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Les maladies intestinales

Les maladies intestinales

15 septembre 2017
Même quand il n’est pas atteint de maladie inflammatoire chronique comme la rectocolite hémorragique ou de cancer, l’intestin peut être très douloureux et occasionner des troubles handicapants au quotidien.

 

Depuis trois ou quatre ans, les troubles intestinaux ne sont plus un sujet tabou. Au contraire, l’intestin intéresse tout le monde comme le montrent la floraison de livres sur le sujet et leur succès : le Charme discret de l’intestin, de Giulia Enders (éd. Actes Sud), l’Intestin, notre deuxième cerveau, du Pr Francisca Joly Gomez (éd. Marabout poche), les Bactéries, des amies qui vous veulent du bien, par le Pr Gabriel Perlemuter et le Dr Anne-Marie Cassard (éd. Solar). En partie parce qu’à cause du mode de vie et de l’alimentation modernes, les maladies intestinales sont plus fréquentes, mais aussi parce que les récentes découvertes sur le fonctionnement du système digestif sont passionnantes et enthousiasmantes.

 

Une communication entre l’intestin le cerveau qui n’est plus à démontrer

L’intestin est un organe en effet bien plus important qu’on ne le pensait. Il ne permet pas seulement de transformer les aliments en « carburant » et en éléments vitaux pour le fonctionnement de l’organisme. Les quelque 200 millions de neurones concentrés et connectés entre eux dans la n’est plus à démontrerparoi du tube digestif et les 100 000 milliards de bactéries qui le colonisent ne se contentent pas de réguler la digestion. Avec l’aide de très nombreuses cellules qui composent le système immunitaire, ils contribuent à protéger l’intestin de toutes sortes d’agressions. L’intestin est également capable d’envoyer des messages au système nerveux central, donc au cerveau, et vice versa, au point que les chercheurs l’appellent « deuxième cerveau ». On le sait du reste intuitivement, il existe des connexions entre le cerveau « du haut » et celui « du bas » et ce que l’on ressent peut retentir sur notre système digestif. Qui n’a jamais eu « la peur au ventre » en attendant le résultat d’une analyse médicale ou éprouvé le besoin irrépressible d’aller aux toilettes avant un examen ou un rendez-vous important ?

 À lire aussi : L’intestin, un organe «intelligent»

Le microbiote intestinal, des surprises à venir

Cela dit, on est loin de tout connaître de l’intestin grêle et du gros intestin (le côlon) et encore moins des multiples rôles joués par le microbiote – anciennement appelé flore intestinale – qu’ils abritent. Mais les travaux scientifiques se multiplient en France et dans le monde entier et ils nous en apprendront prochainement davantage. Aussi bien sur les rapports existant entre le psychisme et un grand nombre de troubles intestinaux que sur les liens, fortement suspectés, entre le microbiote intestinal et différentes maladies comme l’obésité, le diabète, les allergies, la maladie de Parkinson ou l’autisme.

 

Syndrome du côlon irritable ou colon paresseux ?

Dans les deux cas, les symptômes intestinaux sont pénibles et chroniques mais le syndrome du côlon irritable est particulièrement difficile à vivre au quotidien et à traiter.

 

Comme tous les organes, l’intestin peut être atteint d’affections graves. La maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, par exemple, qui bénéficient aujourd’hui de traitements plus efficaces. Et le cancer colorectal dont on compte chaque année 37 000 nouveaux cas. D’autres troubles intestinaux, à première vue peu préoccupants, sont néanmoins pénibles et méritent d’être pris au sérieux.

La constipation peut-être pénible

Tout le monde est constipé un jour ou l’autre. Quand on est malade et fiévreux par exemple et surtout en voyage. À cause des effets déshydratants de la climatisation en avion, d’une alimentation différente, du décalage horaire, de toilettes qui rebutent… L’intestin n’aime pas les changements d’habitudes. Résultat, ça bloque à la sortie. Mais ce type de constipation est occasionnel et tout rentre dans l’ordre rapidement. Certaines personnes, en revanche, sont régulièrement constipées : 15 à 35 % de la population selon les estimations. Leur intestin est paresseux pour diverses raisons. Un mode de vie inapproprié (hydratation insuffisante, alimentation déséquilibrée, stress, manque d’activités physiques…), l’âge, certains médicaments pris au long cours (antidépresseurs, opioïdes…). Les femmes sont aussi bien plus constipées que les hommes : les hormones sont souvent en cause, en particulier la progestérone qui a tendance à ralentir le fonctionnement des muscles intestinaux. Si vous avez moins de 3 selles par semaine ou si celles-ci, petites et dures, sont difficiles à évacuer, si votre ventre est souvent ballonné, vous faites partie du club !

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Réponses d'expert : le lien constipation-hémorroïdes

Réponses d'expert : le lien constipation-hémorroïdes

Dr Philippe Godeberge
Gastro-entérologue et coloproctologue, Institut Montsouris, Paris*

La constipation est le facteur déclenchant principal des hémorroïdes, une malade bénigne certes, mais il faut se méfier de ce diagnostic… En cas de saignement, il est indispensable d’avoir une analyse médicale tenant compte de vos symptômes, de votre âge et de vos antécédents. Il vaut mieux 5 minutes de gêne que 6 mois de chimiothérapie. En dehors des hémorroïdes, il existe en effet beaucoup d’autres pathologies pouvant atteindre l’anus (polype, tumeur du rectum…). En pratique, plus de la moitié des symptômes hémorroïdaires disparaissent chez les patients auxquels on conseille de bien prendre en charge leur transit… La chirurgie ne concerne, ou ne devrait concerner, pas plus de 5 % des maladies hémorroïdaires. Si celle-ci s’impose, il existe désormais des techniques mini-invasives (par des petites incisions de l’ordre d‘un centimètre) qui permettent de minimiser les séquelles et la douleur. Combien de fois n’entend-on pas en consultation post-opératoire : « si j’avais su, je l’aurais fait plus tôt »…

* Co-auteur de Qu’est-ce que tu as dans le ventre ?, éd. Hachette, 2017.

 

La colopathie fonctionnelle, une pathologie difficile

Bien plus handicapant, le syndrome de l’intestin irritable (SII), également appelé syndrome du côlon irritable ou colopathie fonctionnelle, est une affection chronique multifactorielle : hypersensibilité viscérale, inflammation et rupture de l’équilibre du microbiote notamment. Pour être sûr du diagnostic, il faut ressentir des douleurs abdominales (spasme, pesanteur, inconfort, distension) au moins une fois par semaine depuis trois mois ou plus, associées à des modifications de la défécation (constipation, diarrhées ou alternance des deux). L’intensité et la durée des crises varient selon les personnes mais, en moyenne, leur fréquence est de 5,4 par mois. « Les personnes atteintes – des femmes surtout – souffrent réellement et leur quotidien est très pénible, et pourtant les examens ne montrent rien d’anormal, d’où une incompréhension des proches et parfois un manque d’empathie des médecins… », explique le Pr Jean-Marc Sabaté, gastro-entérologue à l’hôpital Avicenne, Bobigny. Souvent, ces personnes ont, il est vrai, un profil anxieux qui joue sans doute un rôle mais c’est un cercle vicieux : plus elles ont mal, plus elles sont stressées et anxieuses… et plus elles souffrent.

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À savoir

À savoir

Les petites hernies appelées diverticules qui se forment dans la paroi de l’intestin sont surtout dues à une alimentation pauvre en fibres et à l’âge. À 80 ans, 1 Français sur 2 en a, au point que les médecins les appellent « rides du côlon ». Mais on ne sait pas toujours qu’on en a, d’où l’inquiétude en cas de diverticulite, c’est-à-dire de perforation microscopique, imprévisible, au fond de ces petites hernies qui entraîne une infection. Douleur sur le côté gauche de l’abdomen et pesanteur intenses et persistantes, souvent accompagnées de fièvre ?… Il faut consulter ou aller aux urgences car il faut traiter, en général avec des antibiotiques et mise au repos de l’intestin avec un régime sans résidus. En cas d’abcès ou de péritonite diffuse, place à la chirurgie. En revanche, pas de régime en dehors d’une poussée inflammatoire. Les conseils préventifs consistant à ne manger que des légumes cuits sans pépin et à supprimer les fruits à grains au prétexte que le moindre grain va se loger dans un diverticule et provoquer un trou n’ont pas de sens. Cela dit, en cas de colopathie fonctionnelle associée, il faut surveiller son alimentation, mais c’est différent.

 

 

L’alimentation, c’est primordial pour lutter contre les troubles intestinaux

Pour lutter contre les troubles de l’intestin les plus fréquents et, mieux, les prévenir, le premier remède est souvent un changement ou un ajustement de l’alimentation. C’est logique.

 

En cas de constipation « d’exonération » – l’expulsion des selles est impossible à cause de modifications anatomiques liées à l’âge ou aux accouchements – manger davantage de fibres ne sert à rien, au contraire. En revanche, c’est ce qu’il faut faire si l’intestin est paresseux.

Des fibres et de l’eau

Mais quelles fibres ? Les fibres solubles dont sont riches fruits rouges, agrumes, pommes, courgettes, asperges, lentilles, avocats… attirent l’eau et augmentent le volume des selles. Hydratées et moins dures, celles-ci glissent mieux tout au long de l’intestin. Les fibres insolubles qui font en général partie de l’enveloppe des végétaux (blé entier, riz brun, boulgour, brocoli, pois cassés, fruits séchés pruneau en tête…) accélèrent le transit. En fait, il faut les deux, sans excès toutefois, et boire tout au long de la journée.

Les fodmaps accusés

Pour le syndrome de l’intestin irritable, c’est plus difficile car plusieurs causes sont intriquées dont la composante psy. Mais aujourd’hui, les sucres fermentescibles (FODMAPS), présents dans de très nombreux aliments (fruits, légumes, céréales, sodas, jus de fruits, chewing-gum, bonbons…) sont incriminés. Pas question de les supprimer mais de les réduire. On peut, en plus, prendre un nouveau probiotique (Bifidobacterium infantis 35624) pour améliorer les symptômes.

Régime végétalien ou vegan : gare !

Le passage d’un régime omnivore à un régime végétarien (qui tolère œufs et produits laitiers) et surtout à un régime végétalien est difficile pour les intestins. Le régime végétalien – appelé à tort végan qui désigne un mode de vie excluant en plus les produits d’origine animale comme le cuir – proscrit viandes, poissons, crustacés, coquillages, produits laitiers, œufs, miel, et se compose uniquement de céréales, légumineuses, graines, fruits et légumes, huiles, épices, sel, sucre. L’excès de légumes, fruits et céréales entraîne ballonnements importants, douleurs abdominales, troubles, fermentations intestinales, flatulences…

Le « sans gluten », une mode ?

Ballonnements, douleurs abdominales, diarrhée, constipation peuvent être dus à une intolérance au gluten, appelée maladie cœliaque, une maladie immunitaire touchant 2 % de la population qu’un test sanguin peut diagnostiquer. Dans ce cas, le seul traitement efficace est une alimentation sans gluten, une protéine contenue dans les céréales. D’autres personnes présentent des symptômes voisins et se sentent mieux en suivant un régime sans gluten sans pour autant avoir de maladie coeliaque. Mais on assiste depuis quelques années à une mode du « sans gluten » qui va trop loin. Seul point positif de cet engouement : les « vrais » intolérants au gluten trouvent maintenant beaucoup de produits sans gluten.

 

En savoir +

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Livres :

  • Le syndrome de l’intestin irritable (50 recettes & 150 variantes), Mélanie Duféey, éd. Hachette, coll. Bien-être, 2017.
  • Bien nourrir notre intestin (recommandations et recettes), Pr Francisca Joly Gomez et Isabel Gomez Dubest, éd. Marabout, 2016.

Associations :

  • Association de patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable, www.apssii.org.
  • Association française des intolérants au gluten, www.afdiag.fr.

 

Evelyne Gogien

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