Dents saines, corps sain

Dents saines, corps sain

03 juin 2022
Il serait illusoire de penser que l’état de notre bouche est sans incidence sur notre santé. Une évidence pourtant ignorée d’un bon nombre d’entre nous. D’où l’importance d’adopter une hygiène bucco-dentaire rigoureuse.

 

Les Français seraient des mauvais élèves en matière de santé bucco-dentaire. Selon une enquête Pierre Fabre Oral Care/UFSBD* menée en 2019, plus d’un quart de la population ne se brosse pas les dents au moins deux fois par jour. Autre chiffre saisissant : seuls 13 % des sondés déclarent nettoyer les espaces interdentaires au moins une fois par jour. Or, donnée d’importance, le brossage des dents ne permet de nettoyer que 60 % de la surface des dents (interne, externe et mordante). Les hommes sont par ailleurs moins prompts à se rendre chez le dentiste au moins une fois par an (44 %) que les femmes, plus nombreuses à intégrer le principe d’une visite annuelle (69 %) pour prévenir la survenue de pathologies dentaires et parodontales. Pour clore le chapitre, les liens étroits entre santé bucco-dentaire et santé générale sont partiellement ignorés : 36 % des personnes interrogées ne les connaissent pas.

Chiffre

Chiffre

• De 60 à 90 % des enfants scolarisés et la majorité des adultes souffrent de caries dans les pays développés, ce qui fait de la carie le troisième fléau mondial.
• De 15 à 20 % des adultes de 35 à 44 ans dans le monde présentent des parodontopathies sévères (pathologies touchant les gencives), pouvant entraîner une perte des dents.
• Fumer augmente de trois à quatre fois la susceptibilité de développer une maladie parodontale et peut diminuer la réponse au traitement.
• L’hypersensibilité dentinaire toucherait environ 42 % de la population adulte.

Sources : OMS, UFSBD, Pierre Fabre Oral Care

 

Organe vivant

Cette relation est pourtant avérée scientifiquement : « La dent est un organe vivant au centre duquel se trouve la pulpe dentaire, parcourue de vaisseaux sanguins reliés à la circulation sanguine générale. En cas de carie ou de maladie gingivale non soignée, les bactéries présentes dans la bouche migreront dans l’ensemble de l’organisme, en passant par le sang ; elles peuvent se greffer n’importe où », alerte le chirurgien-dentiste Christophe Lequart, porte-parole de l’USBFD. Toutefois, en fonction du terrain immunitaire, chacun répondra plus ou moins bien à ces agressions bactériennes : certains les éradiqueront, d’autres développeront des maladies à plus ou moins long terme.

 À lire aussi : Dossier – Une bouche à croquer

 

Foyers à distance

Les maladies parodontales entraînent un risque accru d’infarctus du myocarde : « Les toxines libérées par les bactéries diminuent l’élasticité des coronaires et favorisent ainsi les plaques d’athérome. » L’endocardite infectieuse, l’inflammation de la paroi du cœur, est elle aussi d’origine bactérienne. Par ailleurs, une étude franco-japonaise a établi une relation entre hygiène dentaire et risque d’AVC : 26 % des patients victimes d’un AVC hémorragique étaient contaminés par les bactéries responsables des caries… Le lien avec Alzheimer est également examiné. Sixième complication du diabète, la parodontite, en générant des molécules inflammatoires, peut entraîner un déséquilibre de la glycémie. La liste ne s’arrête pas là : accouchements prématurés, infections pulmonaires, polyarthrite rhumatoïde… jusqu’à une simple tendinite difficile à soigner, en raison de son inflammation due aux bactéries qui se seront greffées sur le tendon. Les problèmes dentaires sont à prendre au sérieux.

*Union française pour la santé bucco-dentaire

À savoir

À savoir

L’UFSB a mis en ligne deux tests (https://www.ufsbd.fr/espace-pro/et-si-vous-testiez-votre-sante-bucco-dentaire/) , élaborés avec des chirurgiens-dentistes, pour évaluer les risques (mineurs ou élevés) de développer des caries et des maladies parodontales. De quoi faire le point, en 2 minutes, sur son hygiène bucco-dentaire. Les réponses déclenchent, dans la foulée, moult conseils clairement énoncés : brossage des dents, nettoyage interdentaire, fréquence d’un détartrage, pertinence d’utiliser un dentifrice au fluor, etc.

www.ufsbd.fr

 

Pathologies bucco-dentaires : quels traitements ?

« Toutes les pathologies dentaires sont d’origine bactérienne et peuvent être évitées », résume le Dr Christophe Lequart. Elles sont susceptibles de survenir à n’importe quel âge (dents de lait et définitives). Grand classique de la médecine dentaire, la carie est due à une mauvaise hygiène bucco-dentaire et à une alimentation trop sucrée : « Les bactéries présentes dans la bouche, lactobacilles et Streptococcus mutans, absorbent les sucres et les synthétisent en acides qui déminéralisent l’émail des dents en créant des micro-trous indolores. » À éviter absolument, les grignotages entre les repas, qu’il s’agisse de sucres visibles ou cachés (chips, gâteaux apéritifs, sodas supposément sans sucre, naturellement acides), car ils empêchent la salive de remplir son rôle lorsqu’on ne lui en laisse pas le temps : reminéralisation naturelle de l’émail et neutralisation des acides en exerçant sa fonction « tampon ». La bouche baigne alors dans un milieu acide (pH inférieur à 5,5) et les ennuis commencent…

De Charybde en Scylla

Non soignée, l’infection poursuit son chemin, les bactéries se multipliant : une cavité se forme dans la dent, puis la carie se propage en profondeur jusqu’à atteindre la dentine, située juste en dessous de l’émail. C’est à ce stade que les premières sensations douloureuses au froid et au sucre apparaissent. Présentant une structure poreuse, la dentine est parsemée de milliers de canaux très fins (tubuli dentinaires) qui communiquent avec la pulpe dentaire, la partie la plus interne de la dent. Composée de vaisseaux et de fibres nerveuses (conductrices de la douleur), elle irrigue la dent et assure sa vitalité. Sauf si elle est atteinte à son tour par les bactéries et est sujette à une inflammation, nommée pulpite. Plus communément appelée « rage de dents », elle se caractérise par des douleurs plus fortes. Sans intervention d’un dentiste, la nécrose de la dent cariée devient inévitable, avec la formation possible d’un abcès.

 À lire aussi : Pour un brossage de dents efficace

 

Du fluor en prévention

Pour éviter cette descente aux enfers, il convient au quotidien d’adopter une alimentation équilibrée et une bonne hygiène dentaire, qui consiste en un brossage régulier avec un dentifrice au fluor. « Il se combine avec la structure minérale de l’émail et le rend moins sensible aux attaques acides après les prises alimentaires », indique le Dr Lequart. Le dosage en fluor est fonction de l’âge : 1 000 ppm de 6 mois à 6 ans et 1 450 ppm après 6 ans. En complément, des bains de bouche quotidiens au fluor vont renforcer cette action et réduire l’adhésion de la plaque dentaire.

Après la détection visuelle de la carie (variation de teinte, cavités) par le dentiste et d’éventuelles radiographies, le traitement correspondra à son degré d’avancement. Au stade débutant, caractérisé par une atteinte superficielle de l’émail, l’application d’un vernis hautement fluoré suffira à arrêter sa progression. Au-delà, le dentiste éliminera le tissu carié et obturera la dent avec une résine composite. En cas d’atteinte de la zone pulpaire, une dévitalisation de la dent, si celle-ci est encore vivante, sera pratiquée. Elle consiste, sous anesthésie locale, à éliminer la pulpe et à évider, désinfecter et colmater les canaux dentaires afin d’éviter toute nouvelle colonisation bactérienne. La partie supérieure de la dent sera reconstituée, sauf si le volume de restauration est trop important, auquel cas la dent sera couronnée. Dans les cas les plus sévères, le seul traitement possible sera l’extraction.

Gingivites et parodontites

Concernant les maladies dites « gingivales », le scénario se répète. « Des bactéries synthétisent des toxines qui vont entraîner une inflammation du tissu gingival », explique le Dr Lequart. En cause : la plaque dentaire qui, si elle n’est pas éliminée par le brossage, favorise la multiplication des bactéries. Pour rappel, la plaque dentaire est un mélange de bactéries, de salive et de débris alimentaires formant une substance blanchâtre qui recouvre les dents après chaque repas. Le tartre n’est autre que la version calcifiée de la plaque dentaire quand elle n’est pas retirée.

Premier stade de l’inflammation : la gingivite, qui transforme l’aspect de la gencive, habituellement rose et légèrement granitée ; elle devient rouge, enflée, lisse, et aura tendance à saigner, un signe à ne pas sous-estimer ! Non soignée, une gingivite évolue vers une parodontite, une maladie irréversible qui aboutit à un déchaussement, puis à une perte des dents. « Au fil du temps se produit une destruction des tissus de soutien de la dent – gencives, ligaments et os –, qui peut prendre des années. » Des gencives rétractées, des abcès gingivaux, des mobilités dentaires ou encore des dents qui s’écartent devront vous alerter.

 À lire aussi : Que faire en cas de gingivite ?

 

Nettoyage complet

En cas de gingivite, un simple détartrage chez le dentiste redonnera aux gencives leur aspect normal. En complément, des bains de bouche antiseptiques, à la chlorhexidine, prescrits en traitement court, favoriseront une cicatrisation plus rapide. Si l’inflammation évolue en parodontite, le dentiste réalisera, en plus du détartrage, un curetage (surfaçage radiculaire) pour arrêter l’évolution de la maladie. Pratiqué sous anesthésie locale, il consiste à nettoyer les poches parodontales, c’est-à-dire les espaces qui se seront créés entre les gencives et les dents (en raison de la destruction de leur système d’ancrage) afin d’éliminer la plaque dentaire et le tartre. Revu tous les trois mois, le patient devra adopter une hygiène bucco-dentaire irréprochable, incluant l’utilisation de brossettes interdentaires et de dentifrices antiseptiques et anti-inflammatoires.

Une haleine fraîche !

Une haleine fraîche !

Aussi nommée halitose, la mauvaise haleine est liée à la multiplication de bactéries anaérobies qui synthétisent des composés volatiles sulfurés, responsables d’une odeur forte et incommodante. Elle est physiologique lorsqu’elle est due à une moindre hydratation des muqueuses de la bouche (respiration par la bouche, quand on dort, quand les glandes salivaires sont au repos). Elle devient pathologique lorsqu’elle est liée à la présence de débris alimentaires putréfiés entre des dents rapprochées, dans les cavités des caries ou les poches parodontales, ou encore lorsque les gencives saignent. Un signe qui ne trompe pas : la langue est recouverte d’un enduit blanchâtre. Outre une visite chez le dentiste, l’utilisation d’un gratte-langue et d’un bain de bouche antiseptique est conseillée.

 

Sensibilité dentaire

Un autre grand classique mérite d’être abordé : la sensibilité dentaire, qui peut être liée à un brossage trop appuyé susceptible d’éroder une partie de l’émail. Également en cause : une alimentation acide, le déchaussement d’une dent entraînant la rétractation de la gencive, une dent ébréchée ou usée par le bruxisme. La dentine n’est alors plus protégée par les bouchons minéraux qui obturent les tubuli dentinaires évoqués plus haut, supprimés sous l’effet de cette action mécanique. Communiquant de l’extérieur vers l’intérieur de la dent, ces derniers transmettent alors, en direct, les variations de température (chaud et froid). Le traitement requis est l’utilisation d’un dentifrice pour dents sensibles qui « favorise la précipitation des minéraux présents dans la salive pour recréer ces bouchons », souligne le Dr Lequart. S’il est insuffisant, des vernis ultra-fluorés seront appliqués et, en dernier recours, les pertes de substance seront comblées par des résines.

Conseils de pharmacien

Conseils de pharmacien

L’hygiène dentaire est au cœur de toute prévention. Selon les préconisations de l’UFSBD, elle consiste en un nettoyage des espaces interdentaires à l’aide de brossettes ou de fil dentaire, puis en un brossage, deux fois par jour pendant 2 minutes avec une brosse à dents souple, afin d’éliminer la plaque dentaire. Si besoin, un hydropulseur, pour déloger les résidus, pourra être utilisé. Les marques de dentifrices et de bains de bouche proposées en pharmacie répondent aux différentes pathologies évoquées : Gum, Sensodyne, Elgydium, Fluocaril, Parodontax, Arthrodont, Elmex, etc. À défaut de pouvoir se laver les dents après un repas, la mastication d’un chewing-gum sans sucre, activant la production de salive, est recommandée.

 

Un joli sourire

L’importance d’une bonne santé bucco-dentaire vous obligera peut-être à revoir certaines mauvaises habitudes. « Les dents sont faites pour mastiquer, ce ne sont pas des outils », rappelle le Dr Lequart. Ce que l’on semble oublier lorsqu’on se met à ouvrir des emballages avec ses dents, à mordiller nerveusement son stylo, à croquer des glaçons ou encore à se ronger les ongles. Différentes pratiques qui engendreront une « usure prématurée des dents avec le risque, à long terme, de fêlure ou de fracture ». De la même façon, un piercing en métal placé au niveau de la langue ou de la lèvre, venant régulièrement frapper contre les dents ou la gencive, pourra entraîner une disparition de l’émail et de la dentine ou une destruction de la gencive.

Fumeurs : priés de s’abstenir

Fumer n’est pas non plus anodin. Outre la coloration des surfaces dentaires, liée à la présence de goudron et de nicotine, fumer « accélère la prolifération des bactéries et de la plaque dentaire, et provoque, du fait de la chaleur de la fumée, une vasoconstriction des gencives – réduction du diamètre des vaisseaux sanguins – qui pourra masquer une parodontite en réduisant les saignements liés à cette maladie ».

Ultra-bright

Qui dit joli sourire dit dents blanches. Une équation bien comprise de nos contemporains qui n’hésitent pas à recourir à toute une palette de soins blanchissants vendus, notamment, en pharmacie. Il existe deux types de coloration : celle, externe, liée aux prises alimentaires (consommation de café, de thé et de vin) et celle, interne, de la dent, qui varie d’un individu à un autre. Pour gommer les dépôts superficiels, on aura recours, après un détartrage, à des dentifrices dits « blanchissants » contenant du bicarbonate qui polissent la surface de la dent (pas plus d’une fois toutes les trois semaines). Les produits à base de peroxyde d’hydrogène, qui oxyde les pigments colorés des dents, agiront quant à eux sur la couleur interne ; leur usage doit être encadré. Enfin, une bonne hydratation des lèvres achèvera de parfaire le sourire : baume réparateur et embellisseur, soin exfoliant, sticks hydratant solaire ou formule anti-âge.

Réponses d'expert : Blanchiment : quelles précautions ?

Réponses d'expert : Blanchiment : quelles précautions ?

Dr Christophe Lequart,
chirurgien-dentiste et porte-parole de l’UFSBD

L’éclaircissement de la coloration interne des dents n’est pas envisageable si le patient présente des caries. L’actif oxydant (dosé à 0,1 % en pharmacie et à 6 % chez les dentistes) pénètre en profondeur à l’intérieur de la dent avec un risque de mortification, même avec des concentrations faibles. En cas de maladie gingivale, le peroxyde d’hydrogène peut augmenter l’inflammation gingivale. Pour cette raison, avant toute démarche, une visite de contrôle chez le dentiste s’impose. Pour gommer les colorations superficielles, les dentifrices au charbon n’ont pas encore fait leur preuve. Pire, en raison de la taille de leurs grains, ils peuvent même avoir un effet abrasif sur l’émail. À proscrire également : l’utilisation du citron, qui fragilise l’émail par son acidité.

Info

Info

Tous les trois ans, l’Assurance maladie propose des rendez-vous de prévention gratuits aux 3-24 ans, M’T dents. Lors de ces consultations, le dentiste vérifie la santé des dents et des gencives, rappelle les règles d’hygiène dentaire et, si besoin, fixe un ou plusieurs nouveaux rendez-vous.

Carole De Landtscheer

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