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Addictions : quand le cerveau devient accro

Addictions : quand le cerveau devient accro

09 mars 2016
Les uns n’arrivent pas à s’arrêter de fumer, les autres de prendre des drogues ou de jouer en ligne… Une aide thérapeutique est souvent nécessaire pour se sortir de son addiction.

 

Toxicomanie, dépendance, addiction… quel mot employer ? Le terme de toxicomanie est aujourd’hui moins utilisé parce qu’il est stigmatisant et centré sur les produits illégaux (morphine, cocaïne, etc.). Le mot dépendance, qui décrit la perte de la liberté de s’abstenir de consommer (tabac, alcool, substances illicites), a été longtemps compris comme une dépendance sur le plan physique, mais il y a aussi une dépendance psychique, souvent appelée craving. Les psychiatres préfèrent maintenant parler d’addiction car le mot anglo-saxon, plus large, recouvre d’autres domaines que l’alcoolisme ou l’usage de drogues. On parle ainsi d’« addictions sans produit » : Internet, achats compulsifs… Pour faire simple, la dépendance est due à un déséquilibre du fonctionnement neurobiologique à la suite d’une consommation régulière d’une substance psychoactive qui conduit à en consommer à nouveau pour ne pas subir les effets désagréables consécutifs à l’arrêt de la prise. L’addiction, quant à elle, définit l’incapacité pour la personne de s’empêcher de consommer les substances en cause bien qu’ayant connaissance des conséquences négatives qui s’ensuivront. Liée à une vulnérabilité de l’individu face aux signaux de plaisir envoyés par la dopamine dans son cerveau, l’addiction se traduit par des comportements compulsifs incontrôlés et irraisonnés qui peuvent aussi s’appliquer à des activités, comme le jeu ou le fait de surfer sur Internet.

Drogues légales et illégales : une dépendance physique

De ponctuelle et souvent festive, la consommation d’un produit, qu’il soit légal ou pas, ne dérive pas systématiquement vers l’addiction, mais celle-ci concerne de plus en plus de substances dures comme l’ecstasy et peut devenir rapidement excessive, puis pathologique, avec perte de contrôle et problèmes de santé.

Tabac, le plus addictif

Le tabac cause chaque année, en toute légalité, 66 000 décès notamment par maladies cardiovasculaires et cancers du poumon. « C’est le produit le plus addictif qui soit », a assuré le Pr Jean-Paul Tassin, directeur de recherche au Collège de France lors de la journée d’information Mieux comprendre les addictions*.
• Dépendance renforcée
« La nicotine n’est pas seule responsable de l’addiction, les industriels du tabac l’ont bien compris en introduisant des centaines d’autres composants qui créent peu à peu la dépendance physique. C’est d’ailleurs pour cette raison que les substituts nicotiniques ne sont pas complètement efficaces et que les rechutes sont nombreuses. »

Alcool, de plus en plus tôt

Contrairement aux fumeurs, tous les consommateurs de boissons alcoolisées ne deviennent pas addicts. L’alcoolisme est cependant responsable de 45 000 décès par an, notamment par cirrhoses, AVC, cancers et accidents. Avec les années, l’alcool retentit aussi sur le fonctionnement cérébral et entraîne des maladies du système nerveux et des troubles psychiques (insomnie, troubles de la mémoire, dépression).
• Jeunes, danger !
Deux phénomènes inquiétants chez les jeunes : le binge drinking, appelé aussi biture express, et le succès des premix, boissons mélangeant des sodas ou des jus de fruits avec des alcools forts.

Du hasch aux drogues dures

• Cannabis et cancer
Illégal en France, il présente un potentiel addictif inférieur au tabac, mais il augmente plus vite le risque de cancer.

Info

Info

EN PERDRE SON LATIN. Le mot addiction aujourd’hui largement utilisé nous vient des pays anglo-saxons, mais son origine est purement latine. Ad dictus signifiait « dit à », c’est-à-dire « l’esclave, celui qui appartient à quelqu’un ».
Le THC (tétrahydrocannabitol) qu’il contient a aussi des effets psychoactifs responsables d’accidents de la route. Son usage augmente et se banalise dès le collège, or il entraîne problèmes scolaires, bouffées délirantes et, plus grave, favorise le déclenchement de la schizophrénie chez les jeunes prédisposés. Et l’on ne sait pas à l’avance si l’on a cette prédisposition !
• Drogues dures
À cause du risque de transmission du sida et d’hépatites B
et C, l’héroïne, qui rend très
vite dépendant, perd du terrain. Même la consommation de cocaïne, sniffée, injectée ou fumée sous forme de crack (plus toxique encore pour les neurones) qui entraîne une dépendance psychique importante, a baissé. En revanche, l’ecstasy est en hausse et les nouvelles drogues de synthèse à base d’amphétamines prolifèrent. Fabriquées de façon artisanale, elles sont d’autant plus dangereuses que leurs effets sont puissants et leur composition mal contrôlée.

* Organisée par la Fondation pour la recherche (FRC) et la mutuelle Réunica.

Réponses d'expert

Réponses d'expert

PhotoDr Jean-Antoine Girault,
Directeur de recherche à l’Inserm.

« Toutes les drogues n’agissent pas de la même manière, mais elles ont une propriété commune, tabac compris : elles augmentent la libération d’un neurotransmetteur, la dopamine. »

Quel est le mécanisme d’action de la dopamine dans les comportements addictifs ?
Son rôle était déjà connu dans les mouvements et les comportements : elle disparaît dans la maladie de Parkinson et les agonistes dopaminergiques visent à compenser ce manque. Le rôle qu’elle joue dans les addictions a été démontré par des images cérébrales. En provoquant une augmentation excessive de la concentration de dopamine dans une partie du cerveau, le striatum, lequel contrôle notamment le choix des conduites et la motivation, les drogues piratent le puissant système d’apprentissage par récompense. Dupé, le cerveau « grave » la conséquence positive de l’action qui lui a apporté du plaisir et apprend à répéter cette action.

La génétique joue-t-elle un rôle ?
Comme tous les comportements, l’addiction a une composante génétique. Il y a des familles où les conduites addictives sont fréquentes. Des études menées à grande échelle chez l’homme recherchent les gènes responsables, mais il s’agit plutôt de combinaisons de gènes.

 

Se libérer de sa dépendance physique et psychique

Quelle que soit l’addiction, il est difficile de s’arrêter, mais c’est toujours possible avec une aide thérapeutique adaptée.

Dire adieu au tabac

Pour l’entourage aussi, la période de sevrage est souvent critique : privé de ses cigarettes, le fumeur éprouve une sensation de manque, il est nerveux, irritable, angoissé, déprimé, il tremble et transpire…
• Votre pharmacien est là !
N’hésitez pas à demander de l’aide à votre pharmacien. Les substituts nicotiniques, patchs et gommes à mâcher, pastilles à sucer… permettent de se déshabituer du geste et de prévenir les symptômes du manque. ll existe plusieurs dosages, à choisir en fonction de votre dépendance physique. Le traitement, d’au moins trois mois, coûte environ l’équivalent d’un paquet de cigarettes par jour, mais l’Assurance maladie accorde une aide forfaitaire de 50 € par an, sur prescription médicale.
• Aides au naturel
Les produits de phytothérapie sont utiles pour diminuer le stress, se dégoûter du tabac et diminuer l’envie de grignoter. La relaxation, l’hypnose et l’acupuncture peuvent aussi aider. Un autre soutien expérimenté avec succès : un programme d’arrêt par SMS. Le site www.tabac-info-service.fr propose déjà un coaching aux candidats au sevrage.

Alcool, aide médicale

• Une aide indispensable
Comme le fumeur, le buveur excessif qui ne consomme plus par plaisir, mais par besoin, pour fonctionner, devient peu à peu incapable, sans aide, de réduire sa consommation ou d’arrêter. Les cures de désintoxication et surtout les groupes d’entraide comme les Alcooliques anonymes donnent des résultats
• Solution médicamenteuse
L’espoir vient aussi du baclo­-fène, un médicament à l’origine
prescrit dans les contractures musculaires involontaires ou des affections neurologiques comme la sclérose en plaques, déjà utilisé avec beaucoup de succès par certains médecins. Mais attendons le verdict de deux études en cours dans une quarantaine de centres d’addictologie.

Rompre avec la drogue

La prise en charge dans un centre hospitalier ou une clinique spécialisée est le moyen le plus efficace, mais le nombre de centres d’addictologie est limité. En cas de toxicomanie à l’héroïne, un traitement en ambulatoire, en collaboration avec le pharmacien, donne des résultats.

Surtout, il ne faut pas commencer !

Comme l’ont démontré les recherches en neurosciences, la consommation de substances psychoactives modifie durablement le fonctionnement du cerveau. Même des années après l’arrêt de la consommation du produit qui a rendu dépendant, le cerveau se souvient des sensations positives, de la récompense qu’il a reçue. C’est ce qui rend la personne accro si fragile et explique le risque élevé de rechutes. D’où l’intérêt d’associer thérapie comportementale, chez un psychiatre formé, et traitement pharmacologique. Tout le monde ne devient pas dépendant après avoir essayé une drogue, mais c’est plus rapide qu’on ne croit. Pour éviter de tomber dans le piège de l’addiction, mieux vaut ne pas essayer…

'Sans produit'

'Sans produit'

Les addictions comportementales mettent tout autant en difficulté, sociale ou financière notamment.

-Addiction au sexe, également appelée hypersexualité. Elle a fait la une des médias l’an dernier… Mais, explique le Dr Laurent Kabila, psychiatre au Centre d’enseignement, de recherche et de traitement des addictions de l’hôpital Paul-Brousse à Villejuif, « c’est une vraie maladie, pas une vue de l’esprit ».

-Nouvelles addictions ou addictions sans produit. Ce sont Internet, jeux vidéo, réseaux sociaux, jeux de hasard et d’argent (casino, PMU ou en ligne), achats compulsifs, sport… Des centres spécialisés pour les drogués d’Internet et des jeux vidéo existent déjà à l’étranger et même en France, au CHU de Nantes. Il n’y a pas de traitement spécifique contre la dépendance virtuelle, mais en général on couple thérapie comportementale et médicaments.

Info Web

Info Web

www.alcooletparents.com : site de l’Association entreprise et prévention, réunissant des producteurs de boissons pour la prévention du risque alcool, cette association a enrichi son site Infos Alcool Parents par des avis d’experts.

www.drogues-info-service.fr : site dépendant du Ministère de la santé et placé sous l’autorité de l’Inpes.

 

Evelyne Oudry

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