Infertilité : le parcours des combattants

Infertilité : le parcours des combattants

12 mars 2021
Pour les couples qui n’arrivent pas à avoir d’enfant, les examens, les traitements ou les essais de PMA sont des épreuves. Mais très vite oubliées quand elles sont couronnées de succès… 

 

Infertilité ou stérilité ? Ce n’est pas tout à fait pareil. L’infertilité correspond à des difficultés à concevoir un enfant alors que la stérilité est l’inaptitude à concevoir, porter et donner naissance à un enfant. Les médecins parlent d’infertilité quand le couple ne parvient pas à avoir un enfant au bout de 12 à 24 mois (selon les cas) malgré des rapports sexuels réguliers et en l’absence de toute contraception. Et de stérilité définitive après plusieurs tentatives ratées de PMA (procréation médicalement assistée). Les statistiques montrent que ces problèmes sont fréquents, de plus en plus fréquents même. En France, 1 couple sur 6 consulte durant sa vie pour une question d’infécondité – contre 1 couple sur 7 il y a seulement 6 ans. 24 % d’entre eux ne parviennent pas à concevoir après un an sans contraception et 8 % au bout de deux ans. Au début, les couples patientent et « font des efforts », notamment au meilleur moment du cycle… quitte parfois à rendre difficiles les ébats sur commande et à perturber la sexualité. Ensuite, ils s’interrogent (à cause de quoi ? à qui la faute ?) et consultent pour savoir et chercher des solutions.

Responsabilités partagées

Il n’y a pas si longtemps, quand un couple n’arrivait pas à engendrer une descendance, la « faute » en revenait forcément à la femme. Comme s’il ne fallait pas mettre en doute la virilité de l’homme, laquelle n’a pourtant rien à voir avec la fertilité. On sait aujourd’hui que l’impossibilité biologique de procréer est, en fait, équitablement répartie entre les hommes et les femmes. Par ailleurs, selon une équipe de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), la cause est double, c’est-à-dire féminine et masculine, pour 4 couples inféconds sur 10. D’autres chercheurs estiment à 20 ou 30 % la proportion de cas d’infertilité dont l’origine est mixte ou combinée entre les deux partenaires. Quel que soit le chiffre exact, cette coresponsabilité, loin des clichés, est rarement évoquée.

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La PMA comme recours

Le recours aux différentes méthodes de procréation médicalement assistée – stimulation ovarienne, insémination artificielle avec ou sans donneur, fécondation in vitro (FIV), injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI) – a énormément augmenté depuis la naissance du premier bébé-éprouvette, Amandine, en 1982. Selon l’Institut national d’études démographiques (Ined), en 2019, 400 000 enfants auront ainsi été conçus par une technique de PMA. L’an dernier, 1 nouveau-né sur 30 était issu d’une PMA. Mais ce recours n’est pas toujours nécessaire. Les causes d’infertilité sont multiples et variées et beaucoup peuvent être combattues plus simplement.

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Chez la femme : d’abord chercher la cause

Tous les gynécologues le répètent aux jeunes femmes : « n’attendez pas trop pour avoir des enfants ». Mais une carrière professionnelle à mener ou, au contraire, le chômage, des moyens financiers insuffisants, freinent la décision. L’horloge biologique tourne plus vite qu’on ne le croit : le nombre d’ovules disponibles diminue peu à peu avec les années. Alors que la probabilité d’être enceinte à chaque cycle est de 25 % à 25 ans, elle n’est déjà plus que de 12 % à 30 ans ; et, à 35 ans, la chute s’accélère pour descendre à 6 % à 40 ans. L’âge est ainsi le principal facteur limitant de grossesse. Mieux vaut donc y songer avant 35 ans…

Conseils de pharmacien

Conseils de pharmacien

• L’acide folique (ou vitamine B9) est « la » vitamine pré-grossesse par excellence. Chez la femme, il participe au bon déroulement des cycles menstruels et de l’ovulation et augmente les chances de tomber enceinte. Et chez l’homme, il augmente la concentration des spermatozoïdes et leur qualité. Les capsules, gélules et sachets Oligobs Procréa (laboratoire CCD) en contiennent à la bonne dose, associé à d’autres vitamines, oligoéléments, acides aminés et acides gras oméga 3. Les capsules molles et sachets Conceptio (laboratoire des Granions) aussi, plus d’autres vitamines, du zinc, du sélénium et des oméga 3. Ces deux compléments alimentaires ont deux formules, homme et femme.

• En cas d’endométriose, un complément alimentaire (Endometix) à base de PEA (acide gras anti-inflammatoire et antidouleur), acide aminé, resvératrol, zinc, sélénium et vitamines dont la B9 vise à la fois à réguler le cycle menstruel et améliorer la fertilité.

 

Trompes bouchées

Les troubles de l’ovulation (absence d’ovulation en milieu de cycle, ovulations rares) sont également fréquents. À cela plusieurs causes que le médecin recherchera, notamment en cas de règles irrégulières : de multiples kystes sur les ovaires ou une insuffisance ovarienne. Viennent ensuite les troubles hormonaux, provoqués par la prise de certains médicaments (neuroleptiques, morphine…) ou quelques maladies comme l’insuffisance rénale chronique, l’hypothyroïdie, une tumeur de l’hypophyse.

Mais ovuler correctement ne suffit pas pour espérer concevoir. Les trompes, normalement chargées d’« attraper » l’ovule libéré au moment de l’ovulation puis de transporter les spermatozoïdes vers l’ovule et de conduire l’ovule fécondé jusqu’à l’utérus, peuvent être endommagées ou bouchées. Le plus souvent à la suite d’une infection sexuellement transmissible (gonorrhée, chlamydiose), parfois d’une intervention chirurgicale. Autre cause possible de difficultés : une anomalie du col de l’utérus, par exemple après une opération qui peut modifier la production ou la qualité de la glaire cervicale indispensable pour la pénétration des spermatozoïdes. La présence d’un ou plusieurs fibromes ou de polypes peut, quant à elle, gêner l’implantation de l’embryon et augmenter ainsi le risque de fausse couche.

Ou inflammation de la muqueuse utérine ?

L’endométriose, qui touche environ 10 % des femmes de l’adolescence à la ménopause (soit 1,5 à 3 millions), est responsable d’un grand nombre d’infertilités. Ce n’est pas systématique mais on estime que 40 % au moins des femmes infertiles souffrent d’endométriose. Comme son nom le suggère, c’est une maladie inflammatoire chronique douloureuse qui touche l’endomètre (la muqueuse utérine) mais elle déborde aussi à l’extérieur de la cavité utérine. Sa cause n’est pas encore clairement établie mais les recherches en cours devraient aider à l’identifier. En attendant, des traitements hormonaux permettent, en supprimant les règles, de soulager les douleurs mais ce n’est pas la solution quand on veut justement un enfant…

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Réponses d'expert : l’endométriose, première cause d’infertilité féminine

Réponses d'expert : l’endométriose, première cause d’infertilité féminine

Dr Nathalie Chabbert-Buffet,
Endocrinologue, médecin de la reproduction (Centre expert en endométriose Sorbonne Université)

Au cours du cycle féminin, l’endomètre (la muqueuse qui tapisse l’utérus) s’épaissit en vue d’une potentielle grossesse. S’il n’y a pas fécondation, elle se désagrège, ce qui provoque les saignements en fin de cycle (les règles). Dans les cas d’endométriose, du tissu semblable à cette muqueuse se greffe en dehors de l’utérus, sur les organes génitaux, et parfois sur les parois de la vessie ou du tube digestif. Or, ce tissu se comporte comme à l’intérieur de l’utérus : il se désagrège pour créer des saignements. La douleur est si forte que les médicaments classiques comme l’ibuprofène n’ont aucun effet… L’endométriose peut provoquer des lésions, des adhérences et abîmer les ovaires jusqu’à créer des kystes. Conséquence directe : une difficulté à devenir enceinte. Par ailleurs, le tissu endométrial peut se greffer au niveau de la trompe de Fallope, l’endommager, et ainsi empêcher un éventuel embryon de redescendre dans l’utérus.

 

Hormones et chirurgie

Pour trouver la ou les causes d’infertilité féminine, des examens sont évidemment nécessaires : frottis, dosages hormonaux, échographie, laparoscopie, etc. Les solutions thérapeutiques proposées en dépendent. La FIV ou l’insémination artificielle ne sont pas toujours des solutions adaptées. Selon les cas, les spécialistes peuvent proposer des traitements médicamenteux pour stimuler l’ovulation ou bien une intervention chirurgicale sous cœlioscopie. Par exemple pour déboucher les trompes, libérer des adhérences pelviennes ou traiter des lésions d’endométriose. Et au niveau de l’utérus, pour traiter des cloisons utérines ou des fibromes. Le succès n’est pas toujours au rendez-vous mais le jeu en vaut la chandelle…

 

Les hommes aussi

Des travaux menés dans des centres de la fertilité confirment de précédents rapports faisant état d’une baisse globale de la fertilité masculine : le sperme est de moins bonne qualité. Selon une étude réalisée sur un échantillon de 43 000 hommes issus d’une cinquantaine de pays, le nombre total de spermatozoïdes mobiles et leur concentration par millilitre de sperme ont diminué de moitié en près de 40 ans et cette baisse s’est accélérée depuis une douzaine d’années. Leur motilité, autrement dit leur capacité de nage, est également en constante diminution.

À savoir

À savoir

Le Spermtest Exacto (de Biosynex) permet d’évaluer la concentration en spermatozoïdes dans le sperme à partir de la protéine SP10 exprimée dans leur tête, et ainsi d’estimer sa fertilité. Simple d’utilisation, rapide (résultats en 5 à 10 minutes) et fiable à 98 %. Il est disponible en pharmacie sans ordonnance, mais ne dispense pas d’une consultation et d’un spermogramme en laboratoire d’analyse hospitalier. C’est une première démarche en cas de difficultés à concevoir, pas un diagnostic.

 

Une véritable enquête

Selon l’Inserm, l’ampleur de cette dégradation de la santé reproductive masculine n’est pas suffisante à elle seule pour faire aujourd’hui baisser la fécondité en France mais elle semble avoir entraîné une augmentation du nombre de couples ayant recours à la PMA. D’où l’intérêt de faire systématiquement un spermogramme pour commencer l’enquête. Celui-ci ne suffit cependant pas toujours car, dans certains cas, l’infertilité est génétique. Un tout nouveau test biologique permet d’identifier les gènes impliqués et ainsi d’orienter les couples directement vers la solution adaptée (don de sperme ou adoption) en leur évitant examens inutiles et traitements inadaptés, mais cet outil diagnostique coûteux n’est pas encore remboursé.

Les autres causes d’infertilité masculine sont plus connues. Une varicocèle, autrement dit une dilatation des veines des testicules qui fait monter localement la chaleur et altère la fabrication des spermatozoïdes. Dans ce cas, il suffit d’obstruer (en ambulatoire et sous anesthésie locale) les veines dilatées. Un déséquilibre hormonal (insuffisance de testostérone) influant sur la qualité des spermatozoïdes. Ou bien une infection ancienne (oreillons, IST) ayant endommagé les canaux déférents par où passe le sperme. Les traitements anticancéreux peuvent aussi rendre infertile. L’abus de substances toxiques (drogues, tabac, alcool) aussi. Mais les causes sont souvent multiples.

Mode de vie et environnement en cause

Mode de vie et environnement en cause

Les causes connues d’infertilité n’expliquent pas l’augmentation des consultations de couples pour des problèmes de fécondité observés dans les pays occidentaux. De plus en plus d’études montrent que d’autres facteurs qui tiennent à notre mode de vie influencent la santé reproductive masculine et féminine. Le surpoids et l’obésité, de plus en plus fréquents dans nos sociétés d’abondance, mais aussi le stress chronique. L’organisme détectant une menace l’interprète comme une mauvaise période pour concevoir un enfant. L’hypothalamus, une région du cerveau qui intervient, entre autres, dans la régulation des cycles menstruels, est perturbé. D’où, chez la femme, des périodes d’aménorrhée (absence de règles) et, chez l’homme, une baisse du nombre de spermatozoïdes et de leur mobilité. L’environnement joue également un rôle : nous sommes de plus en plus exposés à des substances chimiques nocives, en particulier aux perturbateurs endocriniens qui altèrent le sperme.

 

Info

Info

• Cures thermales : Des soins spécifiques dans des stations axées sur la gynécologie pour mettre toutes les chances de son côté : Salies-de-Béarn (Pyrénées-Atlantiques), Luxeuil-les-Bains (Haute-Saône), Salies-du-Salat (Haute-Garonne).

• Une appli gratuite en cas d’endométriose : Parce que chaque endométriose est différente, l’appli Follow Metrios (laboratoire Densmore) a été conçue comme un carnet de suivi individualisé et un espace de conseils et d’informations. Elle permet d’évaluer la douleur et la qualité de vie pour mieux adapter la prise en charge. Et on peut envoyer ses données aux médecins, ce qui facilite les échanges.

Evelyne Gogien

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