

À la naissance, place aux bactéries

Lorsqu’il quitte le ventre de maman, le bébé a un tube digestif stérile, et il se contamine en passant par voie basse au contact de la flore vaginale voire périnéale de sa mère. Ces quelques bactéries sont les premiers colons d’un monde qui va très vite se développer puisque, en deux à trois ans, la flore de l’enfant va acquérir les caractéristiques de son microbiote intestinal final.

Un monde fragile : quand la dysbiose (déséquilibre du microbiote) guette

Une fois que ce microbiote intestinal est installé, il restera globalement assez stable tout au long de la vie. Chaque individu a son microbiote identitaire, ce qui explique que certaines personnes aient des transits réguliers toute leur vie – alors que d’autres auront des transits plus fragiles et facilement perturbés.

Le microbiote est néanmoins sensible aux changements liés à l’environnement : alimentation très déséquilibrée, cures d’antibiotiques répétées, contamination par des bactéries résistantes, des parasites ou des virus, stress chronique… Le microbiote souffre et entre en phase de déséquilibre (on parle alors de dysbiose) se manifestant par des troubles digestifs voire des pathologies plus générales (troubles de l’immunité). Il faut donc bien prendre soin de son microbiote !

À savoir

À savoir

Un microbiote déséquilibré peut provoquer une inflammation chronique pouvant accélérer l’apparition d’un diabète chez quelqu’un qui y serait prédisposé.

Des super-pouvoirs

Le microbiote intestinal représente un véritable organe actif en connexion avec les autres organes. Il nous rend bien des services dans de nombreux domaines. Il digère ce que nous ne digérons pas : les amidons résistants, les fibres et quelques grammes de lipides et glucides rescapés de notre digestion. Il facilite l’absorption de certains éléments nutritionnels et permet à l’être humain de récupérer un maximum d’énergie à partir des aliments ingérés. Il fabrique certaines vitamines (B8, B12 et K). Il contribue à la santé de la muqueuse intestinale. Il assure le bon fonctionnement de l’immunité intestinale : il est l’armée qui nous protège des agressions infectieuses extérieures. Il apprend d’ailleurs très tôt à reconnaître les bactéries amies et ennemies.

 En cas de déséquilibre…

Un microbiote chroniquement déstabilisé peut contribuer à l’apparition de certaines maladies.

  • Les MICI, ou maladies intestinales inflammatoires chroniques. Il s’agit surtout de la maladie de Crohn, avec ses douleurs abdominales et des selles éventuellement glairo-sanglantes. Il y a probablement une part de génétique mais on note aussi un déséquilibre de la flore intestinale avec une prédominance de bactéries pro-inflammatoires.
  • Le surpoids et l’obésité. Certains types de flore pourraient favoriser une meilleure absorption des calories ingérées. Des études étonnantes menées sur des souris ont montré qu’une greffe de microbiote d’une souris obèse à une souris mince la faisait grossir, sans que l’on ait changé son alimentation. L’inverse est vrai aussi. Un avenir pour traiter l’obésité humaine ?

En attendant les fruits de cette recherche, il est évident qu’il faut prendre soin de son microbiote intestinal. Il aime les fibres ; raison de plus pour manger davantage de légumes, de fruits, de féculents non raffinés et de légumes secs.

 

Conseils de Pharmacien : Et les enfants nés par césarienne ?

Conseils de Pharmacien : Et les enfants nés par césarienne ?

Ils ne bénéficient pas de la flore de leur mère, à moins de les badigeonner avec une compresse imprégnée de la flore vaginale de la mère au moment de l’accouchement. Cela commence à se faire dans certaines cliniques et cela permet à l’enfant d’acquérir plus rapidement une flore équilibrée.

 

 À lire aussi : Comment la flore intestinale agit-elle sur la santé ?

 

Prébiotiques, les aliments de la flore

Les bactéries du microbiote intestinal en raffolent ! Ces sucres particuliers sont utilisés pour traiter des troubles digestifs.

 

Par prébiotiques, on désigne l’inuline, les fructo-oligosaccharides (les FOS), les galacto-oligosaccharides (les GOS) et le lactulose. Ils sont considérés comme ayant un effet bénéfique sur la santé, en contribuant à la « bonne santé » du microbiote intestinal. Une fois consommés, ils arrivent quasiment intègres dans le côlon où ils sont absorbés par les bonnes bactéries que sont les probiotiques et participent ainsi au développement d’un microbiote sain. Ils sont naturellement présents dans des aliments courants (lire encadré).

Les prébiotiques sont fréquemment utilisés en prévention ou traitement de petits troubles digestifs. On en trouve ainsi dans quelques laits destinés aux nourrissons ayant des petites « coliques » et dans certains laitages (laits fermentés ou yaourts). Ils existent aussi en pharmacie sous forme de comprimés de FOS, de GOS ou d’inuline.

La consommation des prébiotiques : tout en douceur

Une consommation excessive et soudaine de prébiotiques peut provoquer douleurs abdominales et ballonnements. Car plus une bactérie consomme de glucides (de type prébiotique), plus elle libère les produits de leurs fermentations – des gaz. C’est ainsi que les prébiotiques en excès provoquent des ballonnements inconfortables. Il faut donc respecter la posologie et ne pas céder à la tentation d’en prendre davantage en espérant un meilleur confort intestinal. Les prébiotiques seuls peuvent avoir moins d’efficacité sur la correction de troubles digestifs fonctionnels que les probiotiques, car l’effet est indirect. Aussi les associe-t-on souvent.

Conseils de pharmacien : Les aliments riches en prébiotiques

Conseils de pharmacien : Les aliments riches en prébiotiques

Les aliments les plus riches en prébiotiques sont l’ail, l’artichaut, la chicorée, l’asperge, l’oignon, le poireau, le blé, l’orge, le seigle, le topinambour, l’amande, la pistache.

 

Probiotiques, des bactéries amies

Bénéfiques à notre santé, les probiotiques se trouvent naturellement dans notre alimentation. Ou sous forme concentrée dans les compléments.

 

Connues essentiellement sous forme de bifidobactéries et de lactobacilles, ces bactéries font en réalité déjà partie de notre microbiote intestinal où elles jouent des rôles différents. Elles stimuleraient la croissance de bonnes bactéries ainsi que l’immunité locale et générale. Elles pourraient aussi avoir un effet sur notre santé globale.

Des bactéries dans des banques…

Ces bactéries se répartissent en espèces (comme Lactobacillus bulgaricus), comprenant des souches (par exemple LB KB290, LB KB291…) qui diffèrent entre elles comme les frères et sœurs d’une même famille. Chaque bactérie exerce des rôles et des fonctions différents. L’Homme en a identifié beaucoup et les a isolées. Il existe ainsi des banques dans lesquelles les industriels et les laboratoires peuvent puiser pour se fournir en certaines bactéries qu’ils sélectionnent selon ce qu’ils en attendent dans leurs produits.

Les aliments riches en probiotiques… et les gélules

On peut trouver des probiotiques dans les yaourts et les laits fermentés mais aussi en gélules, en poudres ou en comprimés dans les pharmacies. Ces formes concentrées sont indiquées pour corriger des troubles digestifs (de type ballonnements, gaz) ou lors d’une antibiothérapie, pour aider au retour d’un transit normal avec une flore plus équilibrée. L’effet n’est que transitoire car ces probiotiques sont quotidiennement éliminés avec les selles. Ils doivent donc être consommés en cures. À noter que certaines levures, comme Saccharomyces boulardii et Saccharomyces cerevisiae (la levure de bière dont on parsème les salades par exemple) sont aussi des probiotiques.

  À lire aussi : Aliments probiotiques : mangeons des bactéries !

 

Des vertus de régulation sur la sphère digestive

Ces présentations faites, reste à savoir comment utiliser au mieux l’influence des probiotiques, et sur la sphère digestive en particulier, dans notre quotidien. Car ballonnements, douleurs abdominales et troubles du transit sont des problèmes digestifs fréquents dans la population française et représentent l’une des premières causes de consultation auprès du médecin traitant. Quand tous les examens sont normaux, on parle alors de trouble fonctionnel. Sa résolution relève en premier lieu d’une amélioration du mode de vie (alimentation, sommeil, activité physique) et éventuellement de la prise de probiotiques et prébiotiques en cures répétées jusqu’à ce que le transit soit meilleur.

En cas de colopathie fonctionnelle

Quand le microbiote est instable et fragilisé, il est souvent associé à des troubles de la motricité et de la sensibilité intestinale, provoquant des douleurs, des gaz et des ballonnements. Il faudra éviter de manger des artichauts, des choux, des légumes secs ainsi que du pain frais – grillé, il se digère mieux. L’alimentation doit être variée et équilibrée, riche en légumes, de préférence cuits jusqu’à la résolution des symptômes, et en fruits.

La consommation de probiotiques peut apporter un réconfort. Il en existe beaucoup et sous différentes marques, votre pharmacien peut vous aider à identifier celle qui vous conviendra le mieux.

En cas de constipation fonctionnelle

En plus de l’enrichissement de l’alimentation en fibres (légumes, fruits, céréales complètes) avec une hydratation suffisante (et si possible avec une eau minérale riche en magnésium), il est utile de consommer des probiotiques pour accélérer le transit. En effet, un microbiote sain et équilibré contribue aussi à un transit régulier. Bon à savoir, même si parfois un laxatif est nécessaire !

Conseils de pharmacien : Compléments : mode d’emploi

Conseils de pharmacien : Compléments : mode d’emploi

Les cures de probiotiques doivent durer au moins un mois, le temps de corriger le problème digestif. Et chaque personne ayant un microbiote différent, il faut parfois essayer différents types de probiotiques pour avoir des résultats.

 

Le microbiote intestinal des bébés : en devenir

Fragile, le transit d’un bébé dépend en grande partie du développement progressif de son microbiote. Celui-ci est souvent sous influence.

 

Tout récent, le microbiote du nourrisson est fragile. D’ailleurs, les premières petites selles sont souvent un peu liquides, fétides, de couleur verdâtre. Pas de panique, c’est le microbiote qui s’installe !

Tout commence à la naissance

Les premières bactéries colonisant le tube digestif du nourrisson proviennent de la voie génitale et du périnée de sa mère au moment
de l’accouchement, ou du milieu ambiant pour les bébés nés par césarienne. La colonisation se fait ensuite de façon séquencée : les premières bactéries ont besoin d’oxygène pour se multiplier et vont surtout se localiser dans la partie haute de l’intestin. Les autres s’implanteront ensuite. Enfin, sous
l’influence de la diversification alimentaire, de l’hygiène locale, de la génétique, des traitements médicaux (antibiotiques plus ou moins fréquents), la composition du microbiote va évoluer jusqu’à se stabiliser vers la troisième année de vie. Le transit de l’enfant devient alors régulier.

Antibiotiques contre flore intestinale

Les angines, otites et diarrhées sont souvent à répétition chez l’enfant, tout comme la prise d’antibiotiques. Or, plus un antibiotique possède un large spectre, plus il détruit aisément le microbiote intestinal. Celui-ci mettra plusieurs semaines voire plusieurs mois à s’en remettre et parfois les dégâts sont irréversibles. Des cures d’antibiotiques trop rapprochées peuvent ainsi provoquer des changements durables du microbiote ! Les antibiotiques ne doivent pas être automatiques et leur prise toujours s’accompagner de cures de yaourts et de Saccharomyces boulardii.

 

Quand le lait se pare de (bonnes) bactéries

Quand le lait se pare de (bonnes) bactéries

Certains laits infantiles sont enrichis en prébiotiques ou probiotiques. Ils peuvent se révéler utiles chez les enfants ayant un transit fragile. 

Le lait maternel contient naturellement des oligosaccharides (galactose et GOS) ayant un rôle prébiotique et stimulant le développement des bifidobactéries dans la flore du nourrisson. C’est la raison pour laquelle certains laits 2e âge, conçus pour les nourrissons ayant des petits troubles digestifs, proposent une formule enrichie en prébiotiques ou probiotiques (on parle aussi de ferments lactiques).

  • En cas de diarrhée

La priorité absolue reste la lutte contre la déshydratation aiguë qui menace à court terme tout nourrisson ayant une émission abondante de selles liquides. Pour cela, il existe un protocole de réhydratation que médecins et pharmaciens maîtrisent avec de l’eau et des solutés de réhydratation orale (SRO) dont la composition est établie par l’OMS. Le lait 2e âge doit être maintenu. Il sera alors choisi sans lactose et avec des épaississants et pourra être amené à contenir des prébiotiques et des probiotiques pour accélérer la reconstruction du microbiote.

  • En cas de colites

Il faut vite rétablir le confort digestif du bébé, très gêné par ses ballonnements douloureux. Les laits 2e âge enrichis en prébiotiques ou en probiotiques peuvent être utilisés. Il n’existe pas de consensus prônant la supériorité d’une souche, et chaque bébé réagit d’une façon différente. Il faut donc tester l’efficacité d’une formule de lait aux prébiotiques ou aux probiotiques, ou associant les deux, sur les symptômes de l’enfant. La conserver si elle est efficace, en changer si elle ne l’est pas. Un bébé ayant un bon transit est un bébé souriant !

Dr Laurence Plumey, Médecin-nutritionniste

Le choix de la rédac

L’année des méduses ?

Autres

L’année des méduses ?

Anti-piqûres et protection solaire

Ostéo-gym, un guide visuel qui nous apprend à adopter les bonnes postures

Maux de dos

Des jambes légères 24 h / 24

Circulation sanguine

Des jambes légères 24 h / 24

Du frais et encore du frais

L’huile de coco : l’huile végétale multi usage de l’été

Corps