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Mesdames, et si on arrêtait de s’excuser ?

Mesdames, et si on arrêtait de s’excuser ?

20 décembre 2018
On le constate au quotidien : nombre de femmes éprouvent le besoin de s’excuser à longueur de journée. Pour un oui, pour un non, et le plus souvent pour rien. D’où leur vient cet irrépressible besoin de demander pardon ? Pourquoi les hommes ne font-ils pas de même ? Les excuses ont-elles des bienfaits ? On fait le tour du sujet, sans s’excuser.

 

« Excusez-moi ». « Désolée ». « Oh, pardon ». Si vous êtes une femme, combien de fois vous êtes-vous excusée… après avoir été bousculée dans la rue ? Quand on vous a demandé quelque chose que vous n’étiez pas censée délivrer et que, forcément, vous n’aviez pas ? Quand vous voulez demander une autre taille à la vendeuse ?   Des psychologues canadiens se sont penchés sur le sujet dès 2010, en menant une étude1 sur un échantillon d’étudiants. Le panel n’est pas forcément représentatif de la population, mais a tout de même mis en lumière le décalage entre les hommes et les femmes sur leur propension à s’excuser. Pour les chercheurs, ce décalage vient d’une sensibilité accrue des femmes aux situations et comportements qui peuvent offenser, et une volonté de ménager autrui. Cette tendance à adoucir leur discours, au détriment de leur posture de leadership, trouve selon eux ses racines dans une enfance où elles ont été encouragées à faire preuve de retenue, de féminité et de politesse dès leurs premiers pas.

 

Femme, être une femme, un poids difficile à porter

Les femmes ont davantage peur de déranger, s’excusent de poser une question, d’arriver avec trois minutes de retard : on a parfois l’impression qu’elles s’excusent d’exister. Cette attitude est beaucoup plus rare chez les hommes, qui s’excusent aussi, mais uniquement lorsqu’ils ont réellement commis une mauvaise action.

Les psychologues qui s’intéressent à cette propension féminine à s’excuser pour un rien relèvent un sentiment d’illégitimité répandu chez le beau sexe, et l’expliquent par des stéréotypes véhiculés depuis l’enfance. Quand les garçons sont encouragés à être autonomes, forts, affirmés, les filles sont davantage poussées vers des postures de compréhension d’autrui, de retenue, d’élégance. C’est le plus souvent inconscient chez les parents, qui répètent des schémas ancrés depuis leur propre enfance.

Les petites filles devenues femmes poursuivent sur cette lancée dans le monde de l’entreprise, et même dans leur vie personnelle. Cet effacement permanent affecte la perception de leur capacité de leadership par leurs collègues et peut nuire à leur progression professionnelle. Il peut même conduire à des situations proches du harcèlement, où les autres s’habituent à cette posture d’éternelle coupable et la considèrent comme une réalité.

Alors que faire ?

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Faut-il arrêter de s’excuser ?

Oui, disent avec force certaines voix, qui militent pour une meilleure perception d’elles-mêmes des femmes et la fin des clichés. La marque de shampooing en a même fait une campagne « Just Not Sorry ». Le film montre les mêmes situations où les femmes s’excusent, et ne s’excusent pas, mettant en évidence combien elles semblent plus fortes dans le deuxième cas. Surfant sur la même vague, la start-up américaine Cyrus Innovation a lancé en 2016 une extension pour la messagerie Gmail, appelée « Just Not Sorry ». Lors de la rédaction d’un e-mail, ce plug-in surligne en rouge les formules qui affaiblissent le message, comme « Je ne suis pas sûre », « Désolée », « juste », etc. Un vrai coach en affirmation de soi !

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Comment entamer sa sorry detox

Une méthode de « sorry detox » a été imaginée outre-Atlantique, et propose en 21 jours de se sevrer de cette mauvaise habitude de s’excuser à tout bout de champ.

La première semaine, les participantes sont invitées à ne plus s’excuser du tout. DU TOUT ? Du tout. Vous écrasez le pied de quelqu’un dans le métro à cause d’un freinage trop brutal ? Vous lui souriez, sans plus. Votre chien / enfant a déchiqueté le rapport que vous deviez rendre demain ? Vous vous contentez de dire qu’il arrivera après-demain, sans vous étendre davantage. Essayez : vous verrez qu’il n’est pas si facile de se débarrasser de cet envahissant tic de langage. Mais réconfortez-vous, comme pour l’arrêt de la cigarette, ce sont les trois premiers jours les plus difficiles.

La deuxième semaine, continuez sur votre lancée, et profitez du vide laissé par la disparition de vos excuses pour vous interroger en profondeur sur les causes de cette tendance compulsive à être désolée. Sentiment d’illégitimité ? Manque de confiance en soi ? Peur de décevoir ? Quand vous aurez posé le doigt sur la crainte profonde qui vous fait craindre de déranger, vous pourrez commencer à travailler dessus et renforcer votre confiance en vous.

La troisième semaine, accrochez-vous pour ne pas replonger. Maintenant que vous avez fait le ménage dans vos craintes profondes, travaillez sur votre manière de réagir en cas d’imprévu (bousculade, retard, etc.). Cessez d’anticiper la réaction des autres, de vous mettre à leur place. Wait and see (attendez et avisez), comme disent nos amis anglo-saxons. Prenez aussi conscience de vos automatismes de langage, et attachez-vous à en changer. Ne dites plus « Je peux te déranger une minute ? » mais « Tu as une minute ? ». Ne dites plus « Pardon de te demander cela », mais « Je peux te demander cela ? ». Ne dites plus « Désolée, je suis en retard », mais « Fichu métro, jamais à l’heure ». Ou encore mieux : ne dites rien.

 

De l’art de s’excuser sans trop s’excuser

Attention toutefois à ne pas tomber dans l’excès inverse. Certaines personnes ne s’excusent jamais, même lorsqu’elles sont en faute. Si ce trait de caractère contribue à renforcer leur estime de soi, il dégrade leur image aux yeux des autres, et est perçu comme une marque d’insensibilité, voire de mépris pour autrui.

Dans son ouvrage Politesse, savoir-vivre et relations sociales (éditions PUF, 2014), Dominique Picard, professeur de psychologie sociale, rappelle que « La vie collective offre de fréquentes occasions de se gêner mutuellement. Le code de politesse exige alors qu’on répare le préjudice subi (…) et à présenter ses excuses. » Si l’on sait avoir, volontairement ou pas, lésé ou blessé quelqu’un, s’excuser est une marque de considération, et même un moyen d’alléger sa culpabilité (qui a de bonnes raisons d’être, cette fois-ci).On vous laisse méditer sur tout cela, et découvrir l’amusant Au diable la culpabilité, de Yves-Alexandre Thalmann (éditions Jouvence, 2014) pour explorer de nouveaux horizons intérieurs.

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1 – Etude du College of Louisiana, publiée en 2010 dans la revue Psychological Science

Clémentine Garnier

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