Douleurs lombaires : tous concernés

Douleurs lombaires : tous concernés

14 janvier 2022
Soutenant une part importante du poids corporel, le bas du dos est une zone du corps particulièrement sollicitée au quotidien. Son éventuelle fragilité est à relier à plusieurs facteurs de risque.

 

Selon une enquête de Santé publique France réalisée entre le 8 juin et le 8 juillet 2020, 10 % des personnes interrogées ont déclaré avoir connu une lombalgie pendant le premier confinement, alors qu’elles avaient été épargnées jusque-là. L’incidence de la lombalgie était environ deux fois et demie plus importante chez les travailleurs qui avaient été nouvellement placés en télétravail – et ne disposant pas forcément d’un poste de travail ergonomique à leur domicile.

Facteurs de risque

Parmi les facteurs de risque figure, en tête de liste, la sédentarité. « Elle entraîne une diminution majeure des performances musculaires, notamment au niveau des muscles qui stabilisent la colonne vertébrale. Elle augmente la survenue de lombalgie et de pathologie discale », explique le Pr François Rannou, rhumatologue et médecin de médecine physique et de réadaptation à l’hôpital Cochin. Sont également incriminés le surpoids et, plus largement, nos mauvaises habitudes (comme une position assise inappropriée maintenue toute la journée), sans oublier le stress et l’anxiété, susceptibles d’engendrer des tensions musculaires jusqu’à bloquer complètement le dos au niveau des lombaires.

Bouger, le minimum syndical

Selon le site lombalgie.fr, 70 % d’entre nous, âgés entre 20 et 90 ans, souffriront, au moins une fois dans notre vie, de douleurs lombaires. Un pourcentage qui laisse entendre que personne, quel que soit son âge, n’est à l’abri. Le rachis lombaire désigne la partie de la colonne vertébrale située en bas du dos, juste au-dessus du sacrum. Cette zone mobile, constituée d’un empilement de cinq vertèbres articulées entre elles grâce aux disques intervertébraux qui servent d’amortisseurs, peut devenir le siège de nombreux maux, plus ou moins douloureux, ponctuels ou chroniques : lumbago, lombalgie chronique, lombosciatique, lombocruralgie… Au quotidien, certaines postures et pratiques sportives aideront à préserver le bas du dos. Car, ce qu’il faut retenir, c’est que le mouvement – et plus largement l’activité physique – est l’antidote parfait au mal de dos (sauf si la douleur est intolérable). Bouger est le minimum syndical pour faire reculer un épisode de lombalgie : « La majorité de ceux qui ont mal présentent un déconditionnement plutôt qu’une surutilisation du dos », résume Frédéric Srour, kinésithérapeute et ergonome.

Télétravail : les bons réflexes

Télétravail : les bons réflexes

• S’aménager un vrai espace de travail qui comprend un bureau d’une hauteur adaptée et une chaise compatible. Lorsqu’on reste trop longtemps en position assise ou que le siège est trop bas, le dos et le bassin s’enroulent : la courbure de la région lombaire s’inverse. Une position qui ne doit pas être maintenue trop longtemps, car elle favorise l’apparition d’un inconfort, voire d’une douleur, et minimise l’activité musculaire du dos et des abdominaux.
• Se redresser régulièrement sur son siège, comme suspendu par un fil accroché au sommet du crâne. Cet « autoagrandissement » fait travailler les muscles posturaux profonds.
• Ne surtout pas rester immobile toute la journée ; se lever et bouger régulièrement.

 

Lombalgies : des causes multiples

Régulièrement présenté comme le « mal du siècle », le mas de dos prend des tonalités diverses selon son origine et le contexte dans lequel il surgit. Communément appelé « tour de reins », le lumbago (ou lombalgie aiguë) se caractérise par une douleur subite et brutale survenant dans le bas du dos qui s’accompagne d’une incapacité de mouvement. Cette affection commune et temporairement invalidante est généralement due à un facteur déclenchant – comme une mauvaise position prolongée, un faux mouvement ou un effort important – et traduit un problème mécanique du rachis lombaire. Un mal pour un bien, pourrait-on ajouter : « Cette immobilisation nous protège et reflète une souffrance à l’intérieur de la colonne vertébrale », indique le Dr Charley Cohen, rhumatologue*.

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Lésions bénignes

La plupart du temps, cette lombalgie aiguë correspond à des lésions ligamentaires, articulaires ou discales bénignes. Généralement, elle disparaît d’elle-même en quelques jours (moins d’une semaine). Si, bien évidemment, il est conseillé de se reposer en phase aiguë, la consigne est de continuer à bouger et de « reprendre une activité progressive », précise le Dr Charley Cohen. Une lombalgie n’est pas nécessairement brutale ; elle se manifeste alors par une douleur localisée dans le bas du dos, qui peut devenir chronique (au-delà de trois mois) dans moins de 5 % des cas. Et être liée à un lumbago mal traité, à des disques vertébraux abîmés, en l’absence d’une activité physique. Cette chronicité est parfois rattachée à des difficultés personnelles (stress excessif, dépression…). Cependant, il n’y a pas toujours d’explication à donner à cette douleur rebelle, qui pourra aussi être « projetée », c’est-à-dire venir d’ailleurs en irradiant dans la région lombaire (fibrome utérin qui comprime le petit bassin ou calcul rénal, par exemple).

Coaching à domicile

Coaching à domicile

Développée par l’Assurance maladie, l’appli Activ’Dos propose, sous forme d’animations, de courts exercices (musculation, étirement, relaxation) adaptés à chaque profil, selon l’état de son dos, sa condition physique et son âge. Pour les plus motivés, il est possible de programmer une séance de sport complète composée de plusieurs exercices à la suite, choisis en amont. En sus, des infos clés et la liste des équipements sportifs à proximité.

 

Quand la douleur descend dans la jambe

Ce n’est pas exactement la même histoire lorsque à la douleur ressentie en bas du dos s’ajoute une vive douleur qui parcourt la jambe. La lombalgie se complique d’une sciatique qui résulte d’une compression de l’un des deux nerfs sciatiques au niveau des vertèbres lombaires ou encore d’une cruralgie, liée à la compression du nerf crural, situé au-dessus du nerf sciatique. « En cas de sciatique, la douleur traverse la fesse, l’arrière de la cuisse pour atteindre parfois le pied et peut s’accompagner de fourmillements, d’une perte de sensibilité ou de motricité. S’il s’agit d’une cruralgie, moins fréquente, elle irradie sur le devant de la cuisse jusqu’au genou », explique le Dr Charley Cohen. Plusieurs causes peuvent être à l’origine de ces douleurs plus ou moins aiguës, qui se calment au repos : une hernie discale, la plus courante, due à la dégénérescence d’un disque intervertébral, mais aussi l’arthrose chez les sujets âgés, qui peut provoquer un rétrécissement du canal lombaire, celui par lequel passent les racines nerveuses qui sont alors comprimées.

Conseils de pharmacien

Conseils de pharmacien

Un arsenal de solutions, proposées en automédication, revendique une action locale et apaisante. La thermothérapie inclut des patchs chauffants spécial lombaires (Thermacare, Syntholkiné, etc.) et des poches chaud/froid à placer sur la zone douloureuse (Nexcare, TheraPearl, etc.). À chaud, ils auront un effet décontracturant ; à froid, leur utilisation diminuera l’inflammation. Autre technique, la neurostimulation électrique transcutanée (TENS) a vocation à bloquer la transmission de la douleur. Il existe des modèles pour les lombaires telle la ceinture lombaire d’électrothérapie d’Urgo, pour les lombalgies aiguës ou chroniques. Plus « classiques », certains produits sont proposés en massage : huiles essentielles antalgiques (gaulthérie, eucalyptus citronné…), crèmes anti-inflammatoires (Voltaren, Flector, etc.), baumes associant menthol, camphre et salicylate de méthyle, dérivé de l’aspirine (Saint-Bernard, Lumbalgine, etc).

 

Douleur neuropathique

Dans ces deux cas, ce n’est pas tant l’irritation du nerf qui est en cause que son inflammation. « Le canal rachidien contient les racines nerveuses des nerfs sciatique et crural. Quand ces dernières sont comprimées, elles s’enflamment, du fait de la libération de substances pro-inflammatoires contenues dans le noyau du disque abîmé, et créent une vive douleur, dite “neuropathique” », explique le Dr Charley Cohen. Beaucoup plus rarement, ces lombalgies qui se compliquent d’une sciatique ou d’une cruralgie, peuvent être liées à une fracture de vertèbre par ostéoporose, à un rhumatisme inflammatoire appelé spondylarthrite et très rarement à une tumeur au niveau d’une vertèbre ou d’un nerf. Si la douleur persiste au-delà de deux à trois semaines et résiste aux traitements médicamenteux, un scanner ou une IRM permettra de poser un diagnostic précis et d’envisager un traitement adapté.

*Auteur de l’ouvrage Mal de dos : toutes les solutions antidouleur (Guy Trédaniel).

Réponses d'expert : Qui consulter ?

Réponses d'expert : Qui consulter ?

Pr François Rannou,
rhumatologue, spécialiste en médecine physique et de réadaptation

S’il s’agit d’un épisode “inaugural” douloureux, le médecin traitant est le premier recours ; il procédera à un examen clinique et posera son diagnostic. En revanche, s’il s’agit d’un nouvel épisode après quelques mois et que le patient se connaît bien, il n’est pas nécessaire qu’il se rende chez son médecin sauf s’il repère quelque chose d’inhabituel. En cas de douleur suspecte ou tenace, si le mal de dos s’installe, des examens d’imagerie médicale (scanner, IRM) seront pratiqués pour en rechercher la cause. Le médecin généraliste renverra le patient chez un rhumatologue ou un médecin de médecine physique et de réadaptation qui mènera un bilan lésionnel.

 

Les remèdes anti-mal de dos

Si l’on devait résumer la démarche à suivre, ce serait de ne surtout pas « rester avec ses douleurs sans agir », insiste le Dr Charley Cohen. Après un examen clinique, des antalgiques, pour apaiser des douleurs modérées à sévères, pourront être prescrits par le médecin (paracétamol, opioïdes faibles…) ainsi que des anti-inflammatoires non stéroïdiens, sauf contre-indication médicale.

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Injections, infiltrations…

Dispensant d’une prise prolongée de médicaments, les injections locales superficielles, associant un anesthésique local, un anti-inflammatoire et une très faible dose de corticoïde, réalisées par un rhumatologue, réduisent l’inflammation et soulagent la douleur. « En cas de sciatique ou de cruralgie très douloureuses, des infiltrations de corticoïdes sont pratiquées dans le canal rachidien sous guidage radioscopique », ajoute le Pr François Rannou. Le port d’une ceinture lombaire peut être préconisé un temps ; elle évite de faire des faux mouvements et permet une reprise progressive de ses activités. Car c’est bien le but recherché : redonner au patient une mobilité, l’absence de mouvements étant un facteur de chronicité de la douleur. Si un lumbago, d’origine mécanique, peut conduire chez l’ostéopathe, pour dénouer les tensions, toute manipulation sera contre-indiquée en cas de pathologie discale, au risque de l’aggraver.

La hernie discale, quèsaco ?

La hernie discale, quèsaco ?

Post-traumatique (port de charges trop lourdes, effort violent) ou procédant de microtraumatismes répétés, une hernie discale correspond au débordement d’un disque intervertébral. Chaque disque est en effet constitué d’un anneau fibreux qui enserre un noyau gélatineux. S’il se déchire ou se fissure, ce noyau peut s’introduire dans le canal rachidien et comprimer les racines des nerfs situés le long de la colonne vertébrale. Une hernie n’est pas forcément douloureuse, peut passer inaperçue et disparaître. Le plus souvent, il n’est pas nécessaire d’opérer (sauf en cas de résistance aux traitements, de paralysie ou de perte de sensibilité).

 

Remise à niveau

Si besoin, et sur prescription médicale, la seconde étape consistera à s’atteler à un travail de rééducation (chez un kiné, dans un service de médecine physique et de réadaptation ou dans une école du dos). Ce dernier est progressif : « Dans un premier temps, nous aidons les patients à dépasser leur peur de bouger en les amenant à effectuer des mouvements qui ne se concentrent pas exclusivement sur le bas du dos. L’objectif est de leur redonner confiance et de les amener à savoir bouger leur bassin, leur thorax et leurs jambes sans se faire mal », souligne Frédéric Srour, kinésithérapeute. Ensuite, l’entraînement comprendra des étirements et du renforcement musculaire : « Quand une lombalgie chronique exigera un travail plus global, incluant de l’endurance, une sciatique ou une cruralgie imposera des exercices spécifiques qui favoriseront la diminution de la douleur de la jambe. » À la sortie, les patients se verront assigner une batterie d’exercices, à répéter au quotidien, pour éloigner une récidive et apprendre à gérer leur douleur, le cas échéant.

Info

Info

• Selon lombalgie.fr, 90 % des lombalgies guérissent sans recours à un médecin.
• Dans le cas des lombalgies communes (non liées à une maladie), 90 % guérissent en moins d’un mois.
• Seul un lombalgique sur dix évolue vers un déconditionnement physique et psychologique.

 

Une prévention à long terme

Faut-il le rappeler, une bonne hygiène de vie est fondamentale, comme l’adoption d’une alimentation équilibrée pour écarter un surpoids, qui augmenterait de 30 % le risque de dégénérescence des disques lombaires, selon une étude publiée en 2016.

Les bons gestes

Plus spécifiquement, il s’agit de surveiller ses gestes du quotidien et ses postures, comme le simple fait de se tenir bien droit, en stabilisant son bassin et en étirant sa colonne vertébrale. Un autre grand classique : plier ses genoux et non son dos lorsqu’on se lance dans une activité de jardinage ou que l’on s’apprête à soulever une charge lourde. Se pencher en avant, le dos rond, pour se relever d’un trait, sans faire travailler ses jambes, est l’une des causes du lumbago. Il est aussi question de rétablir l’équilibre de la colonne vertébrale : « Après une journée passée recroquevillé derrière son ordinateur ou devant sa télé, il s’agit d’adopter une position inversée, telle la position du sphinx qui consiste à décoller, allongé sur le ventre, le haut du dos en tendant les bras », indique Frédéric Srour.

Une activité physique régulière

La pratique régulière d’une activité physique est centrale et la consigne est avant tout de faire un sport que l’on aime, à partir du moment où on le fait « graduellement », souligne Frédéric Srour. Certaines disciplines ont fait leur preuve : de la natation (brasse coulée, crawl et dos crawlé), qui fait travailler le corps en quasi-apesanteur, au Pilates, qui permet de se muscler en profondeur (dont les muscles abdominaux transverses et obliques), en passant par le qi gong et le tai-chi, qui conjuguent lenteur et fluidité des mouvements. Certains types de yoga sont également conseillés. Citons le hatha yoga, qui prend le temps de construire les postures, et le yoga restauratif, qui soulage les douleurs chroniques et n’inclut que quatre ou cinq postures immobiles au sol, ajustées aux problématiques de chacun et exécutées à l’aide de supports (briques, coussins, etc.). Ces pratiques douces permettent à chacun, notamment aux plus sédentaires, « de reprendre progressivement conscience de son corps, une première étape parfois nécessaire pour se lancer ensuite dans des activités plus toniques ».

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À lire

À lire

SOS mal de dos, signé de Frédéric Srour (First Éditions), détaille les bonnes positions à adopter au quotidien, quand on fait la vaisselle, lace les chaussures de son enfant, bouquine ou vide une machine. Agrémentées de courts textes, les illustrations permettent de saisir en clin d’œil ce qu’il ne faut surtout pas faire, et inversement. De quoi prévenir ou faire disparaître les douleurs du dos, lombaires comprises. Quelques dessins anatomiques apportent des éclairages plus techniques. Drôle et salvateur !

 

Carole De Landtsheer

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