MA PEAU EST UNE PRISON
Jane Birkin : « J’ai une confiance aveugle en la médecine d’aujourd’hui ! »

Jane Birkin : « J’ai une confiance aveugle en la médecine d’aujourd’hui ! »

10 novembre 2018

Actuellement sur les routes avec la tournée Gainsbourg symphonique, Jane Birkin publie aujourd’hui Munkey Diaries, un journal intime adressé à son singe en peluche. Rencontre – entre grâce et émotion.

 

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire ce journal intime ?

Toute jeune déjà, ma mère m’avait encouragée à écrire un journal. Vers l’âge de 12 ans, ma sœur m’a offert un carnet dans lequel, le soir, je notais tout ce qui me rendait heureuse ou malheureuse. Cela me permettait de m’estimer et de mieux dormir ensuite. Je l’adressais à Munkey, mon confident, un singe en peluche habillé en jockey qui a dormi à mes côtés, partageant la mélancolie de l’internat, les lits d’hôpitaux et ma vie avec John Barry, Serge Gainsbourg, Jacques Doillon. Il a été le témoin de toutes les joies et toutes les tristesses, doté d’un pouvoir magique. Par la suite, j’ai décidé de faire une sorte d’autobiographie avec des anecdotes qui me sont revenues à l’esprit en relisant ces notes.

Quel effet cela vous fait-il de le relire ?

Au départ, je n’écrivais pas pour être lue donc je ne m’autocensurais pas. Il y a un an, quand je l’ai relu, j’avais une trouille bleue que cela sorte. J’avais peur de décevoir les gens. Et puis tout d’un coup, je me suis dit que si je faisais des commentaires entres les différents épisodes de mon journal, ce serait mieux. Je me suis laissée prendre au jeu. Il me semble flagrant qu’on ne change pas. Ce que j’étais à 12 ans, je le suis encore aujourd’hui. Le manque de confiance, la jalousie, mon envie de plaire. Je comprends mieux pourquoi mes amours n’ont pas résisté…

Qu’est devenu votre singe en peluche ?

Je l’ai déposé à côté de Serge dans le cercueil où il reposait, tel un pharaon, afin que Munkey le protège dans l’après-vie. Mon singe est, lui, immortalisé sur la pochette de l’album Melody Nelson. Le journal Munkey Diaries regroupe les années 1957 à 1982. Un second journal sortira l’année prochaine et comprendra les années 1983 à 2013 qui correspond à la mort de ma fille Kate. Là, j’ai décidé de l’arrêter complètement.

Vous êtes actuellement en tournée avec Gainsbourg symphonique ?

Suite à la sortie de l’album Birkin/Gainsbourg, le symphonique dans lequel je reprends les plus grands tubes de Serge, j’ai entrepris une tournée mondiale intitulée Gainsbourg symphonique. Partout où nous passons, la musique de Serge transmet une émotion à couper le souffle. Je me sens le messager des belles paroles de Serge et je me sens forcément protégée. Curieusement, je pense que l’on entend mieux les mots dans cette version-là. Pour la plupart, ce sont des chansons que Serge m’a écrites lorsque je suis partie et ce sont mes favorites. Certaines comme les Dessous chics, Fuir le bonheur de peur qu’il ne se sauve ou Amour des feintes sont en quelque sorte une réponse aux questions que je me pose dans mon journal. Ces poèmes, notamment Lost Song, sont d’une très grande élégance sur la séparation. Serge chante ses douleurs et ses sentiments à lui. C’est autre chose que Ex-fan des sixties. Il y a une densité de tragédie personnelle et de beauté des paroles. Quand je chante ces chansons, j’ai l’impression d’être lui.

Vous avez participé à de nombreuses actions humanitaires. Lesquelles vous ont le plus touchée ?

J’ai été marraine du Téléthon en 2001. Je me suis investie pour Amnesty International et j’ai participé également plusieurs fois au concert des Enfoirés. Je soutiens La Maison de Kate – fondée par Kate Barry, ma fille, et gérée par l’association Aurore –, qui accueille des personnes dépendantes aux produits psychoactifs. Aujourd’hui, les actions qui me tiennent le plus à cœur sont celles que je n’ai pas encore faites. Je suis horriblement mal à l’aise devant l’accueil des migrants. Je trouve que les Allemands leur ont donné les moyens pour apprendre la langue, l’histoire de l’art (pass gratuit pour le festival du film de Berlin) avec la sensation qu’ils vont rester pour toujours. La surpopulation dans les prisons me touche beaucoup. Comment trouver la bonne solution ? Le sort que l’on réserve aux animaux m’attriste. On devrait mettre des caméras dans les abattoirs.

Êtes-vous prévoyante pour votre santé ?

Je suis très vigilante au sujet de ma voix. C’est le désespoir des chanteurs. Je prends du miel avec du thym mais il m’arrive de prendre des choses beaucoup plus radicales : cortisone et antibiotiques parce que j’ai une forte grippe et que cela fait une semaine que cela dure. Sinon, en général, je ne fais pas très gaffe ! Quand la maladie vous tombe dessus, chacun réagit à sa manière. Lorsque j’ai appris que j’étais atteinte d’une leucémie, pendant des mois, les couloirs des hôpitaux ont fait partie de mon quotidien. Je tiens d’ailleurs à remercier le corps médical. Il a fait un fabuleux travail. J’ai une confiance aveugle en la médecine d’aujourd’hui et je n’ai jamais eu peur des cliniques et des hôpitaux. Le système médical français est reconnu dans le monde entier car chez vous la médecine est à la portée de tous. Je soutiens les infirmières à fond car elles rendent l’hôpital le plus humain possible. Si le Louvre – cela a été réalisé à Avicenne, mon hôpital préféré – pouvait faire une copie de tous ses tableaux (Goya, Rembrandt, Picasso…) pour tapisser les murs des hôpitaux, cela égayerait le quotidien des malades. Des professeurs à la retraite pourraient venir dans les chambres pour parler des peintres en question aux malades. Une fois guéris, ceux-ci auraient envie de visiter les musées. Il faudrait aussi mettre des copies de statues afin que les gens puissent les toucher. C’est un apaisement que de pouvoir toucher l’art du bout de ses doigts.

Avez-vous des astuces pour rester en forme ?

Quand je suis en tournée et qu’il m’arrive de chanter du jour au lendemain dans des endroits très éloignés géographiquement, je me couche tard mais, comme je suis insomniaque, ce n’est pas grave. Cela correspond à ma nature et je ne veux pas la contrarier. Quand je ne suis pas en tournée et que je peux me le permettre, je m’assomme ! Dormir, c’est pour moi le meilleur des remèdes !

Surveillez-vous de près votre alimentation ?

Cela dépend des périodes. Je n’ai pas très faim en ce moment. Je me pousse à manger mais je ne suis pas un très bon exemple. J’aime faire la cuisine pour mes filles et pour les gens que je reçois à la maison. Bien les nourrir m’apporte une grande satisfaction. Toutefois, si je fais des excès, le lendemain c’est soupe de légumes et tisane. J’ai suivi, il y a une vingtaine d’années, la méthode Clémenceau [NDLR : une méthode de remise en forme] mais j’ai dû arrêter car je me suis cassé cinq vertèbres en tombant dans l’escalier. Aujourd’hui, mon dos est bloqué et je ne peux plus faire ces exercices de musculation indispensables. Le Pilates fait certainement beaucoup de bien.

Le fait de vieillir vous inquiète-t-il ?

À 37 ans, j’avais peur d’avoir dix ans de plus. Aujourd’hui, à 71 ans, la trouille n’existe plus. Je me sens soulagée. Tant que l’on reste curieux, on est bien vivant. La curiosité est une motivation qui n’a pas d’âge. Je ne suis pas toujours très sûre de mon chemin mais le fait de pouvoir soutenir les autres m’aide à avancer. Je me rends compte tout de même de ma chance d’être toujours là !

À lire

À lire

Munkey Diaries, le premier journal intime de Jane Birkin, aux éditions Fayard. Il regroupe la période entre 1957 et 1982. Un second volet sortira en 2019.

 

Propos recueillis par Didier Galibert

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