DEPRESSION

Une inflammation du cerveau responsable de la dépression

01 juin 2017
Face à l’inefficacité des antidépresseurs chez certains patients, les scientifiques évoquent une piste inflammatoire qui causerait la dépression, causant une révolution dans le monde de la psychiatrie.

 

C’était le thème de la Journée Mondiale de la Santé qui s’est déroulée le 7 avril 2017 : l’OMS estime que la dépression devrait devenir, à horizon 2020, la deuxième cause de mortalité et de handicap dans le monde… Aujourd’hui, plus de 350 millions de personnes souffrent de dépression, et les scientifiques estiment qu’une personne sur cinq fera un jour ou l’autre un épisode dépressif.

 

Depuis la découverte des premiers antidépresseurs, dans les années 1950, les traitements proposés visent à augmenter le taux de sérotonine dans le cerveau. Si les effets secondaires de ces thérapies ont été peu à peu maîtrisés, un tiers des patients dépressifs ne répondent pas à ces médicaments, et ceci de manière constante depuis que des études sont menées.

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Découverte de la piste inflammatoire provoquant la dépression

Les travaux de Robert Dantzer, neurobiologiste et ancien directeur de recherche à l’INRA, ont mis en évidence un lien entre dépression et inflammation. Il est parti du constat que les symptômes de la dépression (fatigue, perte d’intérêt, de plaisir, ralentissement psychomoteur…) étaient identiques à ceux provoqués par un épisode inflammatoire dans le corps, comme une grippe.

Poussant le raisonnement plus loin, il a observé, chez des patients cancéreux soumis à une immunothérapie stimulant leur système immunitaire, l’apparition de symptômes de dépression après plusieurs semaines de traitements.

En travaillant sur des souris pour comprendre ce qui provoquait cette transition de la maladie à la dépression, Gantzer et son équipe ont découvert que le cerveau répondait à l’inflammation par la production de facteurs neurotoxiques, qu’il suffisait de bloquer pour stopper les symptômes dépressifs.

Ces travaux ont ouvert la voie à une nouvelle branche de la psychiatrie : l’immunopsychiatrie, qui considère que les dépressions résistantes aux traitements agissant sur la sérotonine pourraient être causées par une inflammation du cerveau.

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La dépression : une maladie inflammatoire comme une autre ?

Les scientifiques s’accordent sur ce point : l’inflammation responsable de la dépression n’a rien à voir avec les inflammations spectaculaires et de courtes durées d’autres maladies. Ce type d’inflammation de faible intensité, qui peut durer toute une vie avec des hauts et des bas, est difficile à détecter, ce qui explique sa découverte tardive. On la repère en mesurant de très fines variations de la protéine C réactive, l’un des marqueurs de l’inflammation. Cette découverte permet d’envisager des traitements qui diminuent l’inflammation responsable de la dépression, une véritable révolution dans la manière d’appréhender la maladie chez les patients non réactifs à la sérotonine.

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Les mécanismes de la dépression inflammatoire

Les chercheurs se sont intéressés à la mastocytose, une maladie orpheline qui consiste en la prolifération de cellules immunitaires. Une étude a montré que 50% des malades de la mastocytose souffrent de dépression, et ce n’est pas un hasard. L’hyperactivité des mastocytes provoque la libération d’un taux élevé d’acide quinolique, un composé neurotoxique. Lorsqu’on administre aux patients un anesthésique bloquant les effets nocifs de cet acide sur le cerveau, les symptômes dépressifs s’atténuent fortement.

Un autre mécanisme peut expliquer les dépressions inflammatoires. Les cytokines sont des cellules du système immunitaire qui servent à déclencher l’alarme conduisant à l’inflammation ou à stopper l’alarme. Une analyse1 parue dans une revue psychiatrique scandinave a montré un lien étroit entre le taux élevés d’un type de cytokines et l’apparition d’une dépression.

 

Les traitements possibles de la dépression inflammatoire

Ces découvertes ouvrent la voie à de nouvelles approches pour détecter et soigner la dépression. Il sera peut-être bientôt possible de chercher via un bilan sanguin les signes d’une inflammation de bas grade chez les personnes consultant pour dépression, et d’envisager un traitement basé sur de simples anti-inflammatoires comme l’aspirine, ou des anticorps anticytokines. Robert Dantzer a même évoqué la possibilité de développer un jour un vaccin préventif contre la dépression. Ces perspectives sont un formidable espoir pour les 30% de patients insensibles au traitement par sérotonine, et laissent présager de nouvelles formes de dépistage.

 

1 – Acta Psychiatrica Scandinavica

 

Clémentine Garnier

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