La vaccination insuffisante en France

La vaccination insuffisante en France

18 juin 2013
Trop de débats irrationnels, de polémiques et d’idées reçues ont fait reculer la couverture vaccinale en France. D’où le risque de voir resurgir des maladies infectieuses graves.

 

Chiffre

Chiffre

12 %
C’est la proportion dans laquelle la vente globale de vaccins a baissé de entre 2008 et 2012.

20 %
Pourcentage de diminution de la vaccination annuelle dans le même période.
Source : IMS Health.

La récente épidémie de rougeole au Pays de Galles est venue nous rappeler comment et pourquoi une vaccination insuffisante de la population contre une maladie potentiellement mortelle peut vite tourner à la catastrophe. Plus d’un millier de malades en quelques mois, des hospitalisations et déjà un mort.
Par crainte qu’elle ne gagne Londres, où la couverture vaccinale a chuté de 50 % en 10 ans, les autorités sanitaires du pays ont lancé une grande campagne de vaccination, notamment des 10-18 ans qui auraient normalement dû être vaccinés dans la petite enfance. Sans savoir exactement quand une telle explosion allait se produire, les spécialistes britanniques s’y attendaient et avaient noté une augmentation progressive du nombre de cas.
À la suite d’une controverse, fin des années 1990, sur le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole), accusé de favoriser l’autisme, 2 millions d’enfants ont été exclus de cette vaccination. Plusieurs publications ont prouvé définitivement l’absence de lien avec l’autisme, mais il a fallu 12 ans pour démontrer les irrégularités de l’étude qui avait mis le feu aux poudres et l’innocuité de ce vaccin qui constitue la seule protection contre une maladie pouvant entraîner des complications neurologiques et des pneumopathies graves, pas seulement chez les petits. On mesure aujourd’hui les conséquences de cette rumeur…

 

Vaccins, Protéger les enfants au mieux

La France n’est pas à l’abri de telles épidémies, de rougeole (15 000 cas en 2011, 6 mortels), mais aussi de coqueluche, en augmentation, de méningites, d’hépatites de type B et C, lourdes de conséquences, de tuberculose, à nouveau en hausse depuis l’arrêt de la vaccination systématique (BCG) et son ciblage sur les populations à risque (immigrés, précaires) pour lesquelles l’accès aux soins est difficile…

Vaccin antigrippal, en diminution

Une enquête récente d’IMS Health, spécialisé dans la veille économique en matière de santé, montre qu’en France les ventes de vaccins ont diminué. En partie à cause de la défiance vis-à-vis des vaccins et notamment celui contre la grippe. L’hiver dernier, alors que l’épidémie s’est éternisée, les virus responsables, qui changent chaque année, n’ont heureusement pas été très agressifs. Mais pendant l’hiver 2011-2012, près de 6 000 morts dues à la grippe ont été enregistrées, contre quelques centaines les années précédentes. Des personnes âgées ou malades, mais aussi des plus jeunes et des enfants en bonne santé. La mauvaise gestion de la vaccination de grippe H1N1 par le ministère de la Santé a rendu la population méfiante, elle se fait moins vacciner contre la grippe saisonnière.

Idées fausses sur les vaccins

À savoir

À savoir

VACCIN CONTRE LA MENINGITE B
Bexsero® de Novartis, premier vaccin contre la méningite B, infection parfois foudroyante et mortelle qui touche surtout nourrissons et ados, a obtenu son autorisation de mise sur le marché européen et devrait être commercialisé à la fin de l’année.
Les rumeurs, variables du reste d’un pays à l’autre, renforcées par les groupes antivaccins, jouent aussi un rôle dans cette désaffection pour les vaccins. Quelques exemples de croyances infondées.
Mieux vaut favoriser les défenses naturelles
Non, pour les maladies graves, c’est prendre de trop grands risques pour ses enfants.
Le vaccin contre l’hépatite B accroît le risque de sclérose en plaques
Faux, la polémique, seulement française, qui date des années quatre-vingt-dix est sans fondement ; les études ont montré qu’il n’y avait pas de lien, le pic connu des cas de sclérose en plaques coïncide avec l’âge de la vaccination.
Le vaccin anticoquelucheux est responsable de morts subites du nourrisson.
Pas du tout, les véritables causes, notamment le couchage sur le ventre, ayant été trouvées, cette croyance ne devrait plus avoir cours.

Une légère progression

En fait, admet le Pr Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations, la couverture vaccinale en France reste insuffisante, notamment pour certains vaccins, contre la grippe, avec 10 points par rapport à la Grande-Bretagne, l’hépatite B, la plus faible d’Europe, et le HPV (papillomavirus humain). Mais elle est globalement en légère progression. À l’occasion de la Semaine mondiale de la vaccination, en avril dernier, l’Institut de veille sanitaire, InVS, a mis en exergue les points positifs concernant les vaccins contre diphtérie-tétanos-poliomyélite (DTP), hépatite B et rougeole-rubéole-oreillons.

Réponses d'expert : les polémiques, souvent franco-françaises, constituent malheureusement un frein à la vaccination.

Réponses d'expert : les polémiques, souvent franco-françaises, constituent malheureusement un frein à la vaccination.


Dr Marthe Bonnin
Membre du comité vaccins du Leem (Les entreprises du médicament).

Les vaccins multiples qui protègent contre 6 maladies en une injection affaiblissent-ils l’organisme ?
Non, le corps humain est conçu pour se défendre contre des milliers de microbes, or les quantités d’antigènes injectés dans les vaccins sont faibles et ne diminuent pas la protection naturelle. Le recul est aujourd’hui très important, des centaines de milliers de doses ont été délivrées dans le monde entier. C’est au contraire un vrai progrès que se protéger contre plusieurs maladies en une seule injection. Parents et enfants sont plutôt contents !

On parle beaucoup des sels d’aluminium contenus dans les vaccins. À quoi servent-ils ? Sont-ils toxiques ?
Ces adjuvants, utilisés depuis les années 1950 1920, servent à renforcer la protection des vaccins et leur durée de protection. Il existe différents sels d’aluminium et pour chaque vaccin on choisit celui qui est le plus adapté et le mieux toléré, de même que son dosage. C’est de la haute couture. La polémique actuelle, essentiellement franco-française, tient au fait qu’un chercheur a cru voir un rapport entre ces sels et des myofascites à macrophages (paralysies faciales) aux travaux sur la myofasciite à macrophages et l’hypothèse de son association éventuelle à des troubles neurologiques ou cognitifs. Ce lien infondé n’est pas démontré.

 

Limiter le nombre d’injections

C’est l’objectif du nouveau calendrier vaccinal simplifié, qui vise à assurer à tous les âges de la vie une protection optimale en n’administrant que le strict nombre d’injections nécessaires. Ce nouveau calendrier a de plus été rendu facilement lisible et mémorisable par les médecins, les pharmaciens et les patients. Cette version 2013, inspirée de l’expérience de la Suède, du Danemark, de la Finlande ou encore de l’Italie, est bouleversée, simplifiée et allégée.
Il faut dire qu’au cours des années précédentes, le calendrier vaccinal procédait à des retouches et devenait de plus en plus complexe et chargé.
Plus facilement applicable, on espère que le nouveau calendrier contribuera à améliorer les taux de vaccination. En pratique, la nature des vaccinations recommandées ne change pas, mais leur mise en musique est nettement modifiée.

Nourrissons, moins d’injections

Premier vaccin hexavalent
Il est élaboré contre 6 maladies : diphtérie, tétanos, coqueluche, polio, infections invasives à Haemophilus influenzae de type b et hépatite B. Il passe de 3 injections aux 2e, 3e et 4e mois à seulement 2 injections à 2 et 4 mois, suivies d’un rappel avancé à 11 mois, contre 18 mois jusque-là.

Vaccination contre le pneumocoque
Elle suit le même tempo. En seulement 3 rendez-vous vaccinaux à 2, 4 et 11 mois, le nourrisson pourra être protégé contre 7 maladies dès l’âge de 11 mois.

Vaccin ROR, rougeole-oreillons-rubéole
L’administration de la première dose est à 12 mois pour tous les enfants, quel que soit le mode de garde, alors qu’il était recommandé à 9 mois pour les enfants accueillis en collectivité. Avec une deuxième dose avancée à 16-18 mois au lieu de 13-24 mois.

Coqueluche, principale modification

Chez l’enfant, en ce qui concerne la coqueluche, un rappel a été instauré désormais à l’âge de 6 ans, combiné à celui déjà prévu à cet âge contre la diphtérie, le tétanos et la polio. Des publications récentes en provenance des États-Unis et d’Australie, où la coqueluche est en nette recrudescence, laissent en effet à penser que les vaccins acellulaires, employés en France depuis 2006 pour leur meilleure tolérance, confèrent une durée de protection plus courte que les vaccins entiers antérieurs.

 

Protéger après l’enfance

Pour les jeunes filles
Le vaccin contre le papillomavirus (HPV), qui favorise le cancer de l’utérus, est désormais recommandé aux filles de 11 à 14 ans et non plus à partir de 14 ans, avec rattrapage à 15-19 ans au lieu de 15-23 ans pour diminuer le risque de vacciner des femmes déjà infectées.
Chez les adultes
L’intervalle entre les rappels de vaccination anti-diphtérie-tétanos-polio passe de 10 à 20 ans. Les données accumulées permettent en effet d’affirmer que la durée de protection conférée par ces vaccins va bien au-delà de 10 ans. Mais, à partir de 65 ans, cet intervalle reste de 10 ans du fait d’une diminution des défenses immunitaires liée à l’âge. Et les rendez-vous vaccinaux sont à âges fixes, 25, 45, 65 ans, puis 75, 85…, faciles à mémoriser.

En voyage

En voyage


Tous les voyages n’exposent pas aux mêmes risques de maladies infectieuses.
• Vaccins obligatoires ou recommandés. Il faut s’en préoccuper 4 à 8 semaines avant le départ, car certains vaccins nécessitent des injections de rappel.
• Mettez à jour vos vaccinations, quel que soit votre âge. C’est une bonne occasion : diphtérie-tétanos-poliomyélite, rappel tous les 10 ans ; rougeole,risque élevé dans les pays en développement ; hépatite B, chaudement recommandée en cas de comportements à risque et dans les pays où la maladie est très présente.
• Pays exotiques ou lointains. C’est le médecin ou le centre de vaccination qui jugera de la nécessité de tel ou tel vaccin selon le continent et la zone visités : encéphalite japonaise, encéphalite à tiques, fièvre jaune, hépatite A et typhoïde, infections invasives à méningocoques ou rage.
Evelyne Oudry

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