MA PEAU EST UNE PRISON
Les maladies du foie : l’importance d’un dépistage précoce

Les maladies du foie : l’importance d’un dépistage précoce

26 décembre 2016
Cet organe vital reste méconnu alors que les maladies du foie, dites hépatites, sont fréquentes et souvent graves. 2 millions de Français en sont atteints. Chroniques, elles se développent en silence. Des mesures simples aident à prévenir les maladies hépatiques.

 

À son propos, on ne retient que la crise… qui n’a du foie que le nom vu qu’il n’en est pas responsable. On le confond avec l’estomac ou le pancréas – 1 Français sur 4 ne sait pas le situer. Le foie est pourtant un gros organe et le plus lourd (jusqu’à 2 kg) mais il est caché sous les côtes, en haut à droite derrière le diaphragme. Le cœur, qui n’est qu’une pompe, on le sent battre en prenant son pouls. Avec les poumons, nous avons conscience de notre respiration. Quant aux reins ou l’intestin, leurs fonctions nous conduisent aux toilettes. Mais aucun signe de l’activité du foie, alors qu’il est la plus grande « usine » du corps humain. Ses très fragiles cellules, les hépatocytes, travaillent 24 heures sur 24, dans la plus grande discrétion.

  

Le rôle du foie

Le foie est une centrale qui produit des substances complexes et élimine des déchets tout en maintenant l’équilibre dans l’organisme. Il fabrique la bile qui nous permet de digérer et régule le cholestérol. Il synthétise aussi l’albumine et les graisses. Il stocke divers nutriments qu’il libère et active le moment voulu, dont le sucre qu’il transforme en glycogène. Le foie est notre réserve d’énergie. Tout ce que nous mangeons, buvons lui parvient, après être passé par l’estomac. Lorsqu’il a métabolisé ce qui a été absorbé, il devient station d’épuration et de tri sélectif. Il envoie, via le sang, les molécules utiles vers le cœur, les poumons et filtre les toxiques. Le foie a aussi la particularité de se régénérer. Lorsqu’un bout est retiré, il redevient comme avant.

Le premier symptôme de l’hépatite : l’inflammation du foie

Selon un récent sondage Ipsos-AFEF (Société française d’hépatologie) les pathologies du foie sont les maladies les moins anxiogènes citées par les Français, loin derrière le cancer ou la maladie d’Alzheimer. La méconnaissance de son rôle est une explication. Avoir un foie malade sans le savoir en est une autre. Il ne se fait pas remarquer quand il fonctionne, ses maladies chroniques non plus. La plupart sont asymptomatiques jusqu’à un stade avancé. L’inflammation est la première étape. Non traitée, elle se transforme en fibrose, cirrhose ou cancer. Ce qui prend des années. Ces maladies chroniques sont provoquées par des agressions fréquentes et répétées du foie. Consommation excessive d’alcool, hépatites B et C sont les principales. Mais aussi l’obésité et le diabète qui déclenchent la stéatose non alcoolique (NASH, pour Non Alcoolic Steato Hepatitis) surnommée « syndrome du foie gras ». À chaque agresseur, il y a une parade : dépistage précoce, vaccination, traitement médicamenteux, amélioration de l’hygiène de vie.

 À lire aussi : DOSSIER – Hépatites : prévention et traitements

 

Tout savoir sur les hépatites virales  

De la naissance à l’âge mur, les hépatites virales peuvent toucher toute la population. Elles sont d’autant mieux traitées qu’elles sont diagnostiquées précocement. 

 

Quelle qu’en soit l’origine, hépatite (du grec hepar = foie) signifie inflammation du foie entraînant une destruction plus ou moins importante des hépatocytes. L’hépatite est aiguë ou chronique, virale ou non virale. Pour qu’une réaction inflammatoire du foie survienne, il faut une cause. Les hépatites aiguës apparaissent brusquement en quelques heures ou jours, suite à une toxicité extérieure : médicaments (surdosage de paracétamol), champignon (amanite phalloïde), abus d’alcool, virus, parasites… Les hépatites virales sont des infections du foie provoquées par les virus A, B, C, D, E à transmission orale, sanguine ou sexuelle. Non dépistées, elles évoluent vers la chronicité avec le risque de développer une cirrhose puis un cancer du foie. Du type de virus dépendent l’évolution et la gravité de la maladie. 

Hépatite A, la plus bénigne

Le virus de l’hépatite A (VHA), présent dans les selles des personnes infectées, se transmet partout où les conditions sanitaires et l’hygiène personnelle sont déficientes. La contamination se fait de personne à personne (mains mal lavées) ou par des aliments et de l’eau souillés par des matières fécales. Cette hépatite aiguë est sans symptômes dans 90% des cas ; bénigne, elle se guérit toute seule. En 1970, en France, 50% des adultes avaient rencontré le virus. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 10 à 20 % grâce à l’amélioration des conditions d’hygiène. Le risque d’infection subsiste en voyage dans les continents à forte prévalence (Afrique, Amérique du Sud, Asie).

 À lire aussi : Hépatite A : transmission et prévention

Hépatite B, l’IST la plus répandue

Si le VIH compte 37 millions de personnes infectées dans le monde, l’hépatite B près de 10 fois plus. Deuxième cause de cancer après le tabac, elle provoque 2 millions de décès par an. En France, 300 000 sont atteints d’une hépatite B chronique – mais la moitié d’entre eux ignorent qu’ils sont porteurs du VHB. Ce virus très contagieux (100 fois plus que le sida) se transmet par le sperme, les sécrétions vaginales. L’hépatite B est l’infection sexuelle transmissible (IST) la plus répandue. La contamination peut aussi survenir par voie sanguine lors du partage de seringues, matériel de sniff, rasoir, brosse à dents. Ou encore lors de tatouage, acupuncture et piercing non réalisés avec des aiguilles à usage unique. Enfin, la transmission de la mère à l’enfant est possible lors de l’accouchement et de l’allaitement.

« Pour ne pas risquer d’être infecté, la vaccination est le moyen le plus simple, mais la France est le seul pays à la remettre en question, via un puissant lobbying contre. Du coup, le nombre de patients infectés ne cesse d’augmenter, alors que le vaccin contre le VHB est très efficace, regrette le Pr Victor de Lédinghen, hépatologue au CHU de Bordeaux. Toutes les études ont confirmé son absence de lien avec l’apparition d’atteintes neurodégénératives comme la sclérose en plaques. Ce vaccin, administré chez les nourrissons, prévient toute maladie du foie due à l’hépatite B. Se faire vacciner protège aussi contre le cancer du foie que l’hépatite B provoque. Une vraie politique vaccinale doit être mise en place chez les enfants pour éradiquer cette maladie comme cela a pu être le cas pour la variole. »

Dans 90% des cas, on guérit spontanément de l’hépatite B en deux ou trois mois. Pour les 10% restant, elle devient chronique avec des complications, une destruction progressive du foie. Aucun traitement curatif n’existe à ce jour ; en revanche les dernières générations d’antiviraux (entécavir, ténofovir) bloquent l’évolution de la maladie dans la moitié des cas ou la font régresser, y compris au stade de cirrhose.

 À lire aussi : CONSEIL DE PHARMACIEN – Hépatite B, pourquoi se faire vacciner ?

 

Hépatite C, un traitement révolutionnaire

Elle est l’une des hépatites virales les plus fréquentes avec 232 000 personnes atteintes dont un tiers non dépisté. Chronique, elle ne présente pas de symptômes d’infection significatifs dans 60 à 80 % des cas ; parfois une fatigue permanente, un amaigrissement lui sont associés. De nos jours, le virus (VHC) se contracte principalement par le sang lors du partage de drogue par voie intraveineuse ou snif mais aussi, comme pour le VHB, avec un matériel non stérilisé. Avant 1992, lors de transfusion sanguine. Risque écarté car la sécurité transfusionnelle est assurée avec un dépistage systématique des hépatites virales chez les donneurs de sang.

« La bonne nouvelle est que l’hépatite C chronique va progressivement disparaître dans les dix ans à venir, se réjouit le Pr de Lédinghen. S’il n’existe pas de vaccin, nous disposons de médicaments très efficaces qui assurent la guérison pour tous. Les progrès ont été considérables, une vraie révolution car il y a trois ans nous n’avions rien. Par la prise d’un comprimé par jour pendant trois mois, les nouveaux antiviraux guérissent 95% des cas. » Comme ces médicaments innovants sont aussi très onéreux, ils étaient réservés aux foies les plus abîmés. La donne a changé, le ministère de la Santé a annoncé que désormais chaque malade y a droit s’il le désire, même au stade de fibrose légère. Ainsi, de 32 000 malades traités en 2014-2015, ils seront 150 000 à 180 000 à être concernés en 2016-2017.

 

Conseils de Pharmacien : VHB, VHC : l'espoir d'un contrôle mondial

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SOS Hépatites propose trois actions à mettre en place sans délai pour contrôler les épidémies d’hépatites B et C :
• La mondialisation du dépistage des produits sanguins pour éviter toute contamination transfusionnelle.
• La vaccination universelle contre l’hépatite B de tous les nouveau-nés dès la naissance et le dépistage de toutes les femmes enceintes au 3e mois de la grossesse.
• L’accès universel à des seringues propres à usage unique.

En savoir plus : www.soshepatites.org, www.hepatites-info-service.org, numéro vert 0 800 845 800

 

Hépatite D, une complication de la B

Le virus de l’hépatite D (VHD) n’infecte que les personnes déjà contaminées par le VHB, et surinfecte une hépatite B chronique. La transmission est la même que pour le VHB. Les toxicomanes et les homosexuels sont plus touchés que d’autres. L’hépatite D passe inaperçue dans la majorité des cas. Cette surinfection peut conduire à des lésions hépatiques sévères et une évolution plus fréquente vers la cirrhose.

 L’hépatite E, cousine germaine de la A

Cette hépatite aiguë devient rarement chronique. Peu fréquente, elle ne représente que 0,1 à 1 % des hépatites aiguës. Sa transmission ressemble à celle de l’hépatite A. Elle guérit dans quasi tous les cas. L’hépatite fulminante est une de ses formes graves avec atteinte du foie totale parfois mortelle.

 

Conseils de Pharmacien : Place des trod dans le dépistage des hépatites

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Ne pas se faire vacciner ou dépister constitue à la fois une perte de chance individuelle et un risque collectif. Il serait dommage de ne pas profiter du vaccin existant contre le VHB ou des nouveaux médicaments contre le VHC pour se faire soigner et ne pas transmettre à son tour le virus.

Si vous pensez avoir été contaminé, deux options s’offrent à vous : avoir recours au dépistage classique via une analyse de sang prescrite par votre médecin, ou à un Trod (test rapide d’orientation au diagnostic contre l’hépatite B ou C). Ce dépistage « hors les murs » (car utilisé par certaines associations ou des structures médico-sociales) ne nécessite qu’une goutte de sang prélevée par microponction au bout du doigt. Il ne se substitue pas aux tests biologiques de référence réalisés en laboratoire mais il permet de toucher des populations infectées, éloignées du système de soins et de les prendre en charge. 100 % des malades guéris ont accepté de se faire dépister.

 

De la cirrhose au cancer du foie, une liaison évitable 

L’alcool et les hépatites B ou C en sont les principales causes. Mais, avec l’épidémie d’obésité et de diabète, un nouveau facteur de risque est apparu : la Nash (ou stéatopathie métabolique) qui met aussi le foie à rude épreuve, y compris chez les enfants.

 

Avec près de 10 000 nouveaux cas par an, le cancer du foie est en augmentation. Pourtant il est possible de l’empêcher de se développer car il survient 8 fois sur 10 chez des personnes qui ont une cirrhose. Un Français sur 6 est potentiellement à risque d’avoir une maladie sévère du foie, soit en raison d’un consommation excessive d’alcool, soit qu’il est atteint par une hépatite virale, soit parce qu’il est obèse ou diabétique. Autant d’agresseurs contre lesquels la lutte doit s’engager pour éviter la survenue des maladies chroniques du foie. Tout en améliorant le dépistage précoce du cancer du foie chez les personnes à risque.

 Combattre les ennemis du foie

Hormis les thérapeutiques médicamenteuses et la vaccination, la prévention est le meilleur des traitements. Elle est efficace, peu coûteuse quand il s’agit d’adopter une meilleure hygiène de vie.

L’alcool par exemple : l’OMS recommande de ne pas dépasser 3 verres par jour pour les hommes, 2 pour les femmes, soit 21 ou 14 verres par semaine, ce qui est déjà beaucoup ! En respectant cette règle, on protège son foie sans pour autant se priver. Ce qui n’exclut pas de continuer à boire de l’eau !

Le syndrome métabolique est un autre ennemi du foie bien identifié. Il conduit soit directement au cancer primitif sans passer par la case cirrhose, soit à cette maladie émergente qu’est la stéatopathie métabolique surnommée aussi syndrome du foie « gras ». Non seulement les adultes sont touchés mais aussi de plus en plus les enfants et les adolescents. Surpoids ou obésité, diabète de type 2, hypertension, augmentation des triglycérides sont les causes principales du syndrome métabolique. En présence de trois des paramètres, un bilan hépatique est conseillé afin de dépister au plus tôt ce foie « gras » avant qu’il ne se dégrade.

Prévenir les maladies du foie

La prévention passe aussi par une surveillance de son poids et de sa taille abdominale, la pratique d’une activité physique régulière. Sans oublier de remplacer une alimentation trop riche en sucres, sodas et graisses saturées par une nourriture équilibrée et diversifiée, généreuse en fibres, vitamines C et E, graisses insaturées, légumes et fruits frais.

On ne sait pas encore guérir les maladies chroniques du foie. En revanche, on sait comment éviter certaines de leurs conséquences par leur dépistage précoce et à condition de modifier certains comportements. « Ce qui n’est pas toujours facile, admet le Pr de Lédinghen. Aussi je n’impose pas de régime à mes patients, leur recommandant simplement d’avoir une hygiène de vie normale et de changer les habitudes délétères pour leur foie. Pour cela nous devons les accompagner, les voir souvent – et chez ceux qui s’impliquent, les résultats sont là ! »

 

Réponses d'expert : L'échographie c'est tous les mois

Réponses d'expert : L'échographie c'est tous les mois

Pr VICTOR DE LÉDINGHEN
Unité d’hépatologie et transplantation hépatique, CHU- Bordeaux ; secrétaire général de l’AFEF (Société française d’hépatologie)

Tel est le slogan de la campagne d’information de l’AFEF qui, cette année, cible le cancer primitif du foie. Depuis 20 ans en France, alors que le pronostic du cancer du sein est devenu excellent, celui du foie n’a pas évolué, les chances de survie ne sont toujours que de 10 % à 5 ans. Avec 7 000 décès par an, il est l’un des cancers les plus mortels. Or 75 % des cancers dépistés précocement sont accessibles aux traitements curatifs et à la guérison, mais tout retard dans le diagnostic repousse les chances du patient. Les malades ayant une cirrhose sont ceux qui ont un risque élevé de développer ce cancer. Ils doivent être surveillés de près notamment par une échographie abdominale semestrielle. Notre objectif, très ambitieux, est double. Réduire la mortalité par cancer du foie en sensibilisant médecins et malades au dépistage précoce et au suivi biannuel des cirrhoses avérées (ce qui est loin d’être dans la réalité des pratiques). Interpeller les pouvoirs publics sur l’urgence de mettre en place une vraie politique de lutte contre l’apparition des maladies chroniques du foie. À cette occasion, est lancé le site grand public www.monfoie.org et la page Facebook MonFoie.

Dominique Thibaud

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